[STRICTEMENT PERSONNEL] Partis… sans laisser d’adresse

La double imposture qui prétendait incarner, à droite, à gauche, l’arc républicain s'est dégonflée.
IL20240409190919-jamet-dominique-929x522

Est-ce en raison de mon âge ? De mon éducation ? De ma culture ? De mon caractère ? Je ne saurais le dire, et je ne sais ce qu’il en est de vous, chers lecteurs (et lectrices, qu’elles me pardonnent !). Toujours est-il que pour ma part, j’ai fait mien et je pratique en général (à de rares exceptions près, Hitler, Staline, Khamenei…) le vieil adage « De mortuis nihil nisi bonum », à savoir « Des morts, on ne dit que du bien ». Surtout le jour de leur enterrement, et davantage encore lorsque leur éloge funèbre est autre chose qu’un pieux mensonge. C’était le cas lors de la cérémonie organisée dans la cour des Invalides en hommage à Lionel Jospin, l’austère dont j’ignore, là où il est désormais, si elle lui a donné l’occasion de se marrer une dernière fois.

Jospin, l'homme d'une cohabitation difficile

Oui, Jospin était réellement l’homme debout, voire raide, rigoureux avec lui-même comme avec les autres, droit dans ses bottes et fidèle à ses convictions, ferme sur ses engagements et ses idées, en qui l’actuel président de la République (tout son contraire) a salué à juste titre « l’humble militant » que lui-même n’aura jamais été. L’hypocrisie, en 2026 comme en 2002, comme au Grand Siècle de La Rochefoucauld, est restée l’hommage que le vice rend à la vertu. Jospin aura été, d’abord, cet homme de confiance que François Mitterrand, expert dans la connaissance des qualités, des failles, des faiblesses et des forces de la nature humaine, avait jugé, jaugé, évalué et qu’il avait écarté des postes de premier plan tout en lui remettant la garde du parti qui l’avait porté au pouvoir et qu’il était parvenu, vingt-cinq ans durant, à maîtriser, à mépriser, à caresser et à tenir en laisse.

Il restera, pour l’Histoire, le Premier ministre d’une cohabitation difficile, tendue, mais tant bien que mal correcte et conforme à l’esprit des institutions, avec un chef de l’État jaloux de ses prérogatives mais contraint à laisser le Premier ministre que lui avaient imposé les circonstances mener, comme le stipule la Constitution de 1958, la politique de la nation.

C’est dans ce cadre soigneusement délimité que Lionel Jospin avait gouverné la France de 1997 à 2002, fait baisser le déficit chronique des finances publiques et pu imposer les fameuses 35 heures, mesure généreuse, effectivement inscrite dans le programme socialiste et aberration économique dont la France paierait ultérieurement les conséquences néfastes.

PS : un marigot où des lézards se prennent pour des crocodiles

Au fait, s’agissait-il seulement, cette semaine, d’enterrer un homme politique ou de célébrer symboliquement, en même temps que le mort, les obsèques de la gauche plurielle, turbulente, diverse mais unie derrière lui pendant cinq ans et l’inhumation des promesses, des avancées et des espoirs dont elle se disait encore porteuse il y a un quart de siècle. Face à l'hôtel des Invalides, puis au cimetière Montparnasse, se pressaient autour du cercueil puis de la tombe de l’ancien Premier ministre les fantômes et les ultimes survivants de ce qui avait été, il y a un quart de siècle, autour de Jospin et sous sa houlette, le Parti socialiste qui se disait alors et semblait en effet s’être métamorphosé à la fois en incarnation de la gauche démocratique et en parti de gouvernement.

Mauroy, Fabius, Moscovici, Rocard, Chevènement Strauss-Kahn, Lang, Aubry, Védrine, Badinter, Dumas, morts, demi-morts, retraités, ils étaient l’invisible cortège que Lionel Jospin invitait à l’accompagner une dernière fois. Quelle décadence, quelle dégringolade, quelle sinistre rigolade ! Que reste-t-il de ce parti que Mitterrand avait conduit à la victoire et qui n’a pas résisté aux délices, aux poisons et à l’usure du pouvoir ? Un marigot où des lézards qui se prennent pour des crocodiles se disputent les dernières miettes du festin, où Boris Vallaud et Nicolas Mayer-Rossignol s’affrontent sous le regard paterne de Hollande et les yeux affolés d’Olivier Faure dans une bataille d’homoncules aspirant à porter la bannière effilochée d’un mouvement crépusculaire dont le potentiel électoral, lors de la prochaine présidentielle, oscille entre 1 et 5 % des intentions de vote.

LR : des héritiers présomptueux d’un trône bientôt vacant

Ce qui, dans l’ancienne partition du paysage français entre la gauche et la droite traditionnelles, aurait symétriquement et naturellement débouché sur la revanche et le triomphe de l’autre grand parti de gouvernement, de cette grande droite républicaine que, sous des noms divers et aussi vite oubliés qu’inventés, Chirac puis Sarkozy puis je ne sais plus qui ont successivement porté à l’Élysée puis mené à l’abîme et qui, en voie de groupusculisation puis d’extinction comme son vieux pendant de gauche, se déchire et se débande dans une guerre picrocholine qui lui sera également fatale. Tandis que le PS, faute de chefs, faute de troupes, faute d’idées, se débat sous le regard concupiscent de La France insoumise, les chefaillons de LR, incapables de résister à l’attractivité du RN ou à l’absorption par le supposé « bloc central », se déchirent à qui endossera le costume présidentiel que le général de Gaulle avait taillé à sa mesure et où flottent aussi bien Retailleau que Wauquiez, Barnier, Bertrand, Larcher et autres candidats déclarés ou non, héritiers présomptueux d’un trône bientôt vacant.

Est-ce embellir, est-ce idéaliser le passé que de mettre en regard ce que fut sous de Gaulle, puis Pompidou et, quelque temps encore, sous Chirac le grand parti de masse qui se disait gaulliste et qui ne l’est pas plus aujourd’hui que le PS n’est socialiste, avec ce qu’il est devenu ? Dans quel gouffre, dans quel abîme sont tombés, après Séguin, Pasqua, Simone Veil, Madelin et Juppé, les François Léotard, Michel Noir, Nicolas Sarkozy, Valérie Pécresse et autres remplaçants qui étaient supposés assurer la relève ? Il faut constater l’évidence. La Droite républicaine, fragilisée par la rivalité de grandes ambitions portées par les médiocres ambitieux qui n’en ont pas l’étoffe, est en train de se dissoudre dans l’indifférence et le discrédit comme le sucre dans l’eau.

Emmanuel Macron a tout raté. Il a fracturé, divisé, affaibli, démoralisé, ridiculisé, effacé la France. Il n’a rien fondé, y compris son parti, que sur le sable. Mais c’est sous son règne de près de dix ans que s’est dégonflée, sans qu’il y soit d’ailleurs pour grand-chose, la double imposture qui prétendait incarner, à droite, à gauche, l’arc républicain. L’avenir, désormais, est ailleurs.

Picture of Dominique Jamet
Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

35 commentaires

  1. Il a longtemps menti en cachant qu’il était trotskiste lambertiste et c’est lui qui a tué le projet Super Phénix pour faire plaisir aux écolos.

  2. Conclusion ? Match nul dans la médiocrité ! Et oui, tout change et évolue et pas forcément pour le meilleur !

  3. Je vous trouve bien bon d’inclure Juppé dans le le groupe des « grands barons du Gaullisme » … Pour moi, il devrait être en tête de la deuxième série avec les Sarkozy, Pécresse, Bertrand Wauquier… Il est le premier fossoyeur de la droite. Lorsque la base a choisi Fillon pour la représenter aux présidentielles de 2017 (plus de 66% contre Juppé 33%) au lieu de se ranger derrière lui, Môssieur a tordu le nez, au lieu de le soutenir, il lui a savonné la planche. Compte tenu de son aura, s’il avait réuni de cadres contre le piège bidon tendu a Fillon par gauche et les macronistes, alors que 80%,des députés faisaient aussi travailler leur femme, leur maîtresse, leur fille, leur cousine… Si tous les LR, encore puissants à l’époque, s’étaient réunis pour faire bloc, jamais Macron n’aurait été elu. Mais monsieur s’est vexé de avoir pas été choisi. Môsssieurr a fait douter la base, Môssieur a voulu bouder… Il a tout perdu, son siège député et sa mairie… Il a fallut que Macron le récupère par son fond de culotte pour et le fasse pantoufler au Conseil Constitutionnel, pour qu’il existe encore un peu…

    Si tu veux être chef un jour
    Pense aux autres
    Si tu ralentis, ils s’arrêtent.
    Si tu faiblis, ils flanchent.
    Si tu doutes, ils désespèrent
    Si tu t’assieds, ils se couchent.
    Si tu critiques, ils démolissent.

    Mais… si tu marches devant, ils te dépassent.
    Si tu donnes la main, ils donnent leur peau.
    Et si tu pries, alors, ils deviennent des saints.

    Ce pauvre Juppé s’est arrêté à la première strophe…

  4. Le monde a changé mais la droite comme la gauche françaises sont restées à quai avec des recettes d’un autre temps et le président actuel les a noyées en même temps que le pays. Bon vent pour celui ou celle qui prendront les rênes. Ou ça passe où ça casse. Si c’est l’option deux la France est morte. Ne l’est elle pas déjà ?

  5. Les morts dont on ne dit que du bien, sous terre, s’indignent de nos mensonges qui les tuent une seconde fois, car là où ils sont seule la vérité les habite. Allons, Jamet, vous savez bien que l’âge ne fait rien à l’affaire quand la pensée guide votre plume. Le pouvoir est un soleil sans ombre. De Gaulle fut indigné quand, de Rome, Pompidou lorgna l’Elysee et on dit qu’il jouissa sans lever le petit doigt dans l’affaire Marcowics. Et vous savez bien comment Mitterrand se débarrassa de Rocard, avec cette intelligence létale qui lui était propre. Sur Macron, vous vous trompez. L’ homme a plus peur de son ombre que l’ombre elle-même. Tout lui est danger. Même fonder un parti. Ceux qui le connaissent bien, ses ex-premiers ministres, ont dit qui il était et ce n’est pas joli. Le croyez-vous assez bête pour ne pas mesurer son inanité. Sa force est de se maintenir contre la volonté des Français. Il laissera un champ de ruines et s’il passait l’arme à gauche, je gage que quelqu’un dira qu’il n’avait pas son égal pour faire des éloges funèbres. Mais lui seul aurait pu faire le sien mieux que personne.

  6. Tous les politiques que vous citez ont un point commun : ils ont sapé la Souveraineté de la France jusqu’au paroxisme macronien. C’est typique de ces gens qui ne veulent pas prendre décision et qui, lorsque l’UE impose les siennes, poussent des cris « c’est pas moi, c’est Bruxelles ».
    Effectivement le costume taillé pour Charles De Gaulle est beaucoup trop grand pour tous ces petits affairistes.

  7. Excellente analyse. Que dire en effet, constatant la décrépitude du petit lézard PS, promis à (disons) 2,5% aux élection, que c’est avec lui que le LR a choisi de se rallier, depuis la nomination de Lecornu et jusqu’à la présidentielle prochaine, pour créer le « grand » Centre ? Que dire, sinon que l’on a du mal à comprendre comment on peut s’allier aux tocards et croire qu’on va gagner avec ça. la réponse pourrait être que les Wauquiez, Pécresse, Bertrand, Retailleau, Larcher, sont vieux, eux aussi. « La France veut être gouvernée au Centre ». Tout montre que c’est faux mais les vieux croient encore à cette vieillerie.

  8. Quelque chose est intervenu entre temps qui a rebattu totalement les cartes : la prepondérance de l’UE sur la république français dont les prérogatives s’évanouissent à mesure que celles de l’Europe prennent toutes leurs dimensions .Nos dirigeants et élites se sont fait une raison et l’impasse sur la France .
    Ils voguent à vue ,sans boussole.
    Ils gèrent leur carrière et ne calculent qu’à court terme.
    Dans quelle mesure ,ils ont été les partisans de cette dépendance totale ?
    En tout cas,certains partis en tirent désormais benéfices électoraux pour engranger les voix de l’immigration de masse ,en tablant sur le système instauré par l’Europe qui obligent les pays membres de prendre leur part de migrants sans se soucier des conséqkences sur le terrain
    Nous sommes passés dans une autre dimension qui n’était qu’en gestation jusque là .
    Les Jospin, Rocard , Hollande et les Seguin ,Chirac et Pasqua sont des dinosaures .
    Les enjeux ne sont plus les mêmes . Mais ils ont bien contribué à nous mettre dans cette mouise alors qu’ils avaient encore les rênes en main .

  9. « Qui endossera le costume taillé sur mesure par De Gaulle où flottent…Retailleau, Wauquiez, Barnier, Bertrand…et Larcher? ». Quant à moi, je n’ose imaginer l’état dans lequel serait ledit costume une fois endossé par le dernier susnommé. Il y a des métaphores qu’il vaut mieux éviter afin que celles-ci n’aillent pas abîmer davantage l’image qu’on se fait de ladite personne. A moins que ce soit intentionnel, je doute que Monsieur Jamet s’adonne à ce genre d’humour. Quant à son article, il est, lui, fort apprécié.

  10. Sans oublier que dans 380 jours, Emmanuel Macron en partant, va nous faire le cadeau d’une bonne petite guerre civile dont tous les premiers signes avant-coureurs s’accumulent.

    • S’il met le pays en guerre civile, larvée ou pas, peut-il repousser l’élection présidentielle et donc continuer à détruire la France ?

  11. Vous abordez uniquement la problématique sous l’angle de l’offre politique, sans évoquer le désir des Français.
    Certes les officines partisanes ont perdu beaucoup de leur lustre d’antan et surtout leurs racines, leurs fondements, mais la bipolarisation de la vie politique parmi l’électorat est une réalité bien vivante, ravivée par le retentissant échec de Macron à vouloir l’effacer.
    Le peuple lui est toujours là, il a une idée assez précise de ce qu’il vaudrait, au-delà de questions de personnes, il n’y a qu’à l’interroger… mais il est vrai, ce désir ne rencontre aucune offre politique crédible pour l’instant.
    Que la droite assumée et la gauche républicaine se reconstituent chacune de leur côté, tout deviendrait tellement plus clair et vous verriez alors cet élan démocratique !
    A défaut pour l’instant, cet ardent désir de clarification du peuple s’est surtout exprimé via une radicalisation, ce qui est un phénomène pendulaire bien connu, et les media y ont amplement contribué (…), mais nous allons nécessairement devoir revenir à la raison, cette nécessité du bipartisme.
    Evidemment, si nous avions un régime de scrutin majoritaire uninominal à un seul tour comme aux USA, ça y aiderait amplement en mettant fin à cette logique de multiplicité des partis qui nous enferme dans cette IVème République, mais ne rêvons pas, ce n’est pas demain la veille…
    Mais l’espoir est là, les velléités d’une recomposition à droite comme à gauche sont une réalité, comme l’inéluctable cornérisation de la Mélenchonie via l’échec inéluctable de sa modélisation tribale des territoires perdus via la « Nouvelle France » qui ne peut qu’agir sur nos conscience comme un électrochoc.
    Il reste un an à nos politiques pour retrouver en quelque leur boussole, celle qui indiquerait deux directions, la droite et la gauche.
    Sans cela on sera tous perdus.

  12. Lionel Jospin , trotskiste de formation , et en bon trotskiste il a joué au sous-marin , à la taupe , en s’infiltrant déguisé en socialiste dans notre démocratie, pour arriver au poste de Premier Ministre , mais le « grand soir » se fit attendre et ne vint pas , et patatras , le mur de Berlin s’effondra .
    Il a déclaré : »que voulez vous que çà me fasse que la France s’islamise » .
    En effet cela ne luis faisait rien , puisque l’islam est un sytème politique totalitaire comme le communisme , que les Frères musulmans fonctionnent comme les trotskistes , et que les musulmans se servent des idiots utiles de gauche pour arriver au pouvoir, et que la gauche orpheline des communistes disparus, copine joyeusement avec les musulmans
    Lionel Jospin était un idiot utile de trés grande qualité .

    • On oublie trop vote jospin et le foulard islamique dans les lycées et collèges. Il a préféré abandonné les proviseurs plutôt que de légiférer. Et on en paye toujours les pots casses..demain ce sera le foulard islamique dans les conseils municipaux.

  13. Nous sommes un pays d’individualités dont la jalousie des autres reste un moteur à durée de vie infinie. En France, le succés des autres est une tare. A défaut de glorifier les gagnats, nous avons un brin de’estime refoulée, voire de la reconnaissance pour les perdants car beaucoup se retrouvent dans leur situation. Il faut un chef pour diriger ce pays mais aucun de tous ceux qui se présentent ne sera à la hauteur car pour atteindre ce poste il faut qu’il soit adoubé par cette bande d’incapables. Oui ! l’avenir est ailleurs mais il serait bon pour nous tous que l’on se pose la question : ailleurs, c’est où ? Personne ne nous y attend !

    • La jalousie , l’envie , fonctionnent positivement dans les pays anglo-saxons , en travaillant dur, un jour , j’aurai la même chose que mon voisin . C’est le moteur du capitalisme .
      La jalousie , l’envie , fonctionnent négativement en France , je vais faire de la politique , voter , pour faire des lois , qui vont intedire à mon voisin d’avoir ces choses là . C’est le moteur du communisme .

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Grooming gangs : presque que des hommes musulmans d’origine pakistanaise
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois