Discours - Editoriaux - Internet - Médias - Santé - 30 juin 2017

Simone Veil ne considérait pas l’avortement comme un droit

L’on apprend que Simone Veil est décédée à l’âge de 89 ans. De sa carrière, on retient surtout la loi du 17 janvier 1975 relative à l’interruption volontaire de grossesse. Les médias et les mouvements féministes rendent hommage à cette femme pour avoir su, malgré tous les obstacles, faire adopter ce qu’on allait désormais appeler la loi Veil.

Ils omettent, en revanche, de rappeler qu’elle a manifesté son hostilité au mariage pour tous et, notamment, aux bouleversements qu’il introduit dans la filiation. Le 14 janvier 2013, l’ancien ministre de la Santé, accompagné de son époux, est descendue saluer les manifestants qui passaient devant son domicile. BFM TV les montre, tous les deux au milieu du cortège, un drapeau de la Manif pour tous à la main.

Inutile de préciser que les partisans de la loi Taubira et les lobbies LGBT l’ont accusée de se tromper de combat. Qu’allait-elle faire avec ces réacs et ces fachos ? C’est tout juste s’ils ne lui ont pas appliqué l’excuse de sénilité. Pourtant, à y regarder de près, il n’y a guère de contradiction.

Il faut relire le discours qu’elle prononça devant l’Assemblée nationale, le 26 novembre 1974, face à une Assemblée presque exclusivement composée d’hommes. Elle défend, certes, la dépénalisation de l’avortement, mais souligne, à plusieurs reprises, que cet acte n’est pas ordinaire.

Elle insiste sur son caractère exceptionnel : “Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue.” Elle souhaite que ce recours soit contrôlé et qu’on puisse, si possible, “en dissuader la femme”.

Elle demande qu’un “délai de réflexion de huit jours” soit imposé “pour faire prendre conscience à la femme de ce qu’il ne s’agit pas d’un acte normal ou banal, mais d’une décision grave qui ne peut être prise sans en avoir pesé les conséquences et qu’il convient d’éviter à tout prix”, ajoutant que “personne n’a jamais contesté, et le ministre de la Santé moins que quiconque, que l’avortement soit un échec quand il n’est pas un drame”.

Quand, le 26 novembre 2014, l’Assemblée nationale vota une “résolution réaffirmant le droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse en France et en Europe”, elle oublia que Simone Veil avait précisément déclaré à propos de sa loi : “Si elle n’interdit plus, elle ne crée aucun droit à l’avortement.”

Ce serait lui faire injure que d’estimer que ces réserves furent de circonstance, qu’elle n’en pensait pas un mot, qu’elles n’avaient pour objectif que d’abuser l’opinion et de faire passer sa loi. Simone Veil ne niait pas les problèmes éthiques posés par l’avortement et dressait des bornes pour qu’il ne soit pas banalisé. Peut-être a-t-elle fait preuve de naïveté en croyant que ses successeurs auraient les mêmes scrupules.

On sait ce qu’il en advint. Au nom de la liberté et de l’égalité, les gouvernements successifs se sont progressivement écartés de ses intentions. La loi de 1982 a introduit le remboursement, celle de 1993 a créé un délit d’entrave à l’IVG, celle de 2001 a porté le délai légal de 10 à 12 semaines de grossesse… Enfin, la loi égalité hommes/femmes de 2014 a supprimé la notion de “situation de détresse” et, en février 2016, le Parlement a étendu le délit d’entrave à Internet.

Le plus grand hommage qu’on puisse rendre à Simone Veil, c’est de ne pas la réduire, en bien ou en mal, à l’image qu’on veut en donner, encore moins de la récupérer pour son camp : c’est de la présenter dans toute sa vérité, qui est complexe. Laissons-la être elle-même, tout simplement.

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