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Editoriaux - Politique - 27 février 2020

Municipales à Paris : la compétition Dati-Buzyn-Hidalgo, une primaire pour trouver LA femme à opposer à Marine Le Pen ?

Patrick Juvet ne pourrait plus chanter son suave et mythique « Où sont les femmes ? » pour cette campagne des municipales à Paris. Et Ségolène doit se dire qu’elle n’est plus la seule à occuper le créneau de la « femme d’avenir » qu’elle s’est inventé il y a… trente ans. Avec l’arrivée précipitée – ou calculée… – d’Agnès Buzyn dans les conditions que l’on sait, la compétition a pris une autre allure. Déjà, depuis plusieurs semaines, Rachida Dati s’imposait dans son camp et dans les sondages, à la surprise générale. Et voilà qu’Agnès Buzyn a interrompu la débandade qui menaçait chez LREM, au point qu’un sondage Ipsos (Le Point) parle d’« effet Buzyn », qui passe de la 30e à la 17e place alors que les deux têtes de l’exécutif seraient désespérément stagnantes. Certes, c’est un effet normal quand une personnalité relativement discrète entre dans une arène plus exposée et, surtout, dans le tintamarre médiatique suscité par l’affaire Griveaux.

Mais cette arrivée donne à la bataille de Paris une dimension nationale intéressante. Évidemment la sociologie parisienne et la présence d’Anne Hidalgo imposaient à LR et à LREM de miser sur une femme. Rachida Dati a flairé l’occasion très tôt. Pour elle-même. Emmanuel Macron a mis plus de temps. Mais Agnès Buzyn s’imposait. Les persifleurs diront qu’avec l’arrivée du coronavirus, elle s’est évité les déconvenues que commence à subir son successeur Olivier Véran. D’une pierre deux coups, finalement. Ou trois, deux pour Buzyn et une pour LREM. Paris – et peut-être même la survie du macronisme – valait bien une sextape.

Si Agnès Buzyn gagne, elle sera incontournable et pourra sans peine remplacer un Emmanuel Macron usé et détesté. Si c’est Rachida Dati qui réussit l’exploit de redonner Paris à la droite, elle deviendra naturellement la candidate de LR et un peu plus : Pécresse, Baroin et Bertrand seront obligés de composer avec elle. Un succès d’Anne Hidalgo ne lui donnerait pas forcément ce statut dans son camp mais renforcerait dans les autres les mouvements browniens et les forces centrifuges.

On s’acheminerait donc peut-être vers un duel de femmes, en 2022, entre un maire de Paris drainant à lui les voix des progressistes urbains contre une Marine Le Pen incarnant la révolte et les exigences de la France rurale et périphérique.

À moins que le troisième homme de 2022 ne soit… un homme !

Mais nous sommes allés vite en besogne, sautant allègrement par-dessus quelques étapes. Il se pourrait, en effet, que ces dames conquérantes aient tout de même besoin, dès le 15 mars au soir, de l’appui, du soutien, du retrait ou de la fusion – dame, que le sec vocabulaire électoral transpire d’affect et de désir… – de quelques seconds rôles masculins : Cédric Villani, le LREM dissident, David Belliard, le représentant d’EELV, seront très courtisés par les dames Buzyn et Hidalgo. Quant à Rachida Dati, elle a déjà une part de la réponse puisqu’à la question d’une éventuelle alliance pour le second tour, Serge Federbusch a répondu hier soir, sur franceinfo : « Un mariage, ça se fait à deux. »

Entendra-t-on nos « trois grâces », comme les appelle déjà Françoise Fressoz, dans Le Monde, entonner, langoureuses ou dépitées, le nouveau tube de ces municipales parisiennes : « Où sont les hommes ? »

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