Editoriaux - Justice - Presse - Table - 28 février 2018

Le tribunal administratif désavoue le préfet du Loiret au sujet d’un salarié d’EDF suspecté de sympathies islamistes

Même si la Justice se moque souvent des réactions que ses décisions entraînent, deux des derniers jugements du tribunal administratif d’Orléans risquent de faire quelques remous. Il a, en effet, annulé deux perquisitions ordonnées par le préfet du Loiret à l’encontre d’un salarié d’EDF suspecté de sympathies terroristes.

L’individu est un préparateur électricien, en poste à la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly. En 2016, les services de sécurité intérieure ont adressé une « note blanche » au préfet, qui signalait une éventuelle menace pour la sécurité et l’ordre public. L’homme, de confession musulmane, a en effet attiré l’attention par son comportement pour le moins curieux. Non seulement il a pris l’habitude de fermer à clef son bureau auquel même sa hiérarchie n’a pas accès, mais encore il aurait refusé de s’associer aux minutes de silence après les attentats en France et aurait déclaré, après l’attentat dans une boîte homo à Orlando : “Si la charia était appliquée, il n’y aurait plus de problèmes avec la communauté homosexuelle.”

Cela justifiait sans aucun doute quelques vérifications, surtout sous le régime de l’état d’urgence institué pour cela. Le préfet a donc ordonné une première perquisition, infructueuse, dans le bureau fermé à clef. Puis une seconde au domicile de l’intéressé, tout aussi infructueuse. L’affaire aurait pu s’arrêter là, après une audition pour comprendre les motivations de l’employé qui, après tout, aurait pu croire très spirituel de faire de petites blagues du niveau d’un élève de troisième. À moins qu’il ne s’agisse vraiment d’un islamiste, et là…

Mais, en France, on n’enquête pas impunément sur un musulman douteux. L’homme a saisi le tribunal administratif d’Orléans. Et celui-ci vient de rendre deux décisions annulant les deux perquisitions. Le requérant aurait, en effet, produit des attestations relatives à sa participation à des minutes de silence. Et, en ce qui concerne les propos sur les homosexuels, “aucune précision n’est donnée […] sur les circonstances de date et de lieu dans lesquelles le salarié aurait tenu de tels propos qu’il conteste”. Bref, circulez, il n’y a rien à voir.

S’agissant des homosexuels, on n’ose imaginer la réaction des juges si ce propos avait été attribué à un débile au crâne rasé. Mais, surtout, ces décisions portent la marque de la soumission la plus servile.

Faut-il simplement rappeler que, selon la presse, c’est une négligence dans la transmission d’un signalement qui aurait permis l’assassinat du père Hamel ? Faut-il rappeler que, toujours selon la presse, plusieurs projets d’attentats ont été déjoués ces derniers mois grâce à l’action discrète et efficace des services spéciaux ? Faut-il se plaindre que, pour éviter un carnage, certaines personnes fassent l’objet de vérifications, de perquisitions, d’investigations qui, parfois, aboutissent à leur arrestation ? Inutile d’aller pleurnicher avec peluches et ballons à chaque nouveau massacre si l’État n’a pas les moyens de mener les recherches nécessaires à notre sécurité.

Certes, l’électricien de Dampierre est juridiquement hors de cause. Mais, s’il était véritablement du même bord que les victimes des attentats, il aurait humblement accepté que la police fasse son travail et le mette finalement hors de cause. Mais non. Il a saisi la Justice. Et ainsi contribué à alimenter le fantasme qu’il semble dénoncer. Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre-étalon… Il serait à Sèvres.

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