« Si tu veux parler de l’universel, parle de ton  ! » : c’est le mot d’ordre du conteur Yannick Jaulin, en conclusion du festival du conte et de l’imaginaire (Le Nombril du monde) dont il est le créateur et qui vient de fêter son 30e anniversaire, ce 15 août, en Deux-Sèvres. Un cri du cœur en même temps qu’un appel à la résistance de la part de cet artiste inclassable, collecteur de la mémoire orale et du patois de son terroir, pour le maintenir vivant dans un monde moderne qu’il reproche d’uniformiser toute manière particulière de parler et de vivre. Jusqu’à craindre, aujourd’hui, sa disparition pure et simple sous les doubles coups de la standardisation accélérée du monde et de la perte de mémoire de ceux qui ont pourtant tant de choses à transmettre. Le titre de son dernier spectacle, et de son dernier livre, résume tout de cet état d’esprit mélancolique qui nous traverse tous : « Ma maternelle va mourir et j’ai du mal à vous parler d’amour… »

Sa parade ? Une pirouette : faire de son village, moqué comme un « trou du c… du monde », son exact contraire – le nombril du monde, son lieu de naissance, siège de tout un univers à créer et à conter. « Comme à Brocéliande au XIXe, nous avons légendarisé le lieu. » Pougne-Hérisson, un nom qui ne s’invente pas, insolite mais inspirant, est ainsi devenu, il y a trente ans, le cœur battant d’un nouveau monde tel que celui que notre société « covidée » cherche aujourd’hui à en trouver.

Un village de sauvé, capitale imaginaire d’un monde recréé, comme Raspail et sa Terre de feu, le Petit Prince et sa planète ou Tolkien et sa communauté de l’Anneau ! Mais si le génial saltimbanque a su parler de son village, le faire parler, en faire parler, force est de constater qu’il reste beaucoup à faire encore dans les autres contrées ! « Je chante pour mon vallon en souhaitant que dans chaque vallon un coq en fasse autant », semble nous dire notre Chantecler poitevin. En nous invitant, chacun là où nous sommes, à une nouvelle parade, à une nouvelle pirouette, dans le patois de notre propre pays : avant qu’ils ne se retrouvent dans les villes, isolés, éperdus et de plus en plus nombreux, les idiots étaient dans nos villages, au milieu, aidés et aimés de tous, comme une richesse pour toute la communauté : c’étaient les idiots du village.

« Idiot », étymologiquement « singulier », « entier », « incontournable », « imbougeable », nous rappelle Jaulin, cet amoureux des mots. Et si nous devenions, chacun là où nous sommes, non comme des honteux mais comme des résistants, les idiots du village mondial ?

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