[STRICTEMENT PERSONNEL] Le nez de Mbappé

Dominique Jamet

Entre onze et douze millions, c’est le nombre des téléspectateurs amateurs de ballon rond qui suivaient, dans la soirée du 17 juin dernier, le match France-Autriche.

Onze millions et demi, c’est le nombre de téléspectateurs attentifs au devenir de la cité qui, suivant sur leur petit écran, huit jours plus tôt, la soirée consacrée aux élections européennes, avaient entendu en direct notre Guide malheureusement suprême mais heureusement provisoire leur annoncer la dissolution de l’Assemblée nationale et la tenue consécutive, dans les plus brefs délais, d’élections législatives.

Deux chiffres à peu près identiques, mais ces deux publics n’en font-ils qu’un ? S’il n’y a pas d’incompatibilité de principe entre le civisme et la passion pour une discipline sportive, notamment le football, il est clair que le culte rendu au stade, à ses dieux et à ses idoles, par des millions de tifosi est bien souvent exclusif de l’intérêt pour les jeux de la politique, leurs protagonistes, leurs règles, leurs affrontements, leurs manœuvres et leurs magouilles.

Du pain et des jeux

Panem et circenses, le pain et les jeux : telle fut, pour l’essentiel, aussi longtemps que durèrent l’Empire romain puis l’Empire byzantin, la ligne suivie par les épigones du régime préfiguré par le divin César et fondé par le divin Auguste. Le pain, autrement dit la vie, ou la survie, quotidienne, et il n’y a rien d’incompréhensible ou de méprisable dans le fait que, comme il y a deux mille ans, le pouvoir d’achat, suivant qu’il permet, ou non, de mener une existence heureuse, digne ou au moins supportable, soit la préoccupation première des masses.

Les jeux, c’est une autre affaire, et c’est en toute lucidité que les détenteurs du pouvoir, appuyés trop souvent sur la seule légitimité de la force, y cherchèrent et y trouvèrent le plus puissant des dérivatifs aux passions, aux mouvements et aux soulèvements populaires. Jusqu’à l’excès, puisque Justinien, bien qu’il eût restauré la grandeur de l’Empire d’Orient et entrepris la reconquête de l’Empire d’Occident tombé aux mains des Barbares, faillit bel et bien être renversé pour avoir favorisé l’équipe déclarée championne des courses de chars au détriment de celle qui avait la préférence du public constantinopolitain.

Au moins peut-on consentir à la plèbe, romaine ou byzantine, réduite par les souverains successifs et l’organisation de la société à l’ignorance, à l’assistance et à l’impuissance, de n’avoir jamais eu de choix qu’entre la soumission, l’abrutissement, les jeux, et le désordre, l’incendie, l’émeute. Il n’en est pas de même aujourd’hui.

Qu'avons-nous fait du droit de vote ?

Tout au long du XIXe siècle, puis du XXe, et jusqu’à la victoire finale, en 1945, des générations de Français se sont battues, parfois au risque de leur vie, toujours mues par un idéal de justice et animées d’une foi inébranlable et naïve dans les vertus de la démocratie, pour mettre entre les mains de chaque individu, homme et femme, l’arme absolue du pouvoir : le droit de vote.

Politologues, politiciens, médias… et simples citoyens voient dans l’absence de personnalités charismatiques et d’options enthousiasmantes ou seulement crédibles, dans l’évident abaissement du niveau de la politique, de ses ambitions et de ses débats, dans le spectacle navrant que donnent l’Hémicirque et les jeux parlementaires, dans la complexité technique des projets, des programmes et des enjeux, dans le rejet ou le dégoût de la politique politicienne, des excuses à l’inexcusable, à savoir la décision démissionnaire de millions de citoyens qui ont renoncé à utiliser ce qui, avant d’être un devoir, a d’abord été un droit et un pouvoir. Dans l’état où est tombée la République, on en est venu à considérer comme normal un taux d’abstention de 50 %, et donc comme encourageant que, le 9 juin dernier, un tout petit peu plus de la moitié des électeurs aient daigné se déplacer pour dire leur préférence sur la sauce à laquelle leur avenir serait accommodé.

Un intérêt renaissant

Dans l’état de confusion où est tombée notre société, on en est arrivé à mettre au même niveau célébrité, compétence et autorité. Que le nez du très sympathique (par ailleurs) Mbappé ait constitué pour des millions de Français un sujet aussi digne d’intérêt et de préoccupation, à l’approche d’un nouveau match de l’Euro, que jadis celui de Cléopâtre aux yeux et dans le cœur de César ou de Marc-Antoine est typique de l’extrême popularité d’un sport et d’une star comme de la hiérarchie réelle des valeurs au pays de Jeanne d’Arc, de Montaigne, de Voltaire, de Napoléon, de Hugo et de Charles de Gaulle. La dextérité des deux pieds de Mbappé, sa pratique exemplaire du dribble, de la passe et du petit pont, le niveau stratosphérique de ses revenus ne devraient pas susciter, dans une société qui ne marcherait pas sur la tête, l’écho qui a été donné à son entrée en politique.

Passons. Le calendrier aux petits oignons que l’État, son chef et ses serviteurs nous avaient concocté pour cet été – Euro, JO, plages et calme plat jusqu’à la rentrée - a été chamboulé par le vote des Français et, quoi qu’il en résulte, c’est un événement positif. L’intérêt renouvelé que révèlent sondages et intentions de vote, l’envol des procurations sont de bon augure. Ce qui est en jeu, les 30 juin et 7 juillet prochains, n’est rien de moins que notre liberté, notre sécurité, notre identité, la pérennité ou l’écroulement d’une nation, d’une culture, d’une civilisation. Il semble qu’on en ait pris conscience.

Dominique Jamet
Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

16 commentaires

  1. Quand on doit faire des efforts intenses l’or d’un match de foot internationale, avec des accélérations et des décélérations brutales, tout en maitrisant le ballon ! Il vaux mieux être capable de bien respirer par le nez ! Hors un nez cassé, c’est très douloureux et très gênant pour bien respirer durant l’effort ! Hervé de Néoules !

  2. Plus on vous lit ou entend , mieux on comprend l’ insolence , l’impolitesse , la hargne et la colère de Pascal Praud à votre égard , pour vous pousser à partir .
    Cet inféodé sournois et systématique à la ligne éditoriale de son vénéré et généreux patron , ne pouvait plus se permettre de compter dans son tour de table , (cette comédie de la pluralité des opinions ) , l’ électron – libre et courageux que vous êtes . Vous deveniez dangereux dans la contradiction que vous ne manquiez pas d’ apporter …
    Continuez à être vous-même monsieur Jamet . Vous êtes dans le VRAI . Et en France le VRAI finit toujours par gagner . Bien d’ accord avec vous ,d’ autant que cette fois – là risque d’apporter un point final à toute cette caste d’ usurpateurs .

  3. Que des millions de personnes admirent des joueurs de foot , multimillionnaires , citoyens du monde par leur fortune , et qui se vendant au plus offrant pour essayer de grappiller quelques millions de plus ; alors que par ailleurs ils jalousent haineusement leur voisin qui dispose de quatre sous de plus qu’eux , sera toujours pour moi un sujet d’étonnement .
    Jadis il y avait le nez de Cléopatre de nos jours il y a le nez d’un footeux , c’est à cela qu’on mesure la déchéance d’une civilisation .

  4. J’ai beaucoup aimé le masque aux couleurs de la France. Il devait bien cela au pays qui lui a donné la chance qu’il a su saisir. Il avait cependant quelques difficultés à le porter, mais le tricolore lui allait si bien.

  5. Se casser le nez sur l’épaule d’un autre joueur c’est déjà bizarre mais en plus en faire tout une histoire qui empêche de taper dans un ballon c’est un tantinet exagéré. Il ne semble pas y avoir déplacement de la cloison nasale on peut comprendre la douleur pas l’exagération . ..Qu’en est il de l’horrible choc sur l’épaule de l’autre malheureux joueur ? …Du cinéma…

    • Pas d’accord avec vous, moi qui ne suis pas sportif (même de canapé!) pour deux ronds, je sais que l’état de santé d’un joueur est très sensible au moindre pépin, comme dans tous les sports de haut niveau. Quand vous êtes blessé, vous risquez de ne pas « aller au contact », par exemple.

    • J’ai joué au foot en national 2,et pourtant je le contrefiche éperdument des résultats de l’équipe de France et du sport de monsieur Mbappe, et si ces onze millions de gens qui préfèrent et idolatrent quelq’un qui réussit l’exploit de taper dans un ballon pour qu’il entre dans un filet, c’est leur affaire, car un jour prochain ils dechanteront devant l’état du pays mais là,il sera trop tard

  6.  » Il semble qu’on en ait pris conscience » : puissiez vous dire vrai et que de nombreux français se rendent aux urnes , le sort de ce pays se jouera bien aux prochaines élections . Il nous reste l’espoir que chacun et chacune ai enfin compris l’enjeu et l’utilité de ce vote .

  7.  » Il semble qu’on en ait pris conscience », écrivez-vous. Rien n’est moins sûr en regard des pourcentages affichés dans les sondages, au milieu des turpitudes de gauche et de droite qui ne peuvent que lasser et décourager les bonnes volontés ! Gardons l’espoir, mais sans trop d’illusions, car notre pauvre pays est bien amoindri.

  8. Monsieur JAMET, votre article finit par un constat qui est tout à fait circonstancié ! …
    Ecrire : « Ce qui est en jeu, les 30 juin et 7 juillet prochains, n’est rien de moins que notre liberté, notre sécurité, notre identité, la pérennité ou l’écroulement d’une nation, d’une culture, d’une civilisation. Il semble qu’on en ait pris conscience » est très bien mais ne se suffit pas sauf si les constats sur les fameux « partis de gouvernance » ne sont pas fait avec une réalité totale …
    Les « projets sociétaux » des trois « blocs » qui sont en évidence pour les 30 juin 07 juillet 2024 sont sans ambiguïté ! …
    Un nouveau « statut de réfugié climatique », une accentuation des engagements « Pro-européens » ou toute sorte de « lois » susceptibles d’être « contrées » par la CEDH ! … Tous ces coucous poly-tocards sont à vomir …
    La gamelle est trop bonne et le peuple français ainsi que la FRANCE sont en train de disparaître ! …
    Et ce n’est pas les « résultats » prévus à ces fameux JO 2024 de Paris qui vont faire « briller » ce pays en faillite et en même temps en décadence ! …

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