[TÉMOIGNAGE] Sur les chemins de Chartres : guérir l’âme par le pas des pieds
Que dire que d’autres n’ont pas déjà exprimé ? Comment mettre les mots justes sur cette ferveur et cette émotion qui croissent dans chacune de nos âmes, au fil des kilomètres.
Aucun pèlerin, je crois, ne ressort indemne de ces trois jours de marche. Qu’il soit de la logistique ou marcheur de la colonne, qu’il s’agisse de son premier élan ou de sa quarante-quatrième édition, le pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté laisse une empreinte indélébile sur chaque esprit.
Au-delà du défi physique...
Ni les 34 degrés, ni les ampoules sanglantes, ni les morsures des chenilles processionnaires n’ont entamé la détermination des 20 000 pèlerins. Sous le regard bienveillant de la Sainte Vierge, le chapelet au creux de la main et le sourire aux lèvres, chacun a pu mesurer combien ce qu’il vivait le dépassait. Au-delà du défi physique, c’est le sentiment profond d’appartenir à un tout, d’être enfin « complet ». C’est effleurer la grâce divine et entrevoir, un peu mieux, la profondeur de ses mystères.
Qui oserait prétendre que l’Esprit saint n’a pas porté les âmes, sur ces 110 kilomètres ? Cette prouesse, réalisée par les plus jeunes comme par les anciens, ne saurait s’accomplir sans le souffle de la Colombe. Comme le rappelait le topo, le sens de cette marche réside dans l’arrivée à Chartres : une analogie parfaite de la vie du chrétien qui ne marche pas au hasard mais tend vers la vie éternelle. Au terme du voyage, les pieds sont certes engourdis et le corps épuisé, mais l’âme, elle, est guérie.
C'est au cœur de cet épuisement que la mission prend tout son relief. À travers les villages de Beauce, l'appel « Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la Terre » a résonné jusque dans le cœur des spectateurs. Certains, voyant passer la colonne, ont chaussé leurs baskets pour partager un instant de cette aventure et de cet abandon.
Car c’est bien d'un abandon qu'il s’agit : une confiance absolue remise entre les mains du Seigneur. « Je ne m'arrête pas à cette pause, donnez-moi la grâce de tenir les cinq prochains kilomètres » : voilà le refrain qui habitait mes pensées. J’offrais mon corps au Seigneur, espérant que mon âme saurait le porter.
« Car il n’est que l’Espérance pour animer notre vie. » C’est gonflé de cette espérance que les pèlerins ont repris la route, par trains et par voitures, pour semer cette joie et ce renouveau intérieur. Avec 20.000 marcheurs — un nombre qui croît chaque année — et en communion avec le pèlerinage de tradition qui parcourt le chemin inverse, il y a de quoi reprendre goût à l’espérance.
Chartres nous ramène à nos promesses
Dans un monde où règnent trop souvent la laideur, l’individualisme et le déracinement, le pèlerinage incarne le contre-courant de la charité, de la bienveillance, du beau, du bon et du vrai. Les plus grands aident les plus petits, les plus zélés saisissent le mégaphone pour porter les autres, les plus vaillants poussent le plus faibles. Et tous, croix et bannières à bout de bras, atteignent avec ou sans chaussures la cathédrale de Chartres.
Cette victoire finale nous ramène à nos promesses les plus profondes : « Je jure de te suivre,/En fier chrétien,/Et tout entier je livre,/Mon cœur au Tien. »
Cette promesse, gravée dans le cœur de nombreux pèlerins depuis leurs années de scoutisme, résonne avec une force particulière sur le chemin. Que l'on ait porté le foulard ou non, ces paroles habitent chacun de nos pas. Il est vrai qu'entre Saint-Sulpice et Rambouillet, jusqu’à ce que pointent enfin les flèches de la cathédrale, l'âme se sent toute proche du Bon Dieu... et les pieds, bien que meurtris, suivent l'élan du cœur.
Toutefois, il ne suffit pas de suivre le Christ pendant ces trois jours de Pentecôte seulement. Si nous sommes aujourd’hui rassasiés de cet amour et revigorés par l’élan de foi vécu en communauté, c’est désormais dans le silence de notre quotidien que nous devons témoigner. Il est aisé de suivre le Christ quand 19.999 voix chantent à l'unisson ; c'est un tout autre défi que de le suivre dans la solitude de nos devoirs, dans la tiédeur des jours ordinaires ou face aux lassitudes de l'existence.
Pourtant, c’est là que tout commence. C’est même dans le silence que Dieu construit. Alors, il faut continuer à semer, même en terre aride, réparer sa voix pour chanter encore, et prier sans cesse.
À l’instar du vénérable Marcel Van et de l'idéal scout, faisons nôtre cet engagement : « Ô Amour de Jésus, nous prenons ici l'engagement de te rester à jamais fidèles et de travailler d'un cœur ardent à répandre ton Règne dans tout l'univers. »
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12 commentaires
MERCI a tous nos jeunes qui se sont mobilisés pour ce pélerinage et qui sont de plus en plus nombreux chaque année. Merci à cette jeunesse française.
Je trouve nombre de ces commentaires déplacés. Personne n’est obligé d’adhérer. Cette pélerine nous offre son témoignage et partage ce qu’elle a vécu avec son cœur alors il n’y a qu’une chose à faire : respecter. Mais je constate que même sur BV ça se perd … à moins que certains ne soient là que pour critiquer
Bravo et merci pour ce témoignage sublime.
Le meilleur moyen de guérir l’âme est une bonne séance de triathlon !
Je ne vois pas le rapport avec votre triathlon.
Les chenilles processionnaires ne mordent pas plus qu’elles ne piquent; elles libèrent dès qu’elles se sentent menacées des microscopiques poils extrêmement urticants que le vent transporte jusqu’à plusieurs dizaines de mètres.
Poème du Pèlerin.
Je marcherai sous le soleil trop lourd, sous la pluie averse, dans la froidure du matin.
En marchand le soleil réchauffera mon cœur, la pluie fera de mes déserts un jardin, la froidure du matin éprouvera mes certitudes.
A force d’user mes chaussures, j’userai mes habitudes.
Je marcherai et ma marche sera démarche.
J’irai moins au bout du Chemin qu’au bout de moi même.
Je ne partirai pas seulement en voyage, je serai moi même un voyage.
Je serai Pèlerin. (Jean Debruynne)
Même pour des gens non croyants, cette marche permets de faire de belles reconcontres. Ces 3 jours sont une parenthèse ou le corps et l esprit nre font qu un.
Même pour des gens non croyants, cette marche permets de faire de belles reconcontres. Ces 3 jours sont une parenthèse ou le corps et l esprit ne font qu un.
Chère Madame, n’oubliez pas l’autre pèlerinage de Chartres qui a toute sa valeur, même s’il n’a pas été relayé par CNews.
Merci par avance.
Ce n’est pas faux, je confirme. Celle ou celui qui marche n’est pas seul, ses pas sont dans les traces de nos anciens. Pax Hominides Bonae Voluntaris.
Idem