[UNE PROF EN FRANCE] Et si l’école cessait enfin d’apprendre aux enfants à… rester assis ?

Quelques minutes d'exercices dès l'arrivée des élèves, des récréations véritablement actives, des séquences de mouvement après le déjeuner ou entre deux cours
école

Pendant des décennies, on a répété aux enfants de se tenir tranquilles. Le résultat est aujourd'hui sous nos yeux : nos enfants maîtrisent parfaitement l'art de faire défiler un écran mais peinent à courir quatre minutes sans s'arrêter.

Le cardiologue François Carré alerte depuis des années : la sédentarité est devenue un véritable problème de santé publique. En quarante ans, la capacité cardio-respiratoire des jeunes aurait diminué d'environ 25 %. Les évaluations nationales de 2025 sont sans appel : 44 % des filles de sixième et 26 % des garçons ne parviennent pas à courir quatre minutes à faible allure sans s'arrêter. Quatre minutes. Pas un marathon : quatre minutes.

Comment en est-on arrivé là ?

Certainement pas par manque d'équipements. La France n'a jamais compté autant de gymnases, de stades, de piscines ou de clubs sportifs. Pourtant, une grande partie de ce réseau repose sur des bénévoles. L'offre existe, mais elle peine à répondre aux besoins de tous les enfants. Dans le même temps, l'école continue de cantonner le mouvement à quelques heures hebdomadaires d'EPS, comme si le corps pouvait rester immobile le reste de la journée.

François Carré ne propose pourtant pas une révolution. Il rappelle qu'un enfant a besoin d'au moins soixante minutes d'activité physique quotidienne. Il plaide pour des trajets actifs vers l'école lorsqu'ils sont possibles, des récréations où l'on bouge réellement, quelques minutes de mouvement entre les cours et une mobilisation de toute la communauté éducative, sans limiter cette responsabilité aux seuls professeurs d'EPS.

Dans plusieurs pays d'Europe du Nord, aller à l'école à pied ou à vélo fait partie du quotidien. En France, beaucoup de parents, inquiets face à la montée de l'insécurité et à ses répercussions sur la sécurité de leurs enfants, préfèrent les accompagner jusqu'au portail de l'école. Le mouvement, qui autrefois faisait naturellement partie de la journée, disparaît avant même que le premier cours ne commence.

Il est peut-être temps d'aller au bout de la logique. L'activité physique n'est pas une matière scolaire comme les autres. Elle devrait irriguer toute la journée plutôt qu'être enfermée dans deux ou trois heures de cours par semaine. Quelques minutes d'exercices dès l'arrivée des élèves, des récréations véritablement actives, des séquences de mouvement après le déjeuner ou entre deux cours : rien de tout cela n'a d'utopique. Beaucoup d'écoles le pratiquaient, autrefois.

À force d'avoir organisé la vie des enfants autour de la chaise, des écrans et de l'immobilité, nous avons fini par considérer le mouvement comme une exception. C'est exactement l'inverse qu'il faudrait faire. Peut-être est-il temps de sortir le sport de la liste des disciplines scolaires, non pour lui donner moins d'importance, mais pour lui en donner davantage : en faire un élément naturel de chaque journée d'école. Tant que nous continuerons à organiser la sédentarité des enfants, nous n'aurons aucune légitimité à nous étonner des conséquences qu'elle produit.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 03/08/2026 à 18:37.
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Virginie Fontcalel
Professeur de Lettres

Vos commentaires

66 commentaires

  1. Bonjour Virginie. Toujours réactive, débordante d’énergie. Tenez le cap.

    « Tant que nous continuerons à organiser la sédentarité des enfants, nous n’aurons aucune légitimité à nous étonner des conséquences qu’elle produit. » . Votre conclusion, à juste raison.

    Une des conséquences. Réfractaire aux efforts, aux exercices physiques, la jeunesse « stationne » ce qui a pour effet de ne pas charpenter le squelette. Les muscles aux abonnés absents ne freinent pas la croissance. Les humains des temps modernes sont donc de plus en plus grands, longilignes. Le vêtement et le mobilier doivent s’adapter. Observez la taille des bureaux d’antan où trônait l’encrier.

    A bien vous lire, vous semblez déterrer cette idée selon laquelle les adultes auraient une part de responsabilité dans ce désengagement physique des jeunes. Ils les accompagneraient dans cette dérive.
    Je peux vous rejoindre. Un argument. Les profs de gym n’ont-ils pas baissé les bras face à cette jeunesse qui rechignait à revêtir des vêtements adaptés à la pratique du sport ? Ont suivies les excuses plus ou moins bidons pour éviter les séances de gym. Nos profs toujours condescendants. De fil en aiguille on se demande à juste raison : qui pratique encore le sport dans les écoles ? N’exagérons pas.

    Je verrais bien une petite séance de brassage d’air en fin de journée, avant de quitter la classe. Une petite demie-heure, histoire de fatiguer les tempéraments. Une simple affaire d’initiative et de volonté.

    Bien. Virginie, nous espérons que vos vacances ne sont pas enfumées. Les incendies finissent par laisser peu de place à de l’air pur. Ce qui est à craindre. Qu’en disent nos écolos ? Bien silencieux et absents de toute cette énergie mise en oeuvre pour sauvegarder.
    Virginie, bonnes vacances et surtout, restez vigilante.

  2. Après les rois fainéants ,la génération vautrée !!Admirez comment nos jeunes ,téléphone en main ,se jettent sur un canapé pour continuer leur activité et savent se « vautrer » avec élégance !! Tout un art !!

    • Je vois ça avec mes deux petits fils ( 13 et 18 ans) en vacances pour quelques jours, ça me
      désespère, mais que faire ? Ils ont chacun l’inévitable portable ( obligé, puisque les copains
      en ont tous aussi !), contre le marketting agressif de l’industrie, les pauvres parents ont été
      incapables de trouver la parade, et les profs ne peuvent que, difficilement, en interdire l’usage
      pendant les cours… Seuls les Chinois sont capables d’avoir une politique efficace … triste !

    • Je ne crois pas que les gens de 40, 60, 70 ans passent leurs journées debout ou en activité. J’ai quand même l’impression que la sédentarité soit généralisée. Les vieux ne se vautrent pas parce qu’ils ne pourraient plus se relever après, c’est tout ! Mais ils restent aux aussi beaucoup assis devant leurs écrans.

  3. C’est ça, on va faire venir les enfants a l’école pour les faire bouger, et on leur fera avaler leur 5 fruits et légumes quotidiens, après le cours d’éducation sexuelle, et avant celui de prévention des discriminations et celui de présentation des enjeux climatiques….
    ils pourront étudier le français et les maths assis à la maison durant leurs vacances climatiques pour se rafraîchir les neurones lors des prochaines canicules.

      • mon dieu il y a longtemps que je n’ai pas entendu le mot  » moutards » que pourtant mon grand père parigo employait tout le temps… petite réminiscence de mon enfance bien sympatique !

      • Une école de rêve pour Mme Fontcate. On pourrait faire pédaler les moutards comme des shadoks et l’éducation nationale ferait une saine concurrence aux éoliennes.
        Il va en falloir pour alimenter les climatiseurs dans les classes l’été prochain.

    • Si on supprime les 4h de sport hebdomadaire, comme proposé par l’article, et qu’on les remplace par de l’activité physique régulièrement tout au long de la journée, ça ne prend pas de temps sur les apprentissages. Ce n’ est pas parce qu’on ferait bouger un peu les élèves qu’ils n’apprendraient pas les fondamentaux en maths ou en français. Ils le font en Chine, où les cours commencent régulièrement par de l’activité physique et ça marche très bien. Et on le faisait avant en France avec de la gym suédoise.

      • Ça va pas être évident à organiser pour les profs d’éducation sportive. Ils vont devoir courir de classes en classes pour faire leur éducation ?

    • C’est drôle comme réaction. Vous pensez vraiment que 10 minutes d’activité physique toutes les deux heures vont entraver les apprentissages ? Regardez un peu la Chine, Singapour ou les pays scandinaves et on en reparle.
      Et puis oui, dans les cantines il y a des fruits et des légumes. Ce sont les parents qui emmènent les enfants au fastfood, pas les profs. Il faudrait peut-être regagner une pensée un peu nuancée et juste.

      • L’école doit s’occuper de l’activité physique des enfants, leur fournir des fruits et des légumes bio et halal, les vacciner, les habiller, les emmener au théâtre et au musée…
        Les parents n’auront plus que le devoir de vérifier que leurs enfants ont progressé en maths et en français et leur faire quelques cours du soir en rentrant du fastfood.

  4. C’est aux parents de s’occuper de leurs enfants, de leur faire faire du sport, d’aller marcher avec eux … la responsabilité leur en revient … on a pas à assumer l’irresponsabilité de ces parents et leurs lacunes en matière d’éducation …. que chacun s’assume … et assume …

    • avant, tout se faisait  » à pieds » ou presque – la voiture c’était exceptionnel, pas pour déposer les mômes à l’école en tout cas, moi je marchais15 minutes allé et même chose retour, mon immeuble n’avait pas d’ascensseur, je descendais régulièrement la poubelle, et surtout lorsque j’avais un peu de temps pour . jouer, c’était dehors avec les copins copines, on se faisait des ballons prisonnier, et autre,.L’activité physique de l’enfance vous suit dans vos habitudes toute la vie – j’ai 72 ans ,je fais mes courses le plus souvent à pieds, je vais au marché à pieds, la seule chose que je mesure c’est la température extérieur, parcequ’en effet, cette canicule me fatigue, mais sinon les distances, pffft !!!

    • Et les enfants doivent bien sûr assumer leurs parents. Tanpis pour eux si leurs pars ne leur font pas faire d’activité physique.
      C’est aux parents de s’occuper de leurs enfants et il faudrait même interdire l’école et revenir au bon vieux temps des gaulois. A l’époque les enfants étaient bien éduqués et faisaient du cheval.

  5. Je ne suis pas certain de la pertinence de l’article, la responsable n’est pas la chaise puisque de tous temps les élèves sont restés assis sur des bancs ou des chaises pendant les cours, le responsable est plutôt notre mode de vie. Bien qu’ayant un travail où j’étais assis toute la journée ça ne m’a pas empêcher de faire du sport toute ma vie à un bon niveau, ce n’est pas facile en arrivant tard chez soi de se changer et d’aller faire une heure de sport mais on y arrive et chez les élèves c’est beaucoup plus simple mais il y a les réseaux sociaux, le téléphone, l’ordi alors il y a un choix à faire.

    • J’ai connu la conduite des trams, le gars débout sur la plate-forme et le machiniste du train s’activer sur son engin, dehors par tous les temps et l’autre pelleter sans arrêt. J’ai connu le facteur en tournée à pieds, maintenant il est en bagnole…Imaginez Macron dans son attaque de la Russie aller à pieds à Moscou comme les soldats de Napoléon !! Et en revenir ce qui fut une autre affaire…

    • Les élèves passaient quand même avant moins de temps en cours – la semaine d’école n’a cessé d’augmenter -, les écoles étaient aussi plus proches des domiciles avant qu’on ne ferme les écoles de village, donc les enfants y allaient à pied et non en bus. Mais surtout on ne peut pas changer le mode de vie de tout un pays, qui est conditionné par de multiples facteurs. En revanche on peut facilement réformer la façon de faire du sport à l’école et transformer l’heure d’EPS stérile qu’ils passent surtout à se changer dans les vestiaires en 4 1/4 d’heure d’activité physique simple repartis dans la journée. Pas compliqué, pas cher, efficace.

      • Pas d’accord quand vous dites qu’avant on y passait moins de temps … c’était plutôt
        l’inverse, c’est maintenant qu’il y a moins d’heures de cours, surtout dans les matières
        nobles ( français, maths, histoire/géo ). Mais je crois qu’il y a eu une prise de conscience
        récente sur ces dérives … Sinon, de plus en plus de vacances ! Pensons aussi à la
        déstructuration de beaucoup de familles devenues monoparentales ce qui n’arrange rien !

      • Réponse à @karlof : vous avez parfaitement raison ! Je reviens sur mon précédent commentaire : en effet la semaine de cours a baissé (on a perdu 6h par semaine par rapport aux années 30-50) et les vacances ont augmenté (3 à 4 semaines de plus par an). Donc mon argument ne tient pas. Au temps pour moi !

    • Beaucoup d’élèves sont seuls chez eux quand ils rentrent. A 10 ans vous ne vous dites pas spontanément que vous allez faire une séance de sport, tout seul. Et dans la plupart des familles maintenant, on ne laisse plus sortir les enfants seuls pour aller jouer dehors. Ce n’est plus dans la mentalité courante, et tout le monde a peur.

  6. Ma commune a dépensé plus de 180.000 € non subventionnés pour végétaliser une cour de récréation pour les jours de fortes canicules (justifié cette année?) , inachevée par manque de budget supplémentaire, avec pour seule détente une butte de terre , boueuse par temps humide ( et les grattes pieds à l’entrée des classes qui vont avec) 20m2 de champ de galets accidentogène, des carrés potagers perpétuellement en friche, un espace pique-nique condamné par rubalises ,(car a priori non conforme) et de grands bancs de pierre en forme d’amphithéâtre , le tout complanté de jeunes arbustes qui mal entretenus se transforment petit à petit en taillis . Pour l’activité physique aux heures de récré on repassera !!

  7. Vous rêvez juste. Quel beau projet ce serait d’éduquer selon la nature et.non de momifier seront la culture ! Combien de « zéros de conduite » auraient pu enrichir le monde de leur savoir s’ils n’avaient pas été scolarisés d’ennui. Prévert regardait par la fenêtre la liberté que l’Ecole lui refusait. Faire aller de concert le corps et la tête, voilà le vrai. Si nos classes sont des cimetières c’est que nos maîtres sont funèbres, comme l’étaient les leurs. Où trouver des meneurs d’hommes dans un système scolaire qui privilégie la reproduction à l’identique, le mimétisme ? Redevenons grecs ou romains, ou chevaliers, dépensons-nous mieux pour l’avenir. Bougeons, bougre de bougre.

      • Cette description correspondrait plutôt aux écoles confessionnelles dites « libres »
        les prêtres éducateurs faisant penser à des corbeaux avec leur tenue noire …
        Mais tout ça a presque disparu, c’est de l’histoire ancienne !

  8. Vous avez tout à fait raison Mme Fontanel. D’avantage d’exercice à l’école. Et du chant choral. Aristote disait déjà cela il y a 2500 ans…Il faisait marcher ses étudiants. Nous serions nous crus plus intelligents que lui ? Ou serions en retard de 25 siècles ? Et Montaigne ne restait pas assis.

  9. Un enfant passe 35 heures à l’école et tout le reste en dehors, donc si les parents sont démissionnaires, puisque c est le cas pour beaucoup, ça ne servira à rien… Dans l’autorité parentale, il y a les droits et les devoirs des parents, donc l’école devrait être essentiellement un lieu de savoir.

    • Mes enfants partent à 7h de la maison pour attraper le bus, et rentrent à 18h15. Oui, il reste un peu de temps pour faire des choses, mais la moitié de l’année quand ils partent il fait nuit et quand ils rentrent il fait à nouveau nuit. Il serait bien qu’ils aient l’occasion de bouger un peu quand il fait jour… La cour de récréation entasse 700 élèves dans un petit espace, donc il est interdit de sauter, interdit de courir, interdit d’avoir un ballon ou un cerceau, ou tout projectile éventuel. Enfin ils peuvent faire le tour en marchant, comme dans Midnight Express. Ou rester assis sur les bancs.

      Et quand on travaille, on sait bien que toutes les 45 minutes ou toutes les heures il est bien de se lever, de bouger, de faire quelques mouvements, pour relancer justement la concentration. Donc ce n’est en rien contradiction avec la transmission du savoir.

      • Il faut savoir que des « pédagogues » de l’Education Nationale font des « recherches » POUR développer des « méthodes pédagogiques » … avec des résultats édifiants ! …
        Dans le domaine « sportif », ils ont estimé que certains mots pour désigner le matériel était trop « réducteur » donc « limitant » la pratique et par ruissèlement la « progression » ! …
        Un exemple : le « ballon » est devenu « référentiel rebondissant » ! …

      • Je suis d’une génération où le sport ne se pratiquait à l’école qu’à partir du collège . Et où on lisait énormément ce qui est bon pour l’esprit mais ne fait pas énormément bouger non plus! À côté de cela, les téléphones étaient inexistants, les voitures rares et toutes les rencontres et démarches se faisaient à pied ou en bicyclette . L’époque a changé mais les cours de sport de toutes sortes se multiplient et beaucoup d’activités sont accessibles à tous. Aux parents de se renseigner et d’obliger leurs rejetons à y participer.

      • la femme aussi !! j’ai fait de l’athletisme par choix dès mes 11 ans, la course à pieds m’a longtemps accompagné, aujourd’hui je danse, je marche beaucoup, et je fais du roller, et l’âge n’est pas un sujet. Je n’arrive pas à garder un médecin traitant parceque je n’y vais jamais, et quand je me pointe en général ils ne sont plus en activité…je souhaite à tout le monde d’avoir ma santé et ma forme.

    • Pffff ! Tout de suite les grands mots ! Toutes les disciplines, je dis bien toutes, sont dévoyées pour constituer autant d’occasions de diffuser de la propagande escrolo gauchiste. Les enfants, puis les ados, sentent confusément qu’on leur bourre le mou et finissent pas décrocher de ces programmes conçus par des idéologues. Seuls les enfants de profs peuvent survivre à ce traitement inhumain.

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