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Coronavirus - Editoriaux - Education - 23 mars 2020

École à la maison : l’ordonnance d’un prof pour les élèves (et leurs parents !)

Partout fleurissent, parce qu’il faut bien parler d’autre chose que de la catastrophe – et de ses responsables… -, des articles, des livres même, sur l’expérience du confinement, ses dangers et, plus particulièrement, sur la gestion des enfants et la difficulté, pour leurs parents, à les mettre au travail. Nombre d’entre nous ont reçu quelques messages de parents en panique, ne sachant plus comment faire, entre les ENT (espaces numériques de travail) qui craquent, l’angoisse que leur enfant décroche et, surtout, leurs propres peurs.

Il est vrai que l’institution elle-même, en brandissant d’emblée l’impératif catégorique d’une continuité pédagogique immédiate et absolue, a sa part de responsabilité dans cet affolement. Mais, après une semaine d’excitation, on semble revenu à un peu plus de raison.

Face à la catastrophe en cours, avec le bulletin macabre de chaque soir, le premier impératif est de relativiser. Un jour de retard ? Une pièce jointe pas jointe ? Une adresse mail erronée ? Répétez après moi : on-se-calme, on re-la-ti-vise !

Pas pour se dédouaner de son devoir et de ses devoirs, chers élèves, mais pour remettre les choses à leur place. Voire, pour les plus grands, philosopher un peu. La mort doit bien être encore au programme de terminale, non ? Un peu de Pascal, donc, tous les soirs. Et puis, pour suivre les conseils du président de la République : lisez. Épidémies, morts ? La Peste, Le Hussard sur le toit. Pour commencer.

Mais la valeur n’attend pas le nombre des années. Et les enfants plus jeunes ont bien compris ce qu’il se passait, que c’était historique, grave. À eux aussi, on doit autre chose que le « Tu as fait tes devoirs ? Tu as regardé PRONOTE ? » On leur doit des paroles essentielles sur la vie, la mort, la mesure, la sagesse. La Fontaine. Une fable par jour. Fabrice Luchini, sur Instagram, a eu la même idée que moi (ou l’inverse) et le mot « confinement » l’a poussé à lire L’Ours et l’Amateur des jardins. Vous verrez à quoi peut pousser le confinement. Ou une mauvaise fréquentation… On doit aussi lire ces fables du Livre XII : « Le Vieux Chat et la Jeune Souris » ou « Le Cerf malade ». Cinq semaines, une fable par soir. À renouveler sans ordonnance.

Quant aux parents stressés, ils trouveront certainement matière à méditer, dans ce confinement imposé et ces lectures partagées, à relativiser beaucoup de choses aussi.

Et pour nous, professeurs, l’expérience peut d’ores et déjà se révéler riche. Loin du bruit de la classe, des vaines dépenses d’énergie, on fait quelques heureuses découvertes : tel élève timide et à qui l’agitation de la classe ne permet guère de s’exprimer et de s’épanouir entre dans un échange fécond, tel autre qui se met à corriger ses petites fautes et à mieux comprendre les remarques qu’il ne voulait pas entendre en direct, un troisième qui montre sa dextérité dans le maniement de tous les PDF, Drive, etc. Et puis, une focalisation nouvelle sur l’écrit, sa précision, son importance et le bonheur de dire « Bonjour », « Merci », « Prenez soin de vous » dans un courriel. La politesse retrouvée.

Je me dis même que certains de ces élèves et de ces parents qui découvrent déjà ce nouveau modus discendi, plus calme, plus adapté à leur propre rythme, plus personnalisé, ne se satisferont peut-être pas du retour en classe, en collectivité, avec tout ce que cela peut entraîner de fatigue, de gâchis d’énergie, voire pire. Même constat chez certains enseignants avec ce nouvel ars docendi. Une nouvelle pédagogie de l’écrit, du silence, de l’attente pour mieux stimuler la réflexion, la recherche, l’autonomie.

Morale de la fable : si nous ne saisissons par ce coup de la Fortune qui frappe presque toute la planète, et jette à bas nos inconséquences et nos vanités, alors, c’est presque à désespérer.

Je retourne sur Pronote.

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Vous lirez avec délectation les portraits chinois et les pages riches et denses consacrées…