a raison. Nous sommes une nation de soixante-six millions de procureurs qui instruisons quotidiennement, pour certains surtout à charge, pour d’autres plus à décharge, son très virtuel procès : son immunité le protège. Il a des lampistes pour aller à sa place à la Cour de de la République : deux Premiers ministres, deux ministres de la Santé… Pourtant, nous ne sommes pas soixante-six millions de juristes qui maîtrisons assez les arcanes du droit pour établir des faits, les disséquer, identifier des responsabilités et, à la fin, leur coller dessus une qualification pénale qu’un juge sanctionnera ou non. Par contre, nous serons collectivement les jurés des actes du sieur s’il a l’audace de se présenter à la prochaine élection présidentielle.

Pour la plupart d’entre nous, nous ne sommes pas plus médecins que procureurs ou sélectionneurs de l’équipe nationale de football. Pourtant, nous devrions donner un consentement éclairé avant l’injection d’un prototype de vaccin. Mais sommes-nous, nous vulgum pecus, capable d’éclairer ce consentement ? Seul, il faudrait être apte à ingurgiter en un éclair les connaissances de plusieurs années d’études de médecine. Qui peut le faire ? Alors, pour les décisions qui relèvent de la médecine, il faut s’armer des conseils des sachants. Se soumettre à l’argument d’autorité. Et c’est là que le bât peut blesser.

Parfois, les grands sachants télévisuels se disputent comme des chiffonniers en foire d’empoigne, s’opposent et même s’invectivent. Il n’est pas possible à un citoyen lambda de décider qui a raison et qui a tort, et même de savoir s’il est déterminable que l’un ait raison et l’autre tort, en l’état actuel des connaissances. De plus, le consensus en science peut devenir le meilleur ami de la sclérose des savoirs, de la paresse des chercheurs. Copernic, Newton, Einstein ne surfaient pas sur la vague des consensus.

Qu’est-ce qui fait que l’argument d’autorité de Machin est accepté et celui de Truc balayé d’un revers quand Machin et Truc sont pareillement des premiers de la classe surdiplômés avec une expérience comparable ?

L’officialité des consécrations est sans doute un critère dont usent certaines personnes : si l’État, perçu comme l’autorité certifiante, préfère la thèse de Machin à celle de Truc, alors que Truc soit voué aux gémonies et Machin nommé oracle en chef ! Sauf que les deux peuvent se tromper, et l’État, croyant choisir le meilleur, peut choisir le pire.

L’idéal, c’est d’expliquer ce qui peut l’être, avec bienveillance, même quand ça prend du temps de tenter de rendre simple et intelligible ce qui est compliqué. Mais le faire correctement, ça implique parfois avouer des lacunes dans le savoir individuel ou collectif, des trous dans la raquette, des incertitudes. Et, aussi, de bien contextualiser ce qui relève de l’intuition, ce qui relève du savoir éprouvé, traçable, démontré. En outre, l’arrogance du sachant diplômé envers le béotien peut être contre-productive.

Et puis il y a ceux qui seraient en position d’émettre des arguments d’autorité, mais qui sont disqualifiés. Parce qu’ils ont pris par le passé les mauvaises décisions. Parce qu’ils ont menti. Parce qu’ils ont donné de mauvais avis. Parce qu’ils sont perclus de conflits d’intérêts. L’argument d’autorité suppose une confiance tant dans la supériorité du savoir que dans l’éthique de celui qui parle du haut de sa chaire. La confiance, ce truc si essentiel dans la relation du patient au soignant.

Tout ça pour dire aux « vaccinistes » bienveillants qui tentent de me convaincre avec des arguments de raison que je les remercie de leurs efforts et intentions, mais que trop de trahisons du bien commun et de l’éthique ont causé chez moi une insurmontable défiance pour franchir le pas, en l’état des connaissances de ceux à qui je fais confiance. Cela ne veut pas dire que mon arbitrage bénéfice/risque sera le bon ou que je ne changerai pas d’avis. C’est l’avenir qui le dira.

3 août 2021

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