Editoriaux - Education - 29 mai 2019

Une grève du bac contre les réformes Blanquer ?

Des syndicats enseignants doivent débattre, ce mercredi, de l’opportunité de bloquer les épreuves du baccalauréat : ils veulent protester contre la réforme du lycée et la future organisation des épreuves. Quelles que soient les bonnes ou les mauvaises raisons de les contester, ce moyen de pression, appelé « du bac », risque fort d’être un coup d’épée dans l’eau et de contribuer à l’enterrement du bac lui-même.

On peut perturber le déroulement de cet examen de différentes manières : grève de la surveillance, grève des corrections, retard dans la saisie des notes, non-participation à des réunions d’harmonisation, etc. Souvent brandie, cette menace est rarement mise à exécution. Beaucoup de professeurs, malgré les critiques légitimes qu’ils peuvent porter contre la politique éducative, hésitent à utiliser un moyen d’action qui pénalise leurs propres élèves. Les syndicats en ont conscience, qui annoncent déjà que, « si l’on en vient à appeler au blocage des examens, [le ministre] en portera seul la responsabilité ».

À supposer qu’un tel mot d’ordre soit décidé, il est peu probable qu’il soit massivement suivi. Les professeurs, à part une minorité militante qui est de toutes les actions, répugnent à nuire à leurs élèves, qu’ils préparent, entraînent, encouragent durant toute l’année. C’est tout à leur honneur ; c’est aussi leur faiblesse. Ils ont plus de scrupules que d’autres agents publics qui n’hésitent pas à perturber tout un secteur et à gêner l’ensemble de la population.

Une grève des surveillances ou des corrections aurait des effets limités. Si elle est partielle, elle contraindra l’administration à recourir davantage aux personnels non grévistes pour pallier les absences. La correction des écrits et la tenue des oraux seront, ici ou là, désorganisées, les délibérations de quelques centres d’examen retardées. Élèves et parents en voudront plus aux enseignants qu’au ministre. Sans compter les non-grévistes, qui se verront récompenser d’un surcroît de travail.

Si le mouvement est plus important, comme en 1968, où des lycées furent bloqués et de nombreux enseignants en grève, le bac finira par être passé avec des aménagements… qui permettront d’atteindre un taux de réussite inégalé ! Le bac 68 n’a pas bonne réputation : faut-il s’en étonner ?

Difficile de prétendre défendre la qualité de l’enseignement quand on contribue à dévaloriser des diplômes. Mais il y a pire. Les dysfonctionnements répétés du baccalauréat ont déjà conduit à s’interroger sur son maintien. La plate-forme Parcoursup affecte les élèves dans l’enseignement supérieur avant les résultats du baccalauréat. À quoi bon conserver un examen, trop largement distribué, dont on ne tient pas compte pour l’accès aux universités, surtout si son déroulement est perturbé ? Le ministère risque d’en tirer vite les conséquences.

Ce n’est pas en perturbant son fonctionnement qu’on fera du baccalauréat un vrai diplôme et non un générateur d’aigris. Le seul moyen de le sauver, à terme, consisterait à en relever le niveau, à ne pas tricher avec les exigences, à ne pas établir des barèmes laxistes. Ou à le remplacer par un examen d’entrée dans les universités. Mais cela, les syndicats ne sont pas encore prêts à le demander !

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