Notre ami Marc Baudriller a parfaitement analysé le paysage fracturé sorti des urnes, dimanche soir, et ce premier tour a eu au moins le mérite de la clarification. Il a aussi pointé la dynamique de la France islamo-gauchiste de Mélenchon. Une dynamique portée par la poursuite de l'immigration en cas de réélection d'Emmanuel Macron, par la démographie de la population d'origine immigrée et par la domination culturelle et institutionnelle de ces deux France sur la troisième, diabolisée et exclue de la décision, toujours en cas de réélection du Président sortant. Rappelons aussi la forte marge de progression électorale dont elle dispose, puisque, si Mélenchon a été plébiscité dans les banlieues, recueillant par exemple 69 % du vote musulman, la participation y est encore relativement faible. Le tripartisme - ou la tripartition - de la France du 10 avril va donc évoluer.

Face à la dynamique de la France créolisée, pour reprendre le terme même revendiqué par Mélenchon, que peuvent devenir les deux autres ? Elles vont, elles aussi, être soumises à des dynamiques contradictoires. La démographie ne jouera pas en leur faveur : on n'y fait guère d'enfant, que ce soit dans la France périphérique paupérisée ou la France bourgeoise urbaine.

En revanche, la France de Macron, qui apparaît dominante avec ses 28 % du 10 avril, est en fait la plus fragile. Sa démographie est vieillissante : on a assez dit, depuis dimanche soir, que si les plus de 65 ans n'avaient pas voté, Macron n'aurait pas été au second tour. Électoralement, malgré sa progression depuis 2017, Macron dispose de beaucoup moins de réserves : l'effondrement total du PS et de n'est pas une si bonne nouvelle pour lui. Les -15 de LR et -5 du PS depuis 2017 ne se sont traduits pour lui que par un +4... et la poutre a tellement travaillé qu'il ne reste plus de réserves dans les décombres.

Par ailleurs, ce bloc bourgeois centriste va nécessairement subir d'autres érosions fortes. D'abord, l'attraction et les revendications de la France islamo-gauchiste vont l'obliger à poursuivre les concessions à son égard, ce qui rebutera une partie de ses soutiens, qui basculeront vers la France Le Pen-Zemmour. D'ailleurs, ce phénomène a déjà commencé : on n'a pas assez souligné que derrière la contre-performance d'Éric Zemmour, il a pourtant réalisé certains de ses meilleurs scores dans des quartiers bourgeois (Versailles, Arcachon, Paris XVIe). Et le même Zemmour a fait des scores non négligeables dans la France périphérique aussi : en Lot-et-Garonne ou dans le Tarn-et-Garonne, par exemple, où Marine Le Pen a encore progressé, Éric Zemmour surclasse son score national, à plus de 8 %. Il a, en partie, réussi son pari. Géographiquement et sociologiquement, loin d'affaiblir le RN, il a élargi son potentiel.

Mais l'islamo-gauchisme lui-même éloignera certains de ses électeurs de gauche traditionnels. Un autre micro-phénomène de la carte électorale traduit d'ores et déjà ce « petit remplacement » : en Dordogne, département rural historiquement de gauche, et d'une gauche longtemps hostile au RN, Marine Le Pen a fortement progressé, dépassant Mélenchon pour finir en tête.

En outre, les difficultés économiques et financières du pays vont aussi éroder le centre bourgeois. Déjà inquiété à ses marges par le grand remplacement, il le sera certainement davantage encore par le grand déclassement qui le guette aussi. À terme, ses électeurs seront amenés à choisir leur camp, comme l'ont déjà fait ceux de LR, ceux du PS, et comme commencent aussi à le faire en ce moment ceux de Mélenchon.

La poutre va donc continuer à travailler et le second tour du 24 avril constituera une nouvelle étape de la recomposition politique. Certainement pas la dernière.

13 avril 2022

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