Editoriaux - Politique - 11 décembre 2018

Steve Bannon et Marine Le Pen : convergences, oui ! Compromissions, non !

Le samedi 8 décembre dernier, Marine Le Pen est l’invitée du Vlaams Belang flamand, à Bruxelles. Elle n’est pas la seule, puisque flanquée de l’ancien conseiller du président Donald Trump, Steve Bannon, désormais à la tête de sa fondation souverainiste, The Movement, grâce à laquelle il entend fédérer les partis eurosceptiques.

Ce n’est, certes, pas la première fois qu’un think tank conservateur s’immisce dans les affaires européennes et françaises. En 1988, la plate-forme gouvernementale du RPR et de l’UDF devait déjà beaucoup aux travaux de The Heritage Foundation, elle-même très liée à la CIA. Ce qui explique peut-être pourquoi cette fondation conseillait la privatisation des fleurons de l’industrie française ; lesquels, plusieurs années plus tard, allaient peu ou prou passer sous pavillon américain.

Marine Le Pen, qui n’est pas née de la dernière pluie, mettait récemment les choses au point : “Steve Bannon n’est pas issu d’un pays européen, il est américain. La force politique qui naîtra des élections en Europe, c’est nous, et nous seuls, qui la structureront. Car nous sommes attachés à notre liberté et à notre souveraineté. C’est nous qui construirons la force politique qui vise à sauver l’Europe. Que les choses soient extrêmement claires sur le sujet.” On remarquera que cette déclaration a été officiellement approuvée par le ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini ainsi que par Marion Maréchal, pourtant tenante d’une ligne plus « libérale » que la patronne du Rassemblement national, à la fibre plus « sociale ».

Mais cette salutaire mise au point n’empêche pas d’autres convergences, surtout sur des dossiers concernant, au premier chef, Europe et États-Unis : le fameux pacte de Marrakech, par exemple, relatif aux migrations mondiales et parrainé par l’ONU. Même Le Point, hebdomadaire pas précisément connu pour son populisme militant, s’en inquiète, dans son édition du 29 novembre dernier : « Le texte de 34 pages a été approuvé par la quasi-totalité de la planète, sauf un et non des moindres, les États-Unis d’Amérique de Donald Trump, qui ont vu une menace pour leur souveraineté dans le simple fait qu’une politique mondiale s’ébauchait sur le sujet. »

Pour être plus précis, ce ne sont pas « un » mais neuf pays qui ont refusé de signer l’accord en question, tandis que sept autres émettaient les plus grandes réserves, dont Israël, nation qu’il est tout de même délicat, les choses étant ce qu’elles sont, d’accuser de participer à la « peste brune » ambiante et aux « relents nauséabonds » des heures les moins lumineuses de l’histoire de notre Vieux Continent.

Et Luc de Barochez, signataire de cette tribune, de s’interroger : « Ce pacte encourage les pays d’accueil à s’adapter aux nouvelles populations, sans souligner le devoir des migrants de s’intégrer et de respecter des principes universels comme l’égalité hommes-femmes. Il insiste maladroitement sur le respect de la “sensibilité culturelle” des seuls migrants, sans mentionner celle des populations d’accueil. » Si même les intellectuels libéraux constatent qu’il peut faire jour à midi, c’est que quelque chose est en train de changer en notre vieille France.

D’où le constat de Steve Bannon : « Dans les petits villages, dans les zones rurales de France et dans les rues de Paris, les gilets jaunes sont le même type de personnes que celles qui ont élu Donald Trump. » Constat que résume Marine Le Pen en des termes autrement plus politiques : ce pacte de Marrakech a “un lien avec les manifestations des gilets jaunes”, « pacte du diable » « organisant l’immigration et réduisant le pouvoir d’achat des salariés » en “distribuant de l’argent à la Terre entière”.

De telles convergences ne sont pas à mépriser. À condition, toutefois, que les prochaines élections européennes puissent demeurer justement « européennes », sachant qu’on ne saurait passer de la tutelle de Bruxelles à la férule d’on ne sait quels groupes de pression de Washington.

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