[STRICTEMENT PERSONNEL] Ingérences…

Entendez-vous ces féroces soldats mugir dans nos campagnes présidentielles ?
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Lorsque le jeune Ivan Ivanovitch Popov, stagiaire au FSB, Service de la Propagande extérieure, Division Europe, Subdivision France, Département des Fake News, Bureau des Opérations spéciales, soumit le travail qui lui avait été demandé en urgence absolue à ses supérieurs hiérarchiques, respectivement le lieutenant-colonel Vladimir Georgevitch Nekrassov et le capitaine Igor Stepanovitch Grabouline, le plus haut gradé des deux, après avoir rapidement parcouru sa copie, explosa : « Imbécile ! Dourak ! Qu’est-ce que c’est que cette invention de transformer l’alopécie d’Édouard Philippe en démence fronto-temporale ? Tu charges un peu la barque, non ? Quant à Gabriel Attal, nul n’ignore que ce n’est pas précisément un homme à femmes. Bravo pour le scoop ! Le pire est d’ailleurs que, dans l’état de dépravation où est tombée la France, ça ne lui fait même pas tort. Mais qu’il souffre de la maladie de Parkinson, décidément, tu manques d’imagination ! Ou tu en as trop ! Qu’en penses-tu, Igor ? » « Exactement comme vous, mon colonel », opina son subordonné.

Le vieux briscard se radoucit : « En revanche, ton idée de la Léa Salamé graissant la patte de ses confrères de la télévision, à hauteur de cinquante mille euros, pour qu’ils fassent l’éloge de son Gluckstein - ou Glucksmann, je ne me rappelle jamais ces noms-là -, ça me plaît beaucoup ! Bon, tu as encore de gros progrès à faire, mais je m’en vais quand même utiliser ton machin. Non, ne me remercie pas. J’aime encourager les jeunes talents. N’est-ce pas, Grabouline ? » « Absolument, mon colonel. »

De fait, dès le lendemain, les élucubrations du jeune Popov étaient reprises et diffusées, comme nul ne l’ignore plus, sur deux sites du second rayon, deux modestes fermes de trolls, dont seuls de très rares addicts du Web et une poignée de spécialistes du contre-espionnage connaissaient l’existence, l’activité et, jusqu’alors, le peu d’audience, donc la faible capacité de nuisance. Matriochka et Storm-1516…

La Russie ose s'en prendre à Gabriel Attal !

Et là, ô surprise, ô stupeur ! D’un seul coup, émergeant de la torpeur caniculaire et rompant du coup la trêve tacite du mois d’août, la sphère médiatique et la sphère politique françaises s’éveillent, se mobilisent, s’indignent, s’emballent, s’embrasent - cet été, décidément, aura cumulé les incendies en tout genre – et sonnent l’alarme. Au feu ! Panica generale !, comme disent nos voisins italiens. La Russie, notre ennemie héréditaire de fraîche date, non contente de préparer au vu et au su de tous nos experts extralucides l’invasion de toute l’Europe, de la Vistule à la Tamise et de l’Estonie au Portugal, la Russie intervient sur notre scène nationale. Elle ose s’en prendre à Gabriel Attal ! Elle s’ingère…

Elle était déjà partout présente, dans le ciel, sur les mers, sur terre, avec sa flotte fantôme, ses drones agressifs qui n’explosent pas mais qui pourraient exploser, ses espions, ses hackeurs, ses chroniqueurs et surtout ses chroniqueuses, ses terroristes qui ne tuent pas mais qui en seraient bien capables, ses chars bons pour la ferraille mais qui pourraient bien déferler un de ces quatre, à l’heure du laitier, sur les Champs-Élysées. Entendez-vous ces féroces soldats mugir dans nos campagnes présidentielles ?

Plastronner comme l’ultime rempart de la République en danger

Que de vacarme, que de tapage, que de tumulte, direz-vous, pour finalement aussi peu de chose ? Il n’y aurait pas tant de bruit, assurément, si ceux qui, inlassablement, dénoncent les ingérences sournoises, violentes, multiformes, innombrables, de l’Ogre moscovite, si les ingérés, ou supposés tels, n’espéraient en tirer profit. Ta campagne patine, ton indice de popularité reste désespérément plat, ton bilan est désastreux, tes promesses laissent incrédule, tes discours entrent par une oreille et sortent par l’autre, tu ne parviens pas et tu ne parviendras pas, à court, à moyen, à long terme, à faire triompher l’idée que tu es l’homme présidentiel, l’homme providentiel après lequel ce pays, ce peuple aspirent et dont un film récent vient, en évoquant le souvenir, d’éveiller la nostalgie. Quelle chance, les Russes sont là, sinon à nos portes, au moins à la une de nos derniers journaux-papier, en ouverture de nos journaux télévisés, omniprésents sur les réseaux sociaux, capables de tout, et d’abord de nous empêcher d’élire des candidats pour qui nous ne savons pas que nous avons envie de voter, mais qui le savent tellement mieux que nous. Être cité et ciblé par les Russes, pouvoir se targuer d’être le plus dangereux adversaire de l’ennemi n° 1, c’est, d’un seul coup, accéder à l’existence, doté, de ce seul fait, d’une stature qu’on ne vous soupçonnait pas et que ne vous donnait assurément pas le fameux socle commun, c’est plastronner, à l’image du Président sortant, mais pas encore sorti, comme l’ultime rempart de la République en danger.

Devançant l’échéance fixée à mai prochain, les sachants qui nous informent ne craignent d’ailleurs pas d’opposer d’avance à la libre expression du suffrage universel, telle qu’il n’appartient qu’au peuple souverain de l’exprimer, l’exemple de la dernière élection présidentielle en Roumanie, et d’évoquer la manœuvre magistrale qui, annulant le premier tour de la consultation sous le prétexte que le candidat qui était arrivé en tête n’était pas celui qu’il aurait fallu, a conduit de sages dirigeants à intervenir pour corriger le choix du peuple et le protéger, pour son bien, de lui-même. Ce que les porte-parole de la minorité aveugle qui, s’incrustant aux commandes, nous conduit tout droit à l’abîme, présentent comme le modèle à suivre, éventuellement.

La tentation de dissoudre le peuple

Il y aura bientôt deux siècles que les Français ont acquis, ont gagné le droit de voter librement, sous la protection du secret, dans le cadre de la pluralité des candidats et des programmes. De dangereux illuminés affectent de croire - ou croient réellement, ce qui serait encore plus consternant - que ce sont les agents de la Russie qui, s’immisçant, s’ingérant dans nos élections (et pourquoi pas, pendant qu’on y est, dans les isoloirs ?), méditent de nous dicter le nom de notre futur Président. Dans le climat étouffant d’hystérie russophobe, de restriction des libertés et de préparation des esprits, de l’économie et des forces armées à la guerre, la tentation de dissoudre le peuple comme, il y a deux ans, avec les suites que l’on constate, on a dissout l’Assemblée, grandit dans un nombre croissant de cerveaux malades et malheureusement bien placés.

Quand le jeune Ivan Ivanovitch Popov, naïvement fier de lui, est retourné au bureau, ses supérieurs l’ont chaleureusement félicité. « De mon texte ? » « Non, de t’être engagé dans l’armée. » « Mais je ne me suis pas engagé. » « Tu te trompes, mon petit Vania. J’ai ton contrat sous les yeux. Tu pars demain pour le front d’Ukraine. » « Ça t’apprendra à vivre », a dit le lieutenant-colonel. « Ou peut-être à mourir », a murmuré le capitaine. Nekrassov et Grabouline ont reçu la croix de Saint-Georges. Pour services rendus.

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Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

41 commentaires

  1. Pourquoi nous parler d’ingérence étrangère et de risque de guerre ? Qui, en passant, ont toujours ou presque existé, sinon à quoi serviraient les services secrets si ce n’est à recueillir des informations stratégiques et déstabiliser l’adversaire désigné ? Parce que la diversion et les peurs, au cas où certains ne l’auraient pas compris, sont les principaux leviers des tactiques militaires mais aussi politiques, comme nous pouvons le constater avant chaque élection depuis 1981, et probablement avant, depuis que Mitterrand et ses successeurs l’eurent pratiquées avec excès mais aussi un certain succès pour eux, pas pour la France, pas pour nous, c’est un fait.

  2. Magnifique chronique un tantinet sarcastique mais combien révélatrice du climat social développé par une certaine bien-pensance. Un climat qui ouvre des portes à la réflexion, qui prépare les esprits, qui suppose des atteintes potentielles à nos libertés, à la démocratie.

    Oui, Poutine, la Russie à toutes les sauces, si possible nauséabondes. Nous sommes des immaculés salis par un pouvoir maléfique. Le paravent à toutes nos faiblesses, « ce n’est pas de notre responsabilité, c’est celle de l’autre. Et cependant…

    Un Chef d’Etat qui joue les pirates en neutralisant des navires sous responsabilité russe, n’est-ce pas une provocation ? Dans quel but ? Chevauchons l’état d’esprit supposé. Poutine réagit fermement. Le pirate riposte. Nous sommes entrés en guerre ouverte. Le premier de cordée prend prétexte de ce conflit naissant pour prolonger son mandat. Des esprits retords comme nous peuvent imaginer un tel scénario. Ce qui ne viendrait naturellement pas à celui du Chef de l’Etat, tout comme annuler une élection inconvenante. Les instables et faibles d’esprit sont par nature imprévisibles.

    Attal ciblé par des ingérences étrangères ? Quelle prétention dans ce personnage rendu piteux de son propre chef. Attal au pouvoir suprême ? C’est l’assurance de portes Élyséennes largement ouvertes au lobby LGBT. Ce qui nous manquerait assurément si les augures ne le portaient pas sur ce siège convoité.

    Elargissons l’analyse. A qui profite le crime « endettement soutenu ». Aux créanciers, à la finance qui touche les intérêts de plus en plus conséquents d’emprunts de plus en plus volumineux. Renvoi d’ascenseur ? Macron a été élu avec le soutien des banquiers. Laissons votre imagination poursuivre le raisonnement.

    Nous vivons un climat social rendu malsain par une classe dirigeante qui s’étonnera ensuite des dérives de la jeunesse. Reconnaissons qu’il faut être solidement bâti pour ne pas succomber aux sirènes déviantes. On peut comprendre que des électeurs retournent leur veste en l’espace d’une semaine.

    • Euh, pas sûr qu’un socialiste espagnol sans majorité, allié d’un parti d’extrême gauche, fasse beaucoup mieux qu’un dirigeant russe éliminant ses opposants. Il suffit, comme Ulysse, de se protéger du chant des sirènes. C’est cela une campagne électorale : on se décide sur tout ou partie d’un programme, pas sur les pièges tendus et les manigances grotesques des autres. Surtout quand ces derniers ont participé activement aux résultats calamiteux que l’on connaît. S’il faut après cela juger, alors nous le referons.

  3. Attal a accusé la Russie de faire le jeu de Le Pen, il se trompe. Ces attaques contre ces 3 candidats du centre gauche molasson font plutôt le jeu de Mélenchon dont l’accés au 2ème tour est en concurrence avec eux. Et puis les révélations et arguments sont d’une insignifiance et pauvreté telles qu’on peine à trouver la marque des services russes. Ça ressemble à une activité du stagiaire de 3ème.

  4. Ils ont même inventé « l’ingérence intérieur » : tout Français qui critique la politique du gouvernement fait de « l’ingérence ».
    Quand le balancier va leur revenir dans la figure, je ne voudrais pas être a la place de certains. Car l’histoire est un balancier : quand il va très loin dans un sens il revient immanquablement aussi loin dans l’autre sens.

  5. Comment peut on penser que Poutine cherche à s’ingérer dans les élections des dirigeants européens ? Il n’est pas en guerre avec un pays vraiment soutenu militairement par les pays européens, et n’a donc aucun intérêt au choix des dirigeants de ces pays. Il y a aucun risque pour qu’il ne mettent des bâtons dans les roues de candidats qui seraient pour aider l’Ukraine à résister à l’invasion.
    D’ailleurs il n’ y a pas vraiment d’invasion. Juste une « opération spéciale », et c’est plutôt l’Europe qui agressé la Russie. Si les polonais n’avait pas agressé l’Allemagne comme les autorités hitlériennes en ont eu le sentiment en 1939, la seconde guerre mondiale n’aurait pu n’être qu’une opération spéciale, bien étrangère à la France. Pourquoi se battre pour Kiev après Dantzig ?

    • Ah ouais ? Faites gaffe vous parlez à un fils de polak. cela ne vous dit rien le pacte de non agression entre soviétiques et nazis sur le dos de la polonais? C’est en 1939 que les nazis ont agressé les polonais et pas le contraire Non! Ce qui est regrettable c’est le fait que Chamberlain et Daladier n’aient pas pris la décision de tuer nazisme dans l’oeuf . au lieu de nous la refaire avec un ligne Maginot qui nous permettait de croire que nous pouvions attendre que les autres tirent les premiers derrière des lignes renforcées un peu plus que celles de 1914 18 mais dans le même esprit d’attente Tout cela pour ne pas dire que l’on est responsable du déclanchement de la guerre parce qu »il fallait donner des gages aux pacifistes, sauf que la meilleure défense c’est l’attaque , et si tu veux avoir la paix prépare la guerre. La leçon n’a pas été suivie d’effet . Aujourd’hui on compte sur l’OTAN et ses fonds américains , ce qui prouve que nous n’avons rien construit à force d’avoir voulu absorber un maximum de pays de l’ex union soviétique . Mais sur quelles bases . Celle d’une UE souveraine ? Sous emprise économique de la Chine , des fonds d’investissement américains , des Qataris , de l’Arabie Saoudite et de la Russie avant cette guerre avec l’Ukraine .Ce qui est commun en UE se sont les règles et les normes , pas les projets cou très peu à part erasmus . Et même parmi ces règles, on n’a pas harmonisé celles qui étaient fiscales . Ce qui aurait pu permettre de ne pas trop tirer la couverture vers soit . Cela expliquant que l’Allemagne s’en soit tirée bien mieux que nous

    • Avant d’envisager de prendre un quelconque maquis au « métro Stalingrad », quelle drôle d’idée, que l’ensemble des Français qui ne veulent pas, un jour prochain, avoir à s’agenouiller en direction de la Kaaba à La Mecque, ou fuir leur pays avant d’être totalement spoliés, annihilés par un parti d’extrême gauche toujours coutumier du fait, commence déjà par aller voter, pendant que l’occasion leur est encore offerte. Aux deux tours de la présidentielle d’abord, puis en cohérence aux législatives pour une écrasante majorité, pour les candidats et le parti qui n’a lui aucune responsabilité dans ce pillage national et cette catastrophe civilisationnelle en devenir. Nous verrons bien après la tournure que prendront les choses. .

  6. Pour qui ,comme moi ne croit absolument pas que les russes aient la moindre envie de nous conquérir, toutes ces soi disant lngerences ne sont que des manipulations d’opinion destinées a agir sur le résultat de nos elections..contre ceux qui voudraient réparer notre pays..la preuve c’est l’énormité de la blague qui consiste a nous raconter que ces » ingerences » pourraient nuire aux plus mediocres des candidats..Attal Philippe Gluksman ou hollande..qui devraient avoir honte de se présenter..et.je ne suis pas russe!

    • Si on regarde bien les sondages , la seule présidentiable, actuellement, est Marine Lepen! . Mélenchon est loin derrière et pas sûr que sa campagne agressive avec l’aide de milices gauchistes, et son parti pris pour l’immigration de masse le fasse remonter dans les sondages . Rien n’est joué cependant ! Au fait ,, est ce que Zemmour a annoncé sa candidature ??

  7. Faisons foin de cette dichotomie qui veut qu’entre les fake-news et les vraies il y ait un abîme. C’est un peu comme si on prétendait que notre démocratie n’est pas élastique au point souvent de sauter dans le vide, c’est à dire d’exploser en vol…et en viol. Par exemple ce referendum abuse ; par exemple cette complicite institutionnelle anti-filloniste qui nous rappellent entre autres que tout n’est jamais qu’une question d’habillage. La racaille en trois pièces peut porter nœud-pap, émoulue de grandes écoles du Droit.et fournir des attendus qui feraient baver d’envie le Conseil constitutionnel.
    Poutine à été élu sans rivaux et la République d »Iran n’en a que le nom. Mais tous deux affichent une observance juridique pointilleuse.
    Ce qu’il y de vrai dans la fake-news et de faux dans la vrai ressortit au politique pris au piège dans son essence. Dire que Macron et les siens sont des cibles, c’est prendre des ambulances pour des corbillards. Le fruit tombe de l’arbre sans qu’on le secoue. Il est pourri.

    • Sommes nous en guerre ? Et en même temps nous voulons intégrer l’Ukraine à l’UE ? Une Ukraine qui sera dévastée si guerre il y a . Poutine a des scrupules de ne pas trop détruire ce pays et faire trop de victimes dans la population ,parce qu’il veut garder une chance de se réconcilier avec les Ukrainiens, un jour . Sinon la guerre ne durait qu’une semaine au plus !. Je pense que malgré cette guerre et peut être à cause de cette guerre qui s’éternise les ukrainiens continuent à être très partagés entre un Zelensky pro UE et une Russie très proche culturellement . Les élites des grands villes sont pro UE par intérêt et les gens de la ruralité sont très partagés car encore attachés à leur culture et la religion orthodoxe qu’ils partagent avec les russes . Comme partout en Europe .les campagnes et provinces ne votent pas comme les métropoles mondialisées à outrance ;

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