« Nous avons dû nous battre contre les plus grandes forces, la gauche nationale, la gauche internationale, les bureaucrates de Bruxelles, toutes les organisations de l’empire Soros, les grands médias internationaux, et enfin le président ukrainien, nous n’avons jamais eu autant d’adversaires. Chers amis, nous avons remporté une victoire exceptionnelle - une victoire si grande qu'on peut sans doute la voir depuis la Lune, et en tout cas certainement depuis Bruxelles. » Tels sont les mots prononcés par Viktor Orbán, dimanche soir.

Écrasante victoire, en effet, sur une opposition réunie en une coalition de six partis balayant tout le spectre politique et menée par Péter Márki-Zay : avec 68,7 % de participation, le parti de Viktor Orbán remporte 53,49 % des voix, soit une majorité des deux tiers au Parlement, contre 36 % pour la coalition d’opposition. 135 sièges, contre 133 dans la législature précédente, tandis que la coalition d’opposition en disposera de 57.

Alors, accident électoral, forfaiture démocratique que cette élection hongroise, comme semble le déplorer nombre de médias occidentaux ?

Cette élection s’est déroulée sous la surveillance de 200 observateurs internationaux. Parmi ceux-ci, Claude Chollet, président de l’Observatoire du journalisme (OJIM), accompagné de Maître Thibaut Mercier et d’Andréas Bild. Après cette mission d’observation qui s’est déroulée dans une dizaine de bureaux de vote, ils font part de plusieurs constats : dans chaque bureau de vote, on notait la présence d’au moins deux représentants de chacun des principaux partis. Si la présence internationale est jugée parfois écrasante, « d'autres interlocuteurs étaient heureux de montrer au monde que la Hongrie était capable d'organiser des élections équitables et démocratiques ».

Sur les médias et le pluralisme de la presse hongroise, cible régulière de la Commission européenne, ils expliquent : « Le paysage médiatique en Hongrie semble assez divisé, soit vous êtes conservateur, soit vous êtes libéral progressiste. Les conservateurs dominent les médias d'État et la presse écrite (surtout en province). Les libéraux semblent dominer nettement les sites en ligne et les télévisions privées avec RTL. Dans l'ensemble, l'équilibre global semble plus équilibré qu'en France où les libéraux progressistes dominent dans tous les secteurs avec une marge de 65 à 75 %. Il n'y a pas de journaliste en prison et les nouveaux médias se créent librement et avec succès comme le récent site libéral en ligne Telex. »

Une correction bienvenue à l’unanimisme grossier et hostile de nos médias français à l’encontre de « la Hongrie d’Orbán ». Par ailleurs, on apprendra que des sites conservateurs comme Mandiner, ainsi que le site du Fidesz lui-même, ont été hackés à quelques jours de l’élection. L’ingérence étrangère ne serait donc pas uniquement le fait de trolls russes ?

Autre fait fortement décrié par les médias français et internationaux : l’adresse de Viktor Orbán à Volodymyr Zelensky, qu’il classe au rang de ses adversaires. Rappelons que le 24 mars dernier, lors du sommet européen de Bruxelles, le chef d’État ukrainien s’était adressé avec une particulière virulence à Viktor Orbán, lui reprochant de ne pas s’engager plus fortement dans les sanctions contre la Russie. Celui-ci avait déclaré, quelques jours avant le vote, face à une opposition qui le pressait de s’engager dans la guerre : « Nous ne sommes pas ukrainiens, nous ne sommes pas russes, nous sommes hongrois. À la question “de quel côté est la Hongrie ?”, la réponse est : la Hongrie est du côté de la Hongrie. » Il convient également de rappeler que les deux chefs d’État n’entretiennent pas des relations des plus cordiales, la Hongrie déplorant le traitement régulièrement infligé à la minorité hongroise de Transcarpatie, à l’ouest de l’Ukraine.

Et maintenant ? Les défis sont nombreux pour Orbán, il lui faudra gérer et absorber les effets économiques très pesants pour l’ des sanctions et, comme dit Rod Dreher (dans The American Conservative), « la Hongrie n'est pas un pays riche disposant de réserves pour absorber les chocs économiques à venir ».

Et la victoire d’Orbán sera vraisemblablement un caillou dans la chaussure de l’Union européenne, qui maintient des sanctions à son encontre alors qu’elle se montre exemplaire dans l’accueil des réfugiés ukrainiens. Or, l'Union européenne a besoin que les futures sanctions soient approuvées à la majorité. À moins que, là encore, le fameux « État droit » soit une réalité tellement élastique qu’il puisse être contourné, « au nom du bien » ?

4 avril 2022

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

5 11 votes
Votre avis ?
44 Commentaire(s)
le plus populaire
le plus récent le plus ancien
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires