Il faisait chaud, sur la place du château et de l’hôtel de ville d’Aiguillon. L’atmosphère était grave et recueillie. Peu à peu, les « marcheurs » sont arrivés, par petits groupes, couples, familles, parfois avec leurs enfants, anciens combattants, retraités, élus locaux reconnaissables à l’écharpe tricolore. Une délégation de pompiers, des camarades des clubs de sport de Mélanie, beaucoup de gendarmes en civil. Des anonymes. Beaucoup de commerces avaient fermé pour, eux aussi, participer à l’hommage. Et disons-le, une marche blanche, très blanche dans une cité pourtant colorée. Étrange, de défiler dans une ville où des familles d’origine immigrée restaient chez elles, regardant passer ce défilé. Pas concernés ? La presse était là, aussi, nationale et locale.

Après un temps d’arrêt derrière la banderole au nom de Mélanie, le cortège s’est élancé, grave, et c’est là, dans les rues menant de l’hôtel de ville à la gendarmerie, qu’on a pu mesurer la foule : très nombreuse, plusieurs centaines de personnes, c’est certain, et sans doute plus de deux mille. Une marée blanche pour Mélanie dans cette petite ville du Lot-et-Garonne. Devant la gendarmerie, une longue minute d’applaudissements, pour Mélanie, et en soutien à tous ses camarades gendarmes.

Rassurant. Rassurant de voir que, malgré la chaleur, les vacances, une certaine volonté médiatique de ranger-classer l’événement sous les autres dossiers de l’actualité, nous sommes venus. Rassurant de voir que ce peuple d’anonymes qui, comme me le disait un ami, ressemblait à la France de Johnny s’est levé, dignement, pacifiquement, pour rendre hommage, à Mélanie, aux gendarmes et aux forces de l’ordre, mais aussi pour exprimer sa colère, son indignation. Puisqu’on ne lui accorde que la marche blanche pour le faire.

Après la gendarmerie, la marche a regagné le centre d’Aiguillon et, entre château et chapelle, témoins silencieux du passé du pays et de la douleur présente d’un peuple, s’est regroupée autour du monument aux morts. Dépôts de gerbes des élus, sonnerie aux morts, musiques militaires. Et un discours (est-ce le mot ?) du maire d’Aiguillon aplatissant l’événement – le drame – à un accident du samedi soir où, « à l’heure de l’apéro », on devrait tranquillement se retrouver… Malaise. Car l’événement de samedi, par ses circonstances, son inscription dans une tragique série (Philippe, Thomas, etc.), le profil du responsable de la mort de Mélanie appelait autre chose, cet autre chose que le peuple des marches blanches attend. Pour le moment en vain.

La « Marseillaise » qui a retenti et qui fut reprise par tous a heureusement remis l’événement au bon niveau.


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