Le sénateur Sébastien Meurant donne un entretien très complet à Boulevard Voltaire : gestion de la crise par le gouvernement et sa succession de mensonges, protection judiciaire envisagée pour les personnes dépositaires d’une mission de service public, mais aussi positionnement des LR face à la gestion de la crise par le pouvoir. Il fait part de sa crainte quant aux dérives qui pourraient menacer nos libertés publiques.

Lors d’une conférence de presse, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a déclaré qu’il n’y avait pas de mensonge d’État concernant les masques. Cette remarque n’est pas passée inaperçue puisque personne n’avait évoqué devant lui l’hypothèse d’un mensonge d’État. Il a donc utilisé le terme « utilisons-le à notre tour ». Selon vous, cette gestion de crise autour du Covid-19 tient-elle du mensonge d’État ?

C’est un mensonge de plusieurs ministres représentant l’État. Les Français en sont maintenant tous persuadés. Ce n’est pas une erreur. Dès janvier, Mme Buzyn avait exprimé qu’il y avait des dizaines de millions de masques disponibles en stock. M. Véran avait déclaré que tous ceux qui voudraient remettre en cause leur déclaration devraient vérifier en regardant les réseaux sociaux. On voit, d’ailleurs, de nombreux mini-films où l’on voit M. Véran, Mme Buzyn et bien d’autres se contredire, à la fois sur la réalité de l’existence de ces masques et sur la nécessité de les porter. C’est évidemment un mensonge d’État. Il aurait été salutaire de dire que toutes les composantes françaises, administration, État, région, entreprise et bonne volonté se mettent à faire des masques pour protéger la population. C’était cela, le bien commun.
On sait comment fonctionnaient les démocraties asiatiques puisqu’elles avaient deux mois d’avance sur l’épidémie de Covid-19. On aurait donc pu s’inspirer de ce que faisaient la Corée, Taïwan, Hong Kong ou Singapour. Comment ces gens-là peuvent demander la confiance aux Français pour l’intérêt général du bien public ?
Ils sont quand même assez exceptionnels d’assener des mensonges répétés, avec autant de force et de conviction.

La députée et porte-parole des députés de La République en marche, Aurore Bergé, a pris les devants. En effet, une immunité judiciaire pour les maires, les fonctionnaires et les serviteurs de l’État qui auront agi dans cette crise devrait être débattue et votée prochainement. Impossible de penser à une espèce de mise à l’abri de tous ces responsables. Dans l’optique de l’après-confinement, il ne sera pas possible de leur demander juridiquement des comptes.

Si, effectivement, gouverner, c’est prévoir, ce gouvernement prévoit l’après-Covid-19 et l’après-déconfinement en matière judiciaire. La tribune parue, ce week-end, dans le JDD, largement cosignée par de nombreux parlementaires LREM, pointe la question de la responsabilité. La responsabilité des maires, mais pas que… On comprend tout à fait, en tant que sénateur et élu local. Je suis toujours conseiller municipal dans une commune. Mme Bergé lance un ballon d’essai. Elle parle des personnes dépositaires d’une mission de service public dans le cadre des opérations de confinement. Cela peut être les maires, mais également les ministres et les collaborateurs des ministres. On parle de M. Véran, mais rappelons que Mme Buzyn et plusieurs ministres ont été précédemment au cabinet de Mme Touraine. Ils prennent les devants pour anticiper cette question de responsabilité pénale. Ce n’est pas pour rien qu’ils ont étendu cette définition juridique à une personne dépositaire d’une mission de service public.

De nombreuses voix s’étonnent de l’absence d’opposition venant de la droite. Certaines personnalités, comme Julien Aubert, portent haut et fort une opposition qui se veut cohérente. Néanmoins, on entend très peu les LR. Comment expliquer le silence de votre formation politique vis-à-vis de la gestion de cette crise ?

Au Sénat, il se trouve que la majorité des LR est préoccupée par le déconfinement. L’immense majorité du groupe va s’abstenir sur la question des déclarations du Premier ministre.
Par ces parlementaires, Oser la France est beaucoup plus offensif. Lorsqu’on a une stratégie, on a une pratique défensive et offensive. La stratégie de Oser la France à demander et à anticiper les questions sanitaires et de déconfinement me semble plus appropriée. Néanmoins, le vote va avoir lieu au Sénat au moment où nous parlons, et je ne sais pas ce que cela va donner.
Aux yeux des parlementaires et des Français, le gouvernement ne requiert pas la confiance, n’a pas fait preuve d’une efficacité dans l’analyse et dans la stratégie, et leur action n’est évidemment pas satisfaisante. C’est le moins que l’on puisse dire.

Le groupe LR va, une fois de plus, être dans l’abstention bienveillante…

Il semblerait que c’est ce qui va se produire dans les minutes à venir. Cette situation est un peu particulière, puisque nous sommes peu nombreux dans l’Hémicycle. Quoi qu’on en dise, la démocratie parlementaire est mise entre parenthèses. La question des libertés se pose et m’interpelle sur de nombreuses propositions, notamment cette application de suivi des personnes. C’est tout de même l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. On vit une période extrêmement particulière, notamment sur la question de la démocratie parlementaire.

Cette crise empiète sur de nombreuses libertés individuelles. Des dérives sont-elles à craindre ?

Les dérives sont, bien sûr, à craindre. À de nombreuses reprises, ce pouvoir a montré qu’il y avait des tentatives et des tentations liberticides. Le Premier ministre lance des piques à l’opposition alors qu’on sait qu’ils ont menti. Je pense que ce gouvernement est le plus mal placé pour donner les bons et les mauvais points. Je me suis intéressé au classement sur la liberté de la presse, car cela fait partie de la liberté essentielle. On se rend compte que la France recule au classement. Nous sommes 34e.
En France, le pouvoir a les principaux médias. Ces derniers répètent les mensonges de la porte-parole du gouvernement et des ministres de la Santé successifs. Il n’y a qu’à reprendre les propos de M. Véran au mois de février, lorsqu’il a pris la suite de Mme Buzyn. Rappelons qu’elle a quitté le navire en pleine pandémie pour des questions politiques et que, le 18 février, M. Véran disait « La France est prête pour les masques et les tests ».
Ce week-end, dans l’Oise, une femme avait les symptômes du Covid-19. On l’a renvoyée chez elle avec du Doliprane sans lui faire de test. C’est absolument incroyable et en contradiction totale avec le discours de M. Véran, d’Édouard Philippe et des autres. Il y a une tentation liberticide auprès de ce gouvernement. Cela nous rappelle les propos de M. Macron lors de l’affaire Benalla. Il avait dit « Qu’ils viennent me chercher ». On a pu constater les différences de traitement de cette affaire entre une enquête parlementaire à l’Assemblée nationale et au Sénat. À l’Assemblée nationale, cela a été enterré.

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