Du temps de l’URSS, on disait que notre nationale était, derrière l’ rouge, la deuxième « entreprise » mondiale en nombre de salariés. Depuis, Walmart et plusieurs institutions chinoises l’ont reléguée loin du podium, mais avec largement plus d’un million de salariés (dont un quart de non-enseignants), elle serait aujourd’hui le 6e plus gros employeur civil au monde. En réalité, du fait des différents statuts et d’un flou pas forcément involontaire, on n’a jamais su, à quelques dizaines de milliers près, combien de gens étaient réellement affectés à la formation de nos chères têtes (de moins en moins) blondes…

C’est pourquoi fut lancé, en 2006, le projet de système d’information et de gestion des ressources humaines de l’Éducation nationale (SIRHEN). Treize ans plus tard, la Cour des comptes n’est pas avare de critiques sur le pilotage « chaotique », les « dérives nombreuses » et les « défaillances rédhibitoires » de sa réalisation, ce qui n’étonnera que ceux qui n’ont jamais eu un enfant scolarisé.

On comprend bien que la fusion des neuf cents bases de données du personnel de l’Éducation nationale, avec la prise en compte de leurs paies, affectations, formations et évaluations, n’était pas une mince affaire, malgré une externalisation rompant avec l’habituel « développement interne des applications informatiques ».

À l’échéance prévue de 2012, on constata que 2019 serait une ambition plus raisonnable, tandis que le budget prévu était quasi quintuplé, à 286 millions ! En 2017, on a bien réfléchi : 30 millions de plus seraient nécessaires. Mais dès 2018, la Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de de l’État (DINSIC) estimait qu’il en faudrait plutôt une bonne centaine (de millions…). On en était donc à 388, alors que, pour la Cour des comptes à l’époque, c’était quasiment déjà de 500 millions qu’il fallait parler. Et aujourd’hui, selon cette même cour, le ministère n’a « toujours pas arrêté de nouvelle trajectoire pour moderniser ses systèmes d’information et de gestion R.H. ».

Décidément, nos mammouths nationaux n’ont pas de chance avec l’informatisation. Dans l’armée, pendant une petite décennie, le système de paie LOUVOIS avait fait mettre sous antidépresseurs la moitié de nos militaires, tantôt en attente de solde pendant des mois, tantôt sommés de rembourser des trop-perçus…

Mais c’est dans le domaine de la que nos grands administrateurs se sont surpassés. Lancé en 2004, le « dossier médical partagé » censé faire disposer chaque Français d’un dossier informatisé reprenant toutes ses données médicales a coûté 35 millions par mois pendant ses quinze ans de mijotage, selon Capital, et commence tout juste à être opérationnel.

Et à l’Assistance publique – de , pas moins de onze ans et 140 millions d’euros furent nécessaires pour mettre en place un « dossier patient informatisé » accessible dans ses 39 hôpitaux grâce à un numéro d’identification unique

27 février 2020

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