[Témoignage] « Jean-Claude Gaudin a toujours combattu le FN ? Laissez-moi rire ! »

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Il y a deux semaines disparaissait Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille de 1995 à 2020 et président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) de 1986 à 1998. Quelques jours plus tard, à l'occasion d'une séance de questions au gouvernement, Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, dans un échange musclé avec le député RN des Bouches-du-Rhône Franck Allisio, affirmait que « Jean-Claude Gaudin avait toujours combattu le Front national ». De quoi faire réagir Jean-Louis Geiger, actuellement conseiller régional RN en PACA et qui, en 1986, était déjà conseiller régional, mais sous l'étiquette UDF, dans l'équipe, justement, de Jean-Claude Gaudin. Un témoignage qui rétablit une vérité historique largement occultée aujourd'hui : la « droite républicaine » gouverna une région avec le Front national, sous la présidence de Jean-Claude Gaudin, durant six années...

Georges Michel. Lorsque vous avez entendu la déclaration de Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale, quelle a été votre réaction ?

Jean-Louis Geiger. Ceux qui prétendent que Jean-Claude Gaudin aurait toujours combattu le FN sont des menteurs ou démontrent leur inculture politique.

G. M. Pouvez-vous nous rappeler comment Jean-Claude Gaudin, en 1986, avait été amené à diriger PACA avec le FN ?

J.-L. G. J’ai eu la chance d’être élu au conseil régional en 1986 comme représentant du monde économique sur la liste de Jean-Claude Gaudin. N’ayant jusqu’alors jamais été élu, n'ayant jamais fréquenté le monde politique, ce fut une découverte étonnante d’un milieu dont les codes ne sont connus que de ceux qui le fréquentent. À cette époque, le conseil régional, élu pour la première fois au suffrage universel, devenait une collectivité territoriale de plein exercice.

Avec 47 sièges sur 117, notre liste UDF-RPR conduite par Jean-Claude Gaudin était évidemment en tête, sans pour autant être en mesure de constituer une majorité. Arrivés en seconde position avec 31 sièges, les socialistes conduits par Michel Pezet, le président sortant, n’avaient nullement l’intention de faciliter la tâche à celui qui venait de les battre. Venaient ensuite le Front national, avec 25 élus, puis le Parti communiste, qui en comptait 14.

C’est lors de ces élections régionales de 1986 que le FN a connu ses premiers succès électoraux. Personne n’imaginait, alors, qu’il puisse un jour représenter une menace pour les partis qui se disent « de gouvernement » et Gaudin n’hésita pas longtemps à nouer une alliance avec Ronald Perdomo, Max Baeza et Henri Arion, les représentant du FN dans les Bouches-du-Rhône, les Alpes-Maritimes et le Var. Au grand dam des socialistes et des communistes, Gaudin démontrait ainsi qu’aucune idéologie ne guidait ses pas sur le chemin d’accès à sa première conquête locale…

Le « deal » fut simple. Deux vice-présidents FN sur sept : Messieurs Gabriel Domenech (ancien rédacteur en chef du quotidien Le Méridional) et Claude Scanapieco, soit autant qu’au RPR et un de moins qu’à l’UDF. Quatre présidents de commissions sur douze, nombre identique pour l’UDF et le RPR. Il s’agissait d'Henri Arion, Max Baeza, Pierre-Louis Causse et Guy Macary. Gaudin fut ainsi élu président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur avec 72 voix. Pas une ne manquait.

G. M. Comment la gauche réagit-elle alors ?

J.-L. G. Socialistes et communistes ne digéraient pas leur défaite. Claude Bertrand, déjà directeur de cabinet du tout nouveau président du conseil régional, se moquait d’eux en les singeant et clamait à qui voulait l’entendre : « Bruits de boots sur la Canebière » (nous avions remarqué qu’étrangement, nombreux étaient les élus du FN à être chaussés de boots, à l’instar de Ronald Perdomo). Dès notre deuxième assemblée plénière, nous fûmes envahis par une horde de la CGT qui voulait s’emparer du micro de Gaudin. Nous nous précipitâmes tous pour défendre la tribune, le FN Guy Macary étant alors le premier à faire rempart de son corps pour en interdire l’accès !

G. M. Mais comment se passa cette co-gestion ?

J.-L. G. Certains informés diront que tout était verrouillé et que les vice-présidents et présidents de commissions FN n’avaient aucun pouvoir. Mis à part quelques initiés, qui pouvait en juger ? Le conseil régional était bien dirigé par une majorité constituée de l’UDF, du RPR et du FN, et cela dura six ans.

C’est ainsi que s’écrit l’histoire des premiers pas du conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur élu au suffrage universel. Ceux qui racontent une histoire différente sont des menteurs, ont perdu la mémoire ou parlent de choses qu’ils ne connaissent pas.

C’est d'ailleurs au cours de ces années, de 1986 à 1992, que, grâce à Jean-Claude Gaudin et à sa majorité au conseil régional, beaucoup de carrières politiques se sont bâties, en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Mis à part Guy Teissier*, qui ne doit ses succès qu’à son travail personnel sur le terrain, je ne crois pas qu’un seul élu de droite et du centre de notre région ne soit pas redevable de quelque chose à Jean-Claude Gaudin et à sa première majorité au conseil régional. À commencer par Christian Estrosi, élu député pour la première fois en 1988, Renaud Muselier dont le mentor, Maurice Toga, le fut en même temps. Tous ont fait leurs premières armes à cette époque avec le soutien de Jean-Claude Gaudin président du conseil régional.

Sans le FN, il n’y aurait pas eu de majorité au conseil régional, Gaudin n’en aurait pas été le président et l’histoire politique de la région PACA se serait probablement écrite bien différemment.

G. M. Les choses furent différentes lors du second mandat, de 1992 à 1998...

J.-L. G. Jean-Marie Le Pen avait mené lui-même la campagne électorale, secondé en cela par Bruno Mégret. Les rapports devenaient plus compliqués avec des élus FN galvanisés par la présence, à la tête de leur groupe, de Jean-Marie Le Pen lui-même. Pour autant, hors des postures d’estrade, je découvris un Jean-Marie Le Pen fort courtois, un personnage intéressant et agréable.

Gaudin, fort de six années d’expérience à la tête de la région, prit alors la décision de la gouverner avec une majorité relative, négociant toutes ses politiques avec… la gauche.

Depuis, le FN a disparu, Marine Le Pen a donné au Rassemblement national tous les caractères d’un mouvement parfaitement républicain, un parti politique de gouvernement. Et je le répète, tous ceux qui clament que Gaudin a toujours été un farouche opposant au FN, puis au RN, sont des imbéciles, des menteurs ou des ignorants. Parfois les trois…

* NDLR : Guy Tessier, député des Bouches-du-Rhône de 1993 à 2022, successivement sous les étiquettes UDF, UMP et LR.

Georges Michel
Georges Michel
Editorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

14 commentaires

  1. Dans le test Lewino, Jean-Claude Gaudin était poniatowskiste (coeur au centre, tête à droite, portefeuille à droite) alors que les lepénistes sont coeur à droite, tête à droite, portefeuille au centre.
    Ils avaient donc en commun d’avoir la tête à droite.
    Cf. mon livre « Economie ou socialisme: il faut choisir où le test figure en annexe.

  2. Et oui monsieur Darmanin la vérité rien que la vérité c’est dur à avaler pour un menteur dont il ce fait le chancre car il croit dur comme fer comme son patron concernant le RN,les pauvres ils font des cauchemars toute les nuits.

  3. Jean-Claude Gaudin, à combattu ce qui pouvait nuire à sa réélection donc à sa carrière ses convictions s’arrêtaient là, comme pour énormément de politiques. Si demain le RN devenait nettement majoritaire, cette faune opportuniste, ne tardera pas à se bousculer pour avoir un maroquin, en expliquant que ce parti, n’est plus ce qu’était le FN et donc est tout à fait fréquentable et républicain.

  4. Darmanin prouve une fois de plus que c’est un menteur professionnel. Et dire qu’il va sans doute se présenter à la présidentielle de 2027.

    • Se presenter, sans trop de doutes, être élu, j en doute. Certes les français ont la memoire courte mais vu qu’il est toujours sur le devant de la scène, qu’il ne semble pas vouloir quitter, difficile sera pour lui d’effacer son bilan catstrophique…

  5. Excellent article remettant les choses à leur place. Précisons que les alliances avec le FN ont été par la suite rendues impossibles par la puissance du B’nai B’rith qui avait interdit sur le plan national toute alliance de la droite dite républicaine avec le FN. D’où la prédominance de la gauche dans les conseils régionaux et autres assemblées.
    Gabriel Domenech grand journaliste du Méridional-La France et élu FN avait donné une rubrique « Massalia Hébraïca » aux Juifs de la région pour leur permettre de s’exprimer. Il n’en a pas été récompensé!

    • Le tout est de savoir qui dit la vérité exactement ou l’accomode ? lorsque l’on a une majorité relative on est bien obligé de se trouver des alliés et de composer ? Mr Lapalice n’aurait pas mieux dit , non ? Une union des droites aux prochaines législatives mais qui le voudra en tout cas votre RN est le premier à tirer la couverture à lui !! mais en 2014 et 2019 ils étaient déjà en tête des élections européennes , les gens seraient ils aveugles ? dites moi ce qu’ils ont fait de mieux sinon l’absentéisme !! Là vu qu’il y a une coalition européenne sur les sujets immigration agriculture , ils pourront peut être faire mieux !! Laissons leur l’UE, pourquoi pas ? ce sera toujours mieux que le clan LREM + socialistes et écolos islamos, les 3 d’ailleurs !!!

  6. Darmanin, comme ses compères ou amis,il dirait qu’il fait sombre la nuit que je ne le croirais pas tellement il a pris le vice de mentir….

  7.  » Ceux qui racontent une histoire différente sont des menteurs, ont perdu la mémoire ou parlent de choses qu’ils ne connaissent pas.  » Vous parlez bien là des ignorant qui nous gouvernent ou je me trompes ?

  8. Franchement je ne vois pas l’intérêt decet article..Savoir si un homme aujourd’hui dcd a géré sa mairie avec le RN ou pas..quel intérêt ? Et pourquoi  » diaboliser un mort.. » ..ce que je sais,marseillais de 70 ans,c’est que M.Gaudin est surtout l’héritier de Deferre,que le RN marseillais a part m ravier a toujours ete un club de feignants …que la Mairie « Socialiste  » est le résultat d’une magouille electorale avec eelv et lfi..avec l’accord bienveillant du LR Musellier,devenu macroniste…vous voulez vraiment nous expliquer,la politique à Marseille??

    • Remettre les pendules à l’heure est nécessaire. Comme la résistance des Cocos.

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