« Un barbu, c’est un barbu. Deux barbus, ce sont des barbus. Trois barbus, ce sont des barbouzes. »

La célèbre réplique du film éponyme de Georges Lautner est toujours d’actualité. En effet, Cédric Rey (voir nos éditions précédentes), qui prétend avoir échappé de peu à la mort, lors de la tuerie du Bataclan, le 13 novembre 2015, c’est un fait divers. Mais quand un certain Dany Machado (un pseudonyme, on espère pour lui et sa vie sociale) trouve malin d’interpréter une chanson mettant en scène un de ses proches amis, victime imaginaire du même massacre, à l’occasion de l’émission « La France a un incroyable talent », nous passons là du fait divers au fait de société.

Lequel est tragiquement banal, tant la culture de la pleurniche devient envahissante. Dany Machado a dix-sept ans et ressemble à un de ces « wannabe » (ceux qui entendent passer de l’anonymat aux feux de la rampe) pullulant sur les et les plateaux de télévision. « J’ai écrit cette chanson pour rendre à un ami décédé il y a deux ans au Bataclan. » Un certain Alexandre. Qui n’est pas puisque n’ayant jamais vu le jour.

Techniquement, comment une telle imposture est-elle possible ? Tout simplement parce que l’on accorde avant tout du crédit aux mensonges auxquels on veut bien croire. Et que le menteur porte beau ; un bon client télé, somme toute. Après, les journalistes et les membres de Life for Paris, association chargée d’incarner la mémoire des victimes, vont y regarder de plus près. Comme les noms de ces dernières sont soigneusement consignés, l’imposture ne dure pas.

Arthur Dénouveaux, président de Life for Paris, commence à avoir un peu d’expérience en la matière. Et au journaliste de L’Express qui lui fait remarquer que « ce n’est pas la première fois qu’une personne tenterait de se faire mousser sur ces attentats », il répond, fataliste : « Non, mais cette fois, ce qui nous gêne plus que d’habitude, c’est que cela vienne d’un gamin paumé qui rêve de gloire. » Plus « gênant » encore, cet aveu : « Pas mal de gens dans l’association pensent que M6 voyait là une occasion de tirer des larmes au public et effacer ainsi le bad buzz créé par l’éviction de leur juré Gilbert Rozon pour agression sexuelle. »

Nous y sommes. Et le « gamin paumé qui rêve de gloire » de confesser : « Ce que j’ai écrit était une métaphore. Je n’ai pas vraiment perdu d’amis au Bataclan… » Car aujourd’hui, tout paraît métaphorique. L’expulsion du moindre immigré clandestin est une métaphore « auschwitzienne ». Critiquer l’art conceptuel en est une autre – de type révisionniste, à en croire Le Monde.

Ne pas tomber en pamoison devant les déblatérations d’une Christine Angot équivaut à rééditer les autodafés hitlériens. Point Godwin, quand tu nous tiens…

Cédric Rey est une victime imaginaire. Dany Machado, une victime métaphorique. Mais tous les deux sont victimes par procuration. C’est ce qui compte : le « victimat » ne vaut-il pas toutes les décorations présentes et à venir ? On constatera, ainsi, que plus les véritables souffrances s’éloignent dans le temps, plus leurs porte-voix haussent le ton.

Relisez Simone Veil et son autobiographie, Une vie, remarquable de pudeur et de distanciation. Déportée authentique, elle faisait autrement moins de bruit que les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants de déportés. Ceux qui ont vécu l’enfer n’ont guère envie d’en parler. Les véritables douleurs sont muettes. Soit ce sentiment exquis qu’on appelle pudeur. Voilà qui vaut encore pour d’autres déportés, les résistants et les soldats, qui n’étaient guère plus loquaces, parce que leur honte, justement, consistait à avoir été victimes, trop bêtes ou imprudents pour échapper aux mailles du filet, alors que les héros véritables avaient été les maluches qui, eux, ne s’étaient pas fait poisser.

Il y a là ample matière à réfléchir sur les héros que statufie désormais le microcosme médiatique. Hier, Honoré d’Estienne d’Orves et Adam Rayski. Aujourd’hui, Dany Machado. Tout est dit.

28 novembre 2017

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