Ce 8 octobre a eu lieu, à Montpellier, le 28e sommet entre la France et l’Afrique, premier, depuis 1973, à se tenir sans président africain. Le Président Macron était l’organisateur et l’acteur principal de ce spectacle d’incantations politiques et de contre-vérités historiques, de jérémiades idéologiques et de logorrhées rhétoriques.

Vu d’Afrique, le verbiage théâtral macronien s’alliait bien à la propension africaine à la palabre. Or, tout sonnait faux dans ce long et pénible exercice de masochisme dont le contenu et la chorégraphie ont été minutieusement préparés par un comité africain d’intellectuels gauchistes. Le parti pris révisionniste de Macron, qui a pointé une fois de plus « la responsabilité du fait colonial dans l’ébranlement des consciences », avait été opportunément précédé de quelques jours par la diffusion, sur une chaîne de télé publique, d’un documentaire partial et partiel, « Colonisation, une histoire française », illustration d’une dérive affligeante de repentance unilatérale qui vise à laver le cerveau des générations contemporaines pour anesthésier leurs consciences.

Le nom du « Sommet Afrique-France » annonçait d’emblée le point de vue étranger dominant de la relation entre notre pays et ce continent. Pire : les grands absents de ce débat tronqué et truqué étaient les Français d’origine non africaine, issus de la France profondément enracinée dans une civilisation millénaire que Macron et ses acolytes multiculturalistes renient et dont ils combattent par tous moyens ce qu’ils nomment « les forces conservatrices de régression ». Ainsi, face à sept millions de Français qui auraient des liens directs avec l’Afrique, les dizaines de millions de Français de souche culturelle et territoriale n’ont le droit que de souffrir en silence d’une culpabilité historique injuste, de s’acquitter docilement de lourds impôts et taxes dont ils voient de moins en moins le retour, et de se laisser déposséder de leur civilisation, de leurs biens et de leur territoire.

Or, les Africains de souche et de culture n’étaient eux-mêmes pas réellement représentés, car les participants à ce colloque mondain, présentés comme des membres de la société civile africaine, sont en réalité peu représentatifs des sociétés civiles africaines qu’on côtoie en Afrique quand on y vit et travaille au contact quotidien des réalités locales. Activistes verbeux et revendicatifs animés par une rage de revanche historique, ces happy few d’une minorité urbaine privilégiée ont été sélectionnés pour leur perméabilité à l’idéologie progressiste. Leur fière insolence masque mal leur ignorance, car ils vivent dans la sphère numérique bruyante et improductive du slam, des blogs et des réseaux sociaux, déconnectés des dures réalités que vivent chez eux leur milliard de congénères.

Sur scène, Macron a pris ainsi un plaisir pathologique à se faire humilier (et, à travers lui, la France) par les propos ignorants et agressifs de jeunes porteurs d’un « nouveau narratif » à inventer et à imposer par une politique de la culture brûlée. Adepte du jeunisme dont il est issu, il prétend « resynchroniser les choses, que les dirigeants ressemblent davantage à leurs populations ». Sommet de démagogie qui substitue l’air du temps à un projet d’avenir fondé sur les leçons du passé, il postule que l’innocence et l’ignorance doivent remplacer la connaissance et l’expérience. En ouvrant dangereusement la boîte de Pandore des innombrables réclamations africaines, Macron veut clairement s’attirer un électorat africain de réélection nationale. Or, de quelle prétendue « africanité de la France » parle-t-il quand une parenthèse coloniale de cent cinquante ans est rapportée à mille ans d’une civilisation prodigieusement fertile ?

Il ne suffira pas de « changer les noms pour changer les choses », selon la citation de Sartre utilisée par un participant africain. Le changement de nom de l’« Agence française de développement » (AFD) promis par Macron ne suffira pas pour initier un « investissement solidaire » (autre perle de communicant) juste et équitable pour remplacer ce qui reste de l’aide au développement. Il revient aux Africains de se retrousser les manches pour développer leurs pays, dans leurs pays.

11 octobre 2021

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