[STRICTEMENT PERSONNEL] Partis… sans laisser d’adresse
Est-ce en raison de mon âge ? De mon éducation ? De ma culture ? De mon caractère ? Je ne saurais le dire, et je ne sais ce qu’il en est de vous, chers lecteurs (et lectrices, qu’elles me pardonnent !). Toujours est-il que pour ma part, j’ai fait mien et je pratique en général (à de rares exceptions près, Hitler, Staline, Khamenei…) le vieil adage « De mortuis nihil nisi bonum », à savoir « Des morts, on ne dit que du bien ». Surtout le jour de leur enterrement, et davantage encore lorsque leur éloge funèbre est autre chose qu’un pieux mensonge. C’était le cas lors de la cérémonie organisée dans la cour des Invalides en hommage à Lionel Jospin, l’austère dont j’ignore, là où il est désormais, si elle lui a donné l’occasion de se marrer une dernière fois.
Jospin, l'homme d'une cohabitation difficile
Oui, Jospin était réellement l’homme debout, voire raide, rigoureux avec lui-même comme avec les autres, droit dans ses bottes et fidèle à ses convictions, ferme sur ses engagements et ses idées, en qui l’actuel président de la République (tout son contraire) a salué à juste titre « l’humble militant » que lui-même n’aura jamais été. L’hypocrisie, en 2026 comme en 2002, comme au Grand Siècle de La Rochefoucauld, est restée l’hommage que le vice rend à la vertu. Jospin aura été, d’abord, cet homme de confiance que François Mitterrand, expert dans la connaissance des qualités, des failles, des faiblesses et des forces de la nature humaine, avait jugé, jaugé, évalué et qu’il avait écarté des postes de premier plan tout en lui remettant la garde du parti qui l’avait porté au pouvoir et qu’il était parvenu, vingt-cinq ans durant, à maîtriser, à mépriser, à caresser et à tenir en laisse.
Il restera, pour l’Histoire, le Premier ministre d’une cohabitation difficile, tendue, mais tant bien que mal correcte et conforme à l’esprit des institutions, avec un chef de l’État jaloux de ses prérogatives mais contraint à laisser le Premier ministre que lui avaient imposé les circonstances mener, comme le stipule la Constitution de 1958, la politique de la nation.
C’est dans ce cadre soigneusement délimité que Lionel Jospin avait gouverné la France de 1997 à 2002, fait baisser le déficit chronique des finances publiques et pu imposer les fameuses 35 heures, mesure généreuse, effectivement inscrite dans le programme socialiste et aberration économique dont la France paierait ultérieurement les conséquences néfastes.
PS : un marigot où des lézards se prennent pour des crocodiles
Au fait, s’agissait-il seulement, cette semaine, d’enterrer un homme politique ou de célébrer symboliquement, en même temps que le mort, les obsèques de la gauche plurielle, turbulente, diverse mais unie derrière lui pendant cinq ans et l’inhumation des promesses, des avancées et des espoirs dont elle se disait encore porteuse il y a un quart de siècle. Face à l'hôtel des Invalides, puis au cimetière Montparnasse, se pressaient autour du cercueil puis de la tombe de l’ancien Premier ministre les fantômes et les ultimes survivants de ce qui avait été, il y a un quart de siècle, autour de Jospin et sous sa houlette, le Parti socialiste qui se disait alors et semblait en effet s’être métamorphosé à la fois en incarnation de la gauche démocratique et en parti de gouvernement.
Mauroy, Fabius, Moscovici, Rocard, Chevènement Strauss-Kahn, Lang, Aubry, Védrine, Badinter, Dumas, morts, demi-morts, retraités, ils étaient l’invisible cortège que Lionel Jospin invitait à l’accompagner une dernière fois. Quelle décadence, quelle dégringolade, quelle sinistre rigolade ! Que reste-t-il de ce parti que Mitterrand avait conduit à la victoire et qui n’a pas résisté aux délices, aux poisons et à l’usure du pouvoir ? Un marigot où des lézards qui se prennent pour des crocodiles se disputent les dernières miettes du festin, où Boris Vallaud et Nicolas Mayer-Rossignol s’affrontent sous le regard paterne de Hollande et les yeux affolés d’Olivier Faure dans une bataille d’homoncules aspirant à porter la bannière effilochée d’un mouvement crépusculaire dont le potentiel électoral, lors de la prochaine présidentielle, oscille entre 1 et 5 % des intentions de vote.
LR : des héritiers présomptueux d’un trône bientôt vacant
Ce qui, dans l’ancienne partition du paysage français entre la gauche et la droite traditionnelles, aurait symétriquement et naturellement débouché sur la revanche et le triomphe de l’autre grand parti de gouvernement, de cette grande droite républicaine que, sous des noms divers et aussi vite oubliés qu’inventés, Chirac puis Sarkozy puis je ne sais plus qui ont successivement porté à l’Élysée puis mené à l’abîme et qui, en voie de groupusculisation puis d’extinction comme son vieux pendant de gauche, se déchire et se débande dans une guerre picrocholine qui lui sera également fatale. Tandis que le PS, faute de chefs, faute de troupes, faute d’idées, se débat sous le regard concupiscent de La France insoumise, les chefaillons de LR, incapables de résister à l’attractivité du RN ou à l’absorption par le supposé « bloc central », se déchirent à qui endossera le costume présidentiel que le général de Gaulle avait taillé à sa mesure et où flottent aussi bien Retailleau que Wauquiez, Barnier, Bertrand, Larcher et autres candidats déclarés ou non, héritiers présomptueux d’un trône bientôt vacant.
Est-ce embellir, est-ce idéaliser le passé que de mettre en regard ce que fut sous de Gaulle, puis Pompidou et, quelque temps encore, sous Chirac le grand parti de masse qui se disait gaulliste et qui ne l’est pas plus aujourd’hui que le PS n’est socialiste, avec ce qu’il est devenu ? Dans quel gouffre, dans quel abîme sont tombés, après Séguin, Pasqua, Simone Veil, Madelin et Juppé, les François Léotard, Michel Noir, Nicolas Sarkozy, Valérie Pécresse et autres remplaçants qui étaient supposés assurer la relève ? Il faut constater l’évidence. La Droite républicaine, fragilisée par la rivalité de grandes ambitions portées par les médiocres ambitieux qui n’en ont pas l’étoffe, est en train de se dissoudre dans l’indifférence et le discrédit comme le sucre dans l’eau.
Emmanuel Macron a tout raté. Il a fracturé, divisé, affaibli, démoralisé, ridiculisé, effacé la France. Il n’a rien fondé, y compris son parti, que sur le sable. Mais c’est sous son règne de près de dix ans que s’est dégonflée, sans qu’il y soit d’ailleurs pour grand-chose, la double imposture qui prétendait incarner, à droite, à gauche, l’arc républicain. L’avenir, désormais, est ailleurs.
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35 commentaires
Où est il désormais l ´avenir,monsieur Jamet?
Pardon cher monsieur mais Bruno Retailleau est loin d’être un médiocre, très loin. C’est ce qui le distingue d’un Wauquier ou d’un Philippe.
Tous les avis sont respectables… en l’occurrence difficile de le trouver plus brillant que les autres…
Retailleau certes n’est pas médiocre mais reste englué dans son parti de chapeaux à plumes qui ont trahi la France sous l’égide de Sarkozy. Faire exploser LR, rejoindre CIOTTI puis se ranger derrière De Villiers pour enfin quitter l’UE : est-ce possible ou pas ?
Jospin est mort mais il est toujours là : au Conseil Constitutionnel, au Conseil d’Etat, à l’ARCOM, à la Cour des Comptes, à la Cour de Cassation…
et nous laisse en héritage les voiles partout, l’AME qui nous plombe les finances et toutes les forfaitures de la gauche mitterrandienne complice du grand déclin de la France. Je n’ai aucun regret pour lui sauf celui qu’il ai d’avoir existé
Un costume sur mesure pour de Gaulle, telle fut conçue la Constitution de 1958. Un président monarchique, voilà ce que fut le Général. Et si une restauration monarchique mettait un terme aux querelles de chefaillons pour la conquête du trône élyséen?
L’avenir serait-il à gauche ? Avec le RN ?… Aïe !
« Que reste-t-il de ce parti que Mitterrand avait conduit à la victoire ». Eerreur historique. Le PS d’alors n’était pas un parti, mais un conglomérat d’ambitions personnelles, rassemblées autour du chef des ambitieux et dont la ligne de mire était le pouvoir, indépendamment de toute conviction et à l’abri d’un voile de gauche.
Vouiii ! Il n’en demeure pas moins, de ce parti devenu ectoplasme, que ses idées, ses lois, ses organisations, ses apôtres recasés, ses pensées dominantes, gouvernent encore tous les quotidiens de la Nation, l’étouffent et la jettent à terre. Alors, c’est qui Raoul ?
« Jaloux de ses prerogatives « ..?!??..Jasques Chirac qui n’a jamais ete , pense et agi qu’en bon vieux radical de gauche fut au contraire tres content de voir un social democrate continuer l’oeuvre de Mitterand et lui laisser le role de VRP de la France qui eut pour seul effet d’accelerer les delocalisations d’entreprises et de savoir faire francais dans l’Asie du sud Est et a ce seducteur impenitent d’engrosser une japonaise ….!
Bon !! La critique est facile mais l’art est difficile !! Qu’attendez vous pour vous présenter ? on ne vous voit plus à la télé ou alors je ne regarde pas les bonnes chaines ? Une seule chose où je suis d’accord c’est pour l’enterrement de Jospin, une erreur !! car c’est celui qui a ouvert le gouffre des 35 h qui aurait dû s’accompagner d’un allongement des trimestres pour la retraite de 4 ans sans âge de départ ! et bien sûr non applicables aux métiers très pénibles !! Voyez vous tout le monde a oublié la crise monétaire de 2009 et qui l’a bien géré ? pas le couple Hollande / Macron heureusement !! et les lois supprimées par la Taubira voulez vous nous en parler ??? Un peu de lucidité et moins de sarcasmes !!
Emmanuel Macron a tout raté? Je pense plutot qu’il a tout réussi car telle était sa mission.
PS : un marigot où des lézards se prennent pour des crocodiles ………… J ‘ A D O R E ! et tellement vraiment vrai ! M D R !