Editoriaux - International - 31 mars 2019

Venezuela : rien ne se fera sans l’aval de la Russie

Les nombreux événements survenus cette semaine à Caracas (arrivée d’une délégation militaire russe, destitution de Juan Guaidó, nouvelles coupures de courant, annonces de l’arrivée d’une aide humanitaire) sont riches de nombreux enseignements.

Tout d’abord l’atterrissage sans aucune discrétion, dimanche 24 mars à l’aéroport international de Maiquetía, situé à une dizaine de kilomètres de Caracas, de deux avions militaires russes, un Antonov 124 et un Iliouchine 62, transportant 35 tonnes de matériel et une centaine de militaires, dont le major général Vasili Tonkoshkurov, chef d’état-major de l’armée russe, est un avertissement à tous ceux qui pouvaient encore penser qu’une solution politique, diplomatique pouvait être mise en œuvre au Venezuela sans l’aval de Moscou. À ce titre, la réaction, mercredi 27 mars, de Donald Trump (« La Russie doit partir ») est, en fait, un aveu d’impuissance et signe l’impasse de la stratégie actuelle des États-Unis, Moscou ayant beau jeu de rappeler les nombreux accords de coopération entre les deux pays depuis 2001 et la présence américaine « en de nombreux points du globe » sans que personne ne leur dicte « où ils peuvent se trouver ou pas » !

Dans ce contexte, conforté par la présence russe, Nicolás Maduro en a profité, dans un souci de légalisme qui fait sourire, pour faire intervenir un obscur contrôleur général de l’Assemblée constituante, Elvis Eduardo Hidroun Amoroso, pour destituer sous des prétextes fallacieux (dépenses non justifiées lors de ses voyages à l’étranger !) Juan Guaidó de son mandat de président de l’Assemblée nationale et, en même temps, le déclarer inéligible pour quinze ans ! Une manœuvre dont il a déjà usé avec tous ses opposants successifs de manière à empêcher, en cas de nouvelles élections présidentielles, un concurrent politique identifiable et connu de pouvoir s’y présenter…

Par ailleurs, alors qu’il y a un peu plus d’un mois l’arrivée d’une potentielle aide alimentaire américaine était l’objet d’un dramatique bras de fer et avait été bloquée aux frontières vénézuéliennes, on apprenait, vendredi 29 mars, que Nicolás Maduro avait donné son aval à l’entrée d’une aide humanitaire sous l’égide de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge (FICR). Une annonce soulignée par Guaidó comme « une victoire du peuple vénézuélien » ; et d’appeler, samedi 6 avril, à une grande manifestation populaire !

Tous ces faits semblent démontrer que la stratégie initiée par le secrétaire d’État américain Mike Pompeo avec la mise sur orbite spectaculaire du jeune Juan Guaidó semble maintenant avoir atteint ses limites.

Pour autant, alors que, samedi matin, une grande partie de Caracas et plus de 20 États étaient plongés dans l’obscurité à la suite d’une nouvelle panne électrique – la troisième depuis le 7 mars -, ce serait une erreur de penser que Moscou soutiendra éternellement Maduro, dont la gouvernance catastrophique met aussi en péril ses investissements financiers considérables.

Malgré les évocations américaines, répétées sous la forme de « toutes les options sont sur la table », d’une possible intervention armée, difficile sur le plan pratique et à hauts risques sur le plan géopolitique, avec dorénavant la présence militaire russe effective au Venezuela, la solution à cette crise vénézuélienne semble plutôt passer par la recherche de candidats compatibles avec les intérêts de toutes les parties, dont ceux de la Russie…

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