Il faut croire que je suis de la vieille école et de la nouvelle, bien qu’il ait l’âge d’être mon père. Il est vrai qu’il m’arrive parfois de me demander si je ne me suis pas trompée d’époque. Il est vrai que la jeunesse est un état d’esprit, et au vu de sa récente sortie, si l’âge réel du monsieur est 76 ans, l’âge ressenti, pour parler comme la météo, serait plutôt 14 et demi. Sur son compte Twitter, la journaliste Judith Waintraub rapporte un propos du professeur Raoult tenu sur LCI : « Olivier Véran a l’âge d’être mon fils, donc j’ai beaucoup d’indulgence pour lui. »

Robert Namias, journaliste, ancien professeur de philosophie, ayant fait carrière dans les médias privés et publics les plus prestigieux et auréolé du titre de commandeur de la Légion d’honneur, officier de l’ordre national du Mérite, commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres, retweete cette citation avec ce commentaire lapidaire : « Sombre connard. Moi je n’ai pas d’indulgence pour mes fils mais de la fierté et de l’admiration. »

Essuyant de nombreuses protestations, il finit par supprimer son tweet avec ce commentaire bravache : « Je l’assume totalement mais l’insulte était inutile. Un mouvement de colère en réponse à une suffisance péremptoire que je trouve insupportable. Je regrette la forme, certainement pas le fond. »

Si le professeur marseillais avait parlé le Namias dans le texte, il aurait dit : « Olivier Véran est un petit c… ignorant, qu’il ferme sa g… » Sauf que , auquel un faux compte avait prêté un propos injurieux à l’endroit de Daniel Cohn-Bendit, a mis il y a quelques semaines courtoisement les points sur les i : il ne mange pas de ce pain-là et n’a pas pour habitude d’insulter son prochain, ce qui est tout à son honneur.

En l’occurrence, si le propos de Didier Raoult sous-tend une forme de philosophie générale diamétralement opposée au jeunisme ambiant – le père a une expérience inhérente à l’âge qui fait défaut au fils, ces choses étant posées et parce que c’est ainsi, l’un veut bien faire preuve de magnanimité envers l’autre -, on ne voit pas bien ce qui a pu susciter une telle ire chez Robert Namias.

Mais quand bien même le propos de Didier Raoult serait « d’une suffisance péremptoire insupportable » – je précise que je n’ai aucun avis sur le traitement du Covid-19 par la chloroquine, ce qui fait de moi le membre d’un club extrêmement réduit qui pourrait tenir ses assemblées générales dans l’habitacle d’une Twingo -, comment tolérer qu’un notable installé du niveau de Robert Namias, à l’heure de la loi Avia et alors qu’une polémique hautement inflammable où il est question de vie et de mort fait rage, fasse preuve d’autant d’irresponsabilité ordurière ?

Je dois être cucul, gnangnan, coincée, neuneu, nunuche, pudibonde, ringarde, élevée à l’ancienne, mais je ne traite personne, absolument personne, de connard, pas seulement le placard mal fermé au-dessus de la plaque de cuisson quand je relève malencontreusement la tête. Pas même Robert Namias quand il raconte n’importe quoi. Et pourtant, au moins l’un des deux – je vous laisse choisir – le mériterait sans doute.

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