« Nous sommes en guerre… » L’anaphore martiale de M. Macron avait pour but de revêtir la tenue dans laquelle le chef de l’État prend toute sa dimension, l’armure du chef de guerre. L’ennemi est là, il faut se mobiliser, se regrouper au nom de l’union sacrée, faire preuve de discipline, et le généralissime de doter ses troupes des moyens de gagner la bataille !

Malheureusement, l’Histoire de France a tendance à bégayer : du « Il ne manque pas un bouton de guêtre » du maréchal Le Bœuf, en 1870, à « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » de Paul Reynaud, en 1940, ces discours ont conduit au désastre parce qu’ils cachaient une grande impréparation. C’est le cas, une fois de plus. Le réveil au clairon, tardif, dissimule trois fautes majeures de nos gouvernants : défaut d’anticipation, pénurie de moyens, stratégie inopérante.

Commençons par la dernière : le confinement est le principe de la stratégie. Peut-il endiguer le mal définitivement ? Évidemment non ! Il faudra bien l’arrêter un jour après des conséquences économiques calamiteuses, et le mal resurgira, d’autant plus que la règle n’aura pas été suivie par tous. En fait, le confinement, c’est notre ligne Maginot. Cela peut bloquer l’ennemi, le ralentir, mais cela ne peut le vaincre. Il est destiné à retarder au maximum la propagation du virus, le temps que les pénuries et les erreurs commises soient réparées. La fermeture des frontières en amont, la généralisation de l’usage des masques, des gants, du gel hydroalcoolique, le dépistage systématique des personnes contaminées dans la population et l’emploi rapide de la chloroquine dans les traitements, comme le préconise le professeur Raoult, auraient composé une stratégie efficace dont la France n’avait ni les moyens matériels ni la volonté politique.

Car, une fois encore, « Le Mal français » apparaît dans toute sa splendeur : un pays suradministré, bardé d’organismes de planification, d’évaluation et de contrôle, dont l’organisation est chamboulée en permanence par un prurit de réformes, se révèle incapable de prévoir les crises parce qu’il ne tire aucun enseignement des erreurs passées. En 2016, Mme Touraine a réuni quatre établissements dans l’agence Santé publique France. Auparavant, c’était l’EPRUS (Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires) qui gérait la réserve sanitaire et l’Institut de veille sanitaire qui anticipait les risques. Le premier était, notamment, chargé de maintenir les stocks. Malgré, ou peut-être à cause, de la présence d’autres organismes destinés à l’évaluation des risques, ou à la sécurité des produits, le nouveau diplodocus administratif, son conseil scientifique et ses dix directions ont poursuivi et accéléré l’inflexion initiée en 2011 : il ne fallait plus conserver inutilement le milliard de masques chirurgicaux et les 700 millions de FFP2 mais réserver des options d’achat, notamment… en . Le flux devait l’emporter sur le stock, l’économie souple sur la précaution jugée superflue. Le Haut Conseil de Santé publique préconisait de réserver les FFP2 aux personnels de santé, mais en excluant les pharmaciens, les ambulanciers et… les chirurgiens-dentistes ! Par ailleurs, subsidiarité oblige, le renouvellement des FFP2 devait incomber aux établissements hospitaliers et non plus à l’État. C’est ce qui explique que celui-ci se trouva « fort dépourvu lorsque la bise fut venue » : 150 millions de masques chirurgicaux et une indigence chronique pour les FFP2. Il restait quatre entreprises françaises qui commençaient à livrer aux clients étrangers lorsque la commande nationale arriva. Mme Buzyn préféra dire que les masques étaient inutiles. En fait, il n’y en avait pas, avec l’énorme danger de voir le personnel médical (le plus exposé) subir une hécatombe ! Même incurie pour les tests et pour les réticences à soigner par la chloroquine, il semble qu’une guerre souterraine entre l’INSERM et le CNRS, d’une part, et l’IUH de Marseille, de l’autre, ait entraîné une disqualification du produit alors que celui-ci obtient des résultats positifs.

La mobilisation après le 15 mars, alors que le péril est connu depuis début janvier, est une faute lourde qui sera la cause d’un grand nombre de morts et d’une nouvelle défaillance économique dans un pays déjà en grande difficulté. Alors, le pouvoir peut bien, comme le précédent pour le terrorisme, tirer quelque profit sondagier fugace de la catastrophe, il faudra qu’il rende des comptes, lui qui a menti et tergiversé. Ses prédécesseurs, aussi, qui ont accumulé les fautes.

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