Dans le train qui m’emmenait vers Annecy, songeant à ce que je quittais et qui constituait une part essentielle de ma journée parisienne, comme un Rimbaud de minuscule envergure, j’ai eu, moi aussi, mon illumination.

Depuis le 15 novembre, Sud Radio, notamment dans ses “Vraies Voix” animées par Christophe Bordet, ne cesse d’apporter un soutien non pas inconditionnel mais compréhensif, éclairé et solidaire aux et à leur combat, autant qu’on pouvait dégager une unité dans leurs revendications puisqu’il existait au moins, à leur source, celle d’un abandon et d’une détresse économique, des fins de mois difficiles, voire angoissantes.

En revanche, la dénonciation des violences contre la , la détestation des attitudes de groupe scandaleuses, xénophobes et antisémites et de l’odieuse pendaison en effigie du président à Angoulême. Les gilets jaunes sont de moins en moins un bloc : il y a le bon grain et l’ivraie. Les adeptes d’un débat républicain ou les excités du coup de force. À distinguer.

Qu’on ne vienne pas sottement me reprocher une posture promotionnelle quand la sincérité de ma démarche est fondée sur cette découverte qu’il n’y a pas eu de hasard et que, s’il y a eu complicité et familiarité entre Sud Radio et les gilets jaunes honorables, elles n’étaient pas nées de rien.

Écoutant ce qu’on disait de Sud Radio et ce que les importants proféraient sur les gilets jaunes, j’ai remarqué comme une identique condescendance à l’égard d’une et d’un média si proches l’un de l’autre et traités au pire avec mépris, au mieux avec une désinvolture agacée. Comme on chasserait une mouche en été.

De la même manière que les gilets jaunes, qu’on pensait être un feu de paille, n’ont pas cessé d’amplifier leur action en étant soutenus par une majorité quasiment inaltérable, quoi qu’il se soit déroulé à Paris et en province, ainsi Sud Radio, même si elle n’est pas diffusée sur tout le réseau national – plus de 20 % de la population française est désormais couverte par la radio numérique hertzienne -, progresse pourtant de manière considérable.

Il suffit, pour s’en convaincre, à l’extérieur comme à l’intérieur, de percevoir l’intérêt et l’intensité de la curiosité, la chaleur de l’écoute, l’énergie de l’équipe, l’ambiance à la fois enthousiaste et de plus en plus professionnelle de ce petit monde.

Je ne parle pas de ceux qui, ayant été employés par Sud Radio, et faute d’avoir été renouvelés, crachent sur elle. C’est dérisoire et c’est humain.

J’attache plus d’importance aux classiques – par exemple Le Parisien – qui, informant sur la manière dont la lutte des gilets jaunes était décrite et rapportée, réussissent le tour de force de ne pas mentionner une seule fois Sud Radio, pourtant indépassable sur ce terrain. Comme si l’excellence, par principe, n’avait droit de cité que dans les grosses structures alors qu’elle s’épanouit bien davantage dans les communautés agiles, soudées et libres.

Je suis encore plus scandalisé – quelle ressemblance éclatante avec les gilets jaunes qui ont mis du temps à s’imposer et à être reconnus – par le caractère de discrimination systématique que subit Sud Radio de la part du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Alors que Sud Radio, dans les conventions, est étiquetée comme la chaîne du rugby – avec l’arrivée, comme consultant, du joueur d’exception qu’a été Vincent Clerc -, le CSA a trouvé le moyen de ne pas lui octroyer la fréquence de Toulon, cité du rugby s’il en est une avec Toulouse, berceau de Sud Radio.

J’analyse ce rejet comme une volonté de freiner l’essor d’une radio qui déplaît parce qu’elle dérange, qu’elle est populaire et qu’il convient de lui donner des leçons de modestie pour qu’elle ne s’illusionne pas sur sa vraie place. Cette attitude inéquitable du CSA est, en réalité, le signe éclatant de la poussée d’une radio qui n’a l’heur de convaincre que la multitude de ses auditeurs. Alors les instances officielles se vengent !

On ne pourra pas toujours faire comme si Sud Radio n’avançait pas et n’avait droit qu’aux miettes.

Didier Maïsto, président de Sud Radio, a écrit récemment, dans Lyoncapitale.fr, un texte vigoureux et brillant qui a eu un très fort impact : “Je suis vulgaire comme un gilet jaune.” Il anticipait ce billet parce qu’il avait compris la concordance entre cette radio et les gilets jaunes. Parce que dans la première comme au sein des seconds, l’honneur d’être un “plouc” l’emporte largement sur la vanité et l’aveuglement des élites, et que ce n’est pas être populiste que de servir la cause du peuple.

Que ce n’est pas être vulgaire que d’écouter passionnément les citoyens.

J’aime ce slogan de Sud Radio qui pourrait, tel quel, être repris par les gilets jaunes défricheurs de la démocratie et aiguillon pour un pouvoir qui se reposait trop sur sa supériorité d’essence.

Ce slogan, c’est : parlons vrai !

23 décembre 2018

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