L’enjeu est de taille. Les sondages annoncent un résultat dont l’écart est serré. Rien n’est totalement joué à l’avance, il n’y a pas une voix à perdre pour Marine Le Pen qui doit désormais pouvoir rassembler aussi bien les électeurs de Jean-Luc Mélenchon que ceux d’Éric Zemmour. Une ligne de crête ténue pour le Rassemblement national qui doit ménager la chèvre et le chou, séduire les uns sans décevoir les autres, rassembler sans diviser, placer habilement le curseur entre l'extrême droite et l'extrême gauche. Dédiabolisée par la candidature d'Éric Zemmour, l'éviction de ce dernier la désigne à nouveau comme cible à abattre par le camp du bien.

Le clan Zemmour a immédiatement appelé, au soir du premier tour, à ne pas se tromper d’adversaire et faire gagner Marine Le Pen. Un choix cohérent pour Reconquête. Selon des sources proches, la candidate présente au second tour a téléphoné à Éric Zemmour pour le remercier de ce soutien. Pour autant, interrogée mardi matin par France Inter sur la possibilité de gouverner avec Marion Maréchal ou Éric Zemmour, elle répondait : « Ce n’est pas une possibilité. Il n’en a pas le souhait, je n’en ai pas le souhait non plus, j’ai exprimé tout au long de la campagne les divergences que je pouvais avoir avec Éric Zemmour. » Sur CNews, Robert Ménard, soutien de Marine Le Pen, estimait qu’on pouvait se passer des soutiens d’Éric Zemmour et de Marion Maréchal. Sur BFM TV-RMC, Louis Aliot excluait, mardi, la tenue d'un meeting commun entre sa candidate et le leader de Reconquête d'ici le second tour : « Je pense que ça serait inutile. »

On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment. Le Rassemblement national devait-il prendre ainsi publiquement ses distances avec Reconquête ? Même si 90 % des électeurs d’Éric Zemmour ont bien l’intention de voter pour Marine Le Pen (sondage OpinionWay), il ne faudrait pas les décourager. Las, la réserve des voix de Reconquête pèse bien moins lourd que celle du candidat LFI arrivé en 3e position, fort de ses 22 % et 7,7 millions d’électeurs. Un vivier considérable dont a besoin Marine Le Pen pour remporter cette élection. Jean-Luc Mélenchon a eu beau marteler, dimanche soir, son mantra « pas une voix à Madame Le Pen », 28 % de ses électeurs pourraient ne pas suivre cette consigne de vote et voter contre Emmanuel Macron (OpinionWay-Kéa Partners). Mais d’autres s’abstiendront, et ce sont eux qu’il faut aller chercher et convaincre. Jordan Bardella le confirme sur CNews (le 12 avril) : « Il y a beaucoup d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui ne veulent pas de la retraite à 65 ans, qui ne veulent pas remettre la politique de la France entre les mains de McKinsey et d’autres cabinets privés et qui, je pense, […] voteront pour Marine Le Pen au second tour. »

Si les thèmes consacrés au pouvoir d’achat et au grand déclassement peuvent fédérer insoumis et patriotes, il reste que la lutte contre l’immigration massive et le Grand Remplacement ne sont pas compatibles avec l’islamo-gauchisme de Jean-Luc Mélenchon. Le Rassemblement national joue donc la carte de la concorde et la fraternité derrière Marine Le Pen, fait sauter le clivage gauche-droite, répond à l’autoritarisme d’Emmanuel Macron par un référendum d’initiative citoyenne. Deux visions sont en jeu dans cette élection : mondialistes contre patriotes. Bloc élitaire contre bloc populaire. Malgré ses divergences avec Éric Zemmour, Marine Le Pen a toujours « concédé sans aucune difficulté qu’il faisait partie du camp de ceux qui croient en la France et qui croient que la France doit redevenir un pays souverain ». Aux Insoumis, donc, de peser dans la balance et de décider en âme et conscience de faire « barrrage à l’extrême droite » ou voter « tout sauf Macron »...

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13 avril 2022

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14 commentaires

  1. Macron ou Le Pen ? Bon courage à celui qui osera s’y mettre et qui sera immédiatement le bouc émissaire de la catastrophe annoncée. Que devenons-nous si les taux d’intérêt montent à 10% avec la dette « de dingues » que nous avons ? Et cette affaire est mondiale. Souhaitons que la guerre ne soit pas ressentie comme la seule solution devant les émeutes de la faim qui seraient inévitables. Sommes-nous encore capables d’un gouvernement d’union Nationale ?

  2. Faudra bien arriver à décortiquer le vote LFI, où gauchistes et islamistes se côtoient, qui fut pour ces derniers le vecteur choisi par les tenants de cette culture faute d’un candidat propre à elle et trop « rassembleur »…

    1. Il y aura surtout besoin de beaucoup de courage et de discernement et de voter pour le (ou la) plus honnête et le plus courageux.

  3. La stratégie va devoir être fine… mais il y a un autre paramètre qui peut profiter à Marine : les faux pas à répétition du leader du 1er tour qui semble reparti avec ses phrases méprisantes et clivantes. Son attitude n’est pas celle d’un rassembleur (qu’il se revendique) mais bien celle du destructeur qu’il est dans l’âme…
    Courage à Marine, elle peut y arriver, pour que vive la France !

  4. Ne pas se priver des voix de reconquête tout en attirant celles de LFI, effectivement MLP marche sur le fil du rasoir. Pour l’instant que EZ et MLP restent sur leurs positions, déjà Macron agite le chiffon rouge du Non à l’extrême droite. EZ , a eu des propos un peu trop radicaux, alors il faut calmer le jeu. Nous savons tous que les différences ne sont pas insurmontables entre EZ et MLP. Au soir du 2nd tour commencerons alors les tractations pour les législatives, un gros morceau en perspective

    1. En matière de « propos un peu trop radicaux », MLP n’a pas été en reste, loin de là.
      Faut-il rappeler l’entretien accordé par MLP dans le Figaro du 3 février où la candidate croyait discerner des gens peu recommandables dans l’entourage d’Eric Zemmour ?
      Le genre de propos qui me restent en travers de la gorge …

      1. Gaulois de Souche, bonjour.
        Allez, pas de rancoeur, acceptez mes excuses a sa place, parfois…
        dans le feu de l’action… perso, si Z avait fini 2eme j’aurais, sans etat d’a^me vote pour lui.

    2. Macron ne peut être élu que si 2/3 des voix de gauche (31 %) votent pour lui. Mais
      chaque fois que Mélenchon évoque le vote Macron ça murmure fort dans la foule de ses supporters .

  5. Zemmourien de la 1ère heure je ne vais pas me tromper de cible le moment venu. Même si j’ai eu du mal à admettre que Marine n’en parle pas, je comprends son choix stratégique… Il lui faut « ratisser » large et ne décevoir pas grand monde, pas simple comme équation. J’imagine qu’une fois élue le retour d’ascenseur sera ėvident vers Reconquête. Donc Marine ou le chaos.

    1. C’est vrai, une cible il n’y en a qu’une : EM, tous ceux qui sont fatigués de son autoritarisme, de son mépris des français et de sa haine de la France (entre autres) soutiennent Marine de leur vote…

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