Nous étions nombreux à penser que le mouvement des gilets jaunes ne disparaîtrait pas sans laisser de traces et qu’il se métamorphoserait en « autre chose ». En revanche, personne n’avait imaginé ce que pourrait être cette autre chose.

C’est donc qui aura été à l’origine de cette métamorphose. En créant la revue Front populaire, qui vise à rassembler des souverainistes/populistes de droite, de gauche, d’ailleurs et de nulle part autour d’une revue dont le premier numéro paraîtra en juin. Cette revue, qui sera un « mook » (formule hybride à mi-chemin entre magazine et livre, précise Le Figaro), aura pour objectif d’élaborer un programme qui pourrait être utilisé par un candidat à l’élection présidentielle de 2022 ; un candidat qui pourrait représenter les souverainistes et les populistes des deux bords.

Pour Michel Onfray, il ne s’agit pas de renier ses convictions d’homme de gauche ; il ne nie pas l’existence de la droite, de la gauche et de tout ce qui les sépare, mais il pense que, par-delà les différences des points de vue, il est possible de rassembler ceux de nos compatriotes qui sont lassés par les partis politiques (ou qui ne se reconnaissent dans aucun d’entre eux ; ils sont 17 millions dans ce cas, selon l’enquête Fractures françaises, en 2019) ) autour de quelques objectifs essentiels.

Les objectifs prioritaires visés par Michel Onfray sont au nombre de deux : d’une part, mettre un terme au despotisme soft des héritiers de Jean Monnet et de Robert Schuman, en sortant de l’« empire maastrichtien » (Union européenne et zone euro) et, d’autre part, faire aboutir les revendications principales des gilets jaunes.

Philippe de Villiers a rejoint l’équipe qui participera à la rédaction de cette revue, ce qui ne nous étonne pas ; Jean-Pierre Chevènement en sera lui aussi, tout comme le professeur Didier Raoult, Barbara Lefebvre, Régis de Castelnau, Georges Kuzmanovic, l’économiste Jacques Sapir et l’essayiste québécois Mathieu Bock-Côté. Quinze mille souscripteurs ont déjà répondu à l’appel lancé sur le site de Front populaire, ce qui traduit l’intérêt soulevé par cette initiative.

Nous devrons attendre la parution du premier numéro de Front populaire pour savoir lesquelles des revendications des gilets jaunes seront retenues, mais on ne prend pas un grand risque en avançant que le rejet du libre-échangisme et du mondialisme économique sera en bonne place, tout comme la restauration de la souveraineté nationale, au détriment de l’Union européenne, et l’introduction du référendum d’initiative populaire, une mesure majeure qui permettrait de se débarrasser progressivement de toutes les lois inspirées par l’idéologie politiquement correcte, en contournant les partis politiques et le problème de segmentation partisane de l’électorat qui est une conséquence directe du système représentatif.

Cette initiative, si elle va à son terme, c’est-à-dire si elle aboutit à une candidature souverainiste/populiste indépendante des partis politiques existants, pourrait permettre de mobiliser les Français n’ayant pas d’affinités avec lesdits partis et qui s’abstiennent massivement, mais aussi de nombreux électeurs de droite qui pourraient imiter Philippe de Villiers. Le Rassemblement national pourrait être rudement impacté par une telle candidature : la moitié des électeurs de Marine Le Pen, au second tour de l’élection présidentielle de 2017, soit 5 millions, faisaient partie du contingent de 17 millions d’électeurs sans préférence partisane qui, le plus souvent, s’abstiennent.

Cela devrait plaire à Patrick Buisson, puisque cela correspond à peu près à ce qu’il suggérait, il y a quelques mois : la formation d’un mouvement susceptible de rassembler les électeurs patriotes de droite et de gauche plutôt qu’une union des droites dont il estime, à juste titre, qu’elle a très peu de chance d’aboutir et qui, même si elle advenait, ne serait pas en mesure de l’emporter.

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