Sport : le corps des femmes, indésirable pour l’athlétisme européen ?

Les caméramans sont priés d’éviter les gros plans et certaines parties du corps des sportives.
Photo de Andrius Šimkus: https://www.pexels.com/fr
Photo de Andrius Šimkus: https://www.pexels.com/fr

L’Union européenne de radiodiffusion (EBU) et European Athletics, autrement dit les instances européennes du sport et de la diffusion, viennent de publier un document de 23 pages édictant des règles de bonne conduite en matière de captation des compétitions d’athlétisme. Ce manuel, intitulé Raising the Bar, a pour objectif d’enseigner aux cameramen et aux photographes sportifs comment réaliser une « couverture médiatique respectueuse des athlètes féminines ».

En introduction du guide, le directeur exécutif d’EBU Sport explique que « les plans prolongés sur certaines parties du corps, les prises de vue en contre-plongée offrant des angles suggestifs, ainsi que les ralentis excessifs qui ne répondent à aucune nécessité technique ou narrative figurent parmi les problèmes observés aujourd’hui dans la couverture médiatique des compétitions d’athlétisme féminin ».

Lutter contre la sexualisation

Fort de ce constat, le manuel explique, schémas à l’appui, ce qui est considéré comme approprié ou non, en distinguant des « angles positifs » et des « angles négatifs » dans les différentes disciplines pratiquées : saut en hauteur, saut en longueur, saut à la perche et course à pied. En bref, il ne valide les gros plans que sur le visage, les pieds et les mains, et préconise, dans toutes les situations, les plans larges.

Le ralenti sur les fesses d’une athlète pratiquant le Fosbury, lorsqu’elle franchit la barre à quelques millimètres de celle-ci, est évidemment banni. Même chose pour certaines séquences dans les sautoirs, la position assise étant considérée comme suggestive, ou encore pour les départs dans les starting-blocks, qui nécessitent une posture avec les fesses en arrière que la pudibonderie supposée de l’instance européenne réprouve, comme le montrent les images extraites du document.

À noter : tout ceci n’est valable que pour les femmes. Pour les hommes, rien ne change. L’EBU affirme vouloir lutter contre « la sexualisation des athlètes féminines » mais n’a visiblement pas pris de dispositions équivalentes concernant la sexualisation des athlètes masculins, puisque les règles édictées ne s’appliquent pas aux épreuves masculines, alors même que les hommes portent bien souvent des tenues qui laissent peu de mystère sur leur anatomie.

Promouvoir la pudeur féminine

À l’heure où les revendications culturelles et religieuses se font de plus en plus nombreuses et pressantes dans le sport, cette promotion de la pudeur féminine pose évidemment question. Sous couvert de vouloir protéger les femmes, l’EBU n’est-elle pas en train de contribuer à les invisibiliser, à les cacher ?

D’autant plus que les athlètes féminines, comme les athlètes masculins, n’ont aucunement l’obligation de porter des tenues courtes et moulantes. La seule règle en matière de vêtements est la suivante : « Dans toutes les épreuves, les athlètes doivent porter des vêtements propres, conçus et portés de manière à ne pas être choquants. Les vêtements doivent être fabriqués dans un matériau non transparent, même lorsqu’il est mouillé. Les athlètes ne doivent pas porter de vêtements susceptibles de gêner la vue des juges. »

Si ces dames sautent à la perche en culotte et en brassière plutôt qu’en short et en débardeur, c’est donc leur choix. Les penseurs (pour ne pas dire les censeurs) européens le remettent en question. Pourquoi ? Libre à chacun d’avoir son opinion, mais force est de constater que, pour les femmes qui ont lutté pour avoir le droit de montrer leurs jambes et pour être considérées comme de véritables athlètes, au même titre que les hommes, cette évolution constitue évidemment un retour en arrière déplorable.

Les bons sentiments mis en avant n’y changeront rien : poussées par on ne sait quel courant, les hautes sphères en viennent à instaurer des normes concernant la pudeur et la présentation des femmes.

Vos commentaires

88 commentaires

  1. Nous vivons à l’époque des caviardages de fichiers Epstein, pour tout contenu qui pourrait se révéler interessant et incriminer nos politiciens délinquants, alors pourquoi pas le floutage du corps féminin dans toutes ses apparitions sur les chaines de la télé et des réseaux sociaux ?? Est-ce que ce dernier exemple de censure préfigure l’installation de la charia dans ce pays ?… Cela confirmerait une fois de plus que le melting pot (melting signifie fondre) ne fait pas fondre les nouveaux arrivants, mais plutôt ceux qui les accueillent. Au train où ca va, elles vont bientôt courir le 100m en burkini !

  2. Ridicule. Et pourquoi ne pourrait-on pas sexualiser les athlètes féminines ? Ce n’est pas une honte d’être une femme et d’en avoir le corps.

  3. Petit à petit le corps des femmes va devenir un enjeu. Pour certains hommes ne sachant réfréner leurs pulsions à la vue de la moindre mèche de cheveux, cela se comprend. Petit à petit nous y allons.

  4. Ces athlètes féminines se sont-elles plaintes de ces images ? Il me semble que c’est plus à elles de juger…

  5. il faudra bientôt qu’elles portent la burka ?
    il faudra bien qu’un jour on arrête ce délire !
    Bernard 47 parle des bananes: faudra-t-il les interdire parce qu’elles ressemblent trop a un sexe ?

  6. L’islamisation chez les cameramen. Il faudrait peut être que nos athlètes féminines portent la burka pour concourir. Il n’y a que des esprits tordus pour sexualiser les athlètes féminines. Perso je regarde leurs performances .

  7. Mais où va-t-on ?
    Est-il possible que cette horde de technocrates en mal de reconnaissance nous foute paix, que ce soit avec l’image des femmes où la cambrure des bananes ?…

  8. Afin de mettre tout le monde d’accord, je suis pour le retour et la généralisation pour la pratique de l’athlétisme à la règle qui présidait dans la Grèce antique : nudité totale et absolue pour les athlètes. Et que L’Union européenne de radiodiffusion et European Athletics aille se faire foutre !!!

    • Et bien moi, raisonnablement libidineux, j’apprécie l’esthétique du corps féminin mis en valeur par des vêtements fonctionnels pas forcément suggestifs. Les humains aiment séduire, c’est naturel. Une femme qui se maquille et qui s’arrange au mieux pour sa journée de travail c’est sûrement pour faire fuir les moustiques.

  9. Très bien. Et pour la Vénus de Milo, on a prévu quoi ? Un soutien-gorge en cotte de mailles opaque aux rayons X ou on la défonce à coups de masse façon taliban ?

  10. DONC l’Athlétisme devient « woke » ou « PRO islamique » ? ! …
    Cette activité sportive n’a pas assez des « soucis » de dopage v’là maintenant qu’il faut une formation à « capter des images respectueuses » des femmes ! …
    JUSQU’à quand ? ! …
    VITE plus du tout d’images de compétitions de natation ! ? …

  11. « poussées par on ne sait quel courant »…
    Vraiment vous ne savez pas ?
    J’ose penser que c’est une figure de style de votre part…

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