À l’époque, je n’avais pas encore lu Guy Debord, et Simone Weil. C’était à la fin de l’automne 2008. J’étais patron d’une de gestion de portefeuilles. Mes clients étaient des institutionnels, c’est-à-dire des caisses de , des assureurs et des entreprises. Notre monde semblait aller vers une fin brutale. Des créances immobilières de piètre qualité en provenance des États-Unis, camouflées sous forme d’obligations de bonne facture par une ingénierie financière irresponsable, avaient contaminé le système bancaire international, provoquant les faillites en chaîne des d’investissement américaines et, de là, le collapse possible de la plupart des établissements de crédit.

La crise de liquidités était en embuscade, c’est-à-dire l’arrêt de toute activité industrielle et commerciale par impossibilité de faire confiance aux banques. Les billets de banque et l’or sont une toute petite partie des échanges. Si les comptes en banque sont bloqués, tout s’arrête et l’on revient au Moyen Âge.

J’avais assisté, un triste soir de décembre 2008, à une réunion politico-économique à l’UMP (j’étais alors proche de la libérale). Les visages étaient graves. Mais nous étions tous d’accord (gens de Bercy, entrepreneurs) pour nous féliciter du système social français qui allait permettre d’amortir le choc pour les plus fragiles. En particulier, cette bonne vieille retraite par répartition apparaissait comme une innovation révolutionnaire pour éviter la ruine des pensionnés. Oubliée la capitalisation qui, en cas de , amputait en quelques jours de 20 %, 30 %, 40 % les économies des futurs retraités.

Depuis, le marché est revenu sur ces niveaux antérieurs. Cela a pris des années. Quant à moi, j’ai commencé à réfléchir sur la vanité de la doxa libérale et j’ai identifié dans la vie d’autres valeurs que celles du CAC 40.

Je repense à cela aujourd’hui parce que nous connaissons un autre épisode de panique sur les marchés financiers. Une mauvaise grippe (taux de mortalité 3 %) qui a contaminé une à deux personnes sur cent mille de notre monde a amputé la planète de 20 % de sa fortune boursière en deux semaines. Elle va provoquer une récession internationale.

Comment ne pas mesurer la fragilité de tout ce château de cartes que constitue notre double aliénation productivité/consommation ?

Comment ne pas conspuer la société du spectacle qui produit la nécessaire au maintien de cet équilibre instable mais, par un retournement intrinsèque à sa nature, peut nous plonger dans la panique la plus irrationnelle ?

Mesdames, Messieurs les députés, vous avez à trancher sur la . Ne remettez pas en cause les vieilles solidarités et les mécanismes d’assistance traditionnels. Votre pseudo-modernité, votre pseudo-savoir et votre réelle arrogance devraient venir se frotter à la sagesse ancestrale du peuple et à la réalité des faits.

10 mars 2020

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