Faut-il donner à Marianne le visage de Simone Veil, dont le portrait a été recouvert d’une croix gammée ? Après tout, elle pourrait incarner la France et la République, aussi bien, sinon mieux que Brigitte Bardot, Catherine Deneuve ou Inna Shevchenko, fondatrice des Femen, qui, en 2013, aurait servi de modèle (elle s’était fort élégamment exclamée sur Twitter : « Désormais, tous les homophobes, extrémistes et fascistes devront lécher mon cul pour envoyer une lettre »). Cette proposition, avancée dans une lettre au chef de l’État par Fabienne Keller, porte-parole du parti Agir, semble avoir été accueillie favorablement. Est-il permis de rompre cette belle unanimité ?

La sénatrice du Bas-Rhin explique que Simone Veil « incarne la France, son honneur, sa grandeur, son courage et sa dignité en toute situation et dans l’adversité », ajoutant que « son parcours et ses engagements ont inspiré et donné de la force à des millions de Français ». Sans doute, quoique certains de ses engagements puissent être contestés. Sa foi dans l’ serait-elle restée intacte devant ce qu’est devenue l’Union européenne ? Aurait-elle souscrit aux dérives de la loi relative à l’interruption de grossesse ? Qui pourrait en être certain ? On ne fait pas parler les morts.

Les partisans de ce projet accepteraient-ils qu’on rappelle, à cette occasion, qu’en janvier 2013, elle se montra dans une de la Manif pour tous pour défendre le droit de l’enfant à avoir un père et une mère ? Hasard du calendrier, un amendement, adopté ce mardi par les députés, supprime la mention du des parents dans les formulaires scolaires : on écrira désormais « parent 1 » et « parent 2 ». Quand on sait que, sous prétexte de ne pas ternir son image féministe, on expliqua sa présence par un état physique et mental diminué et par l’incapacité d’être maîtresse de ses décisions, on peut craindre qu’on n’opère un tri dans sa carrière et que cet ne soit pas totalement désintéressé.

Simone Veil, qui était une femme intelligente, aurait-elle accepté d’être une auberge espagnole où chacun puise ce qui lui plaît ? Quand Fabienne Keller écrit que sa vie est « un appel à refuser toutes les compromissions avec les extrémistes, les populistes, les marchands de malheur », n’utilise-t-elle pas son nom à des fins politiciennes ? C’est tellement gros que cela en devient grossier. On peut approuver ou réprouver les positions européennes et sociétales de Simone Veil, mais elle n’aurait sans doute pas aimé être ainsi instrumentalisée, servir de caution à une coterie qui divise les Français en bons et méchants.

On reste confondu de voir avec quelle inconvenance on s’empare d’une personnalité défunte et, au prétexte de l’honorer, on exploite, sans son consentement, son image.

13 février 2019

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