– Dans les prisons, les détenus radicalisés vont être regroupés, ce qui, sans aucune certitude, semble représenter une démarche plus cohérente que l’éparpillement d’avant.

– Trois centres de jour seront créés qui accueilleront des radicalisés sous main de justice pris en charge individuellement.

– Les mineurs revenant de la zone irako-syrienne, la quasi-totalité ayant moins de 13 ans, les trois quarts ayant moins de huit ans, seront suivis au long cours sur le plan psychologique.

– Des écoles hors contrat seront surveillées et la lutte contre la propagande islamiste sera intensifiée sur les réseaux sociaux en France puis, s’il le faut, sur le plan européen.

– Les fonctionnaires radicalisés (militaires, policiers) pourront être écartés de leurs fonctions.

– La psychologie et la psychiatrie vont être sensibilisées au cours d’états généraux contre la radicalisation.

– Un comité scientifique bénéficiera d’informations privilégiées pour favoriser la recherche contre la radicalisation.

C’est mieux que rien.

Mais pourquoi ne suis-je pas enthousiaste malgré ce plan tous azimuts ?

Parce que je crois à une spécificité de la radicalisation islamiste et que je doute qu’elle relève de ces thérapeutiques et purifications qui, réussissant à vider un être de l’odieux ou de l’absurde, parviennent à l’emplir avec du sain et du normal.

Parce que je continue à penser que, pour lutter contre une folie meurtrière, il convient que celle-ci s’inscrive, en amont ou en aval de sa manifestation, dans un cercle (même étroit) de rationalité et que, faute de celle-ci, tout dialogue sera voué à l’échec.

Avec le pire criminel ordinaire, à une ou deux exceptions près, mon expérience m’a démontré qu’aux assises, il y avait un échange possible parce que l’accusé même le plus coupable affirmait ne pas vouloir renouveler son crime, soit à cause de la peine qu’il allait subir, soit par une prise de conscience éthique surgissant et parfois durant miraculeusement.

Avec les radicaux islamistes, il me semble qu’on est totalement éloigné de ces cas de figure.

Les terroristes aspirent à convaincre par la violence, sont fiers des tueries perpétrées au point de vouloir les couronner par leur propre disparition en martyr.
On s’acharne à leur appliquer une grille classique, comme celle qui régit les criminels de notre monde où la culpabilité existe et souvent le regret. Mais ils sont étrangers à notre bienséante rationalité, à notre honorable morale.

Vouloir désintoxiquer les dépendants d’une drogue qui tue surtout ceux qui n’en usent pas, désirer extirper une mauvaise herbe grosse de monstruosités à venir est louable mais ce plan apparemment ambitieux sera, je le crains, un coup d’épée dans l’eau amère de la radicalisation islamiste. Quand l’herbe malfaisante et l’être ne font qu’un, il n’y a rien à tenter. L’optimisme, alors, est une faiblesse.

Pour l’essentiel, ce plan tentera de réparer les effets catastrophiques de la radicalisation sans offrir la moindre solution opératoire pour détruire l’intégrisme.

Sauf, peut-être, pour les enfants de moins de 8 ans, si le contact est rompu avec le poison délétère qui les a déjà irrigués…

Il y a une naïveté obligatoire dans ces mesures gouvernementales que le Premier ministre a annoncées le 23 février à Lille. Il est de bonne politique de présenter ce train comme enfin la solution alors qu’on sait que c’est faux, qu’on habille l’impuissance et qu’on se berce d’humanisme en espérant qu’il soit contagieux.

On se ment mais on n’a pas le choix.

Pour prévenir ou châtier la “radicalisation”, une “radicalité” de notre démocratie sur tous les plans ne serait même pas assurée de vaincre.

J’ai conscience du défaitisme de mon propos qui tient pour quasiment vain ce qui est projeté parce que la seule solution, empreinte d’un réalisme froid et désespérant, serait – et elle est inconcevable – d’instaurer un implacable contrôle, avec une vigilance de tous les instants – justice, police et renseignement alliés – pour empêcher la radicalisation de nuire. On ne l’attendrira pas, il faudrait l’étouffer avant qu’elle nous étouffe et se répande partout.

Alors, c’est mieux que rien, bien sûr.

Mais je voudrais tellement avoir tort.

Extrait de : Justice au Singulier

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