Amélie Oudéa-Castéra est une survivante. Réchappée comme par miracle de son flagrant délit de mensonge, elle accourt à l'Assemblée pour exposer la ligne politique qu'elle entend suivre durant sa présence à la tête du ministère de l'Éducation nationale. L'épreuve qu'elle dut traverser l'a laissée exsangue. Arriver là, alors que tout semblait perdu, est une preuve de l'existence d'une force supérieure. C'est donc dans un état second qu'elle va lire le texte qu'elle a rédigé au sortir de la tempête. Sa joie est palpable. Il en est ainsi des rescapés rejetés par la mer sur un banc de sable.

Son doctorat en charabia mêlé à l'émotion de se retrouver parmi les siens va donner lieu à une performance de haut vol. Peu importe les mots pourvu qu'on ait l'ivresse. Son bonheur d'avoir survécu a fait exploser son aptitude à envahir l'espace de termes puisés au hasard dans des manuels techniques. Le mode d'emploi d'un ventilateur lui fut d'un grand secours. Dès la première phrase, nous voilà plongés dans un monde fantasmagorique : « Le président de la République et le Premier ministre m'ont confié un continuum de responsabilités aux synergies qui sont en effet nombreuses. » Une grande respiration à la surface et nous repartons dans les profondeurs du verbiage progressiste : « Mais au cœur de ce continuum, il y a une ambition. » Les spasmes dont le ministre semble affligé témoigne de sa fébrilité à placer « synergie » et « continuum ». Quatre points au Scrabble™ mondialiste !

Le réarmement civique de la jeunesse

Mais quelle est cette ambition ? Quelques députés sont inquiets. La réponse ne tarde pas. L'ambition est « le réarmement civique de notre jeunesse ». On ne pouvait trouver mot plus inapproprié au contexte. Après les fonds marins, nous voici à mille pieds au-dessus du sol. Quelle aventure ! À l'heure des couteaux brandis sous le nez des professeurs, parler de réarmement des élèves, fût-il de civisme, est pour le moins malvenu. Une rumeur de protestation se fait entendre dans l’Hémicycle.

L'oratrice poursuit. Elle servira l'école en s'appuyant sur trois piliers. « D'abord restaurer l'exigence au travers du choc des savoir impulsé par Gabriel Atal. » Nous laisserons aux chercheurs du CNRS le soin de découvrir le sens de cette phrase. Les autres piliers s'annoncent plus intelligibles... « Renforcer l'attractivité des métiers de l'enseignement en réinventant la formation initiale des enseignants. » Dans un festival de bonnes intentions déconnectées du réel, Amélie Poulain-Castéra poursuit son monologue. L'auditeur n'échappera pas au pilier d'une école inclusive. Au terme de la prestation, un bref séjour dans un caisson de décompression est fortement recommandé. Le retour à la vie normale exige quelques minutes de réadaptation.

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19 janvier 2024 à 11:01

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54 commentaires

  1. Ah oui, j’oubliai ci-dessous : le « choc » ( des savoirs etc ), les piliers, épanouissement républicains, réarmement, s’approprier les valeurs, inclusif, ouverture. Bon, ce papier a été écrit par des communicologues. Nous sommes à des années lumières du style de S. Tesson. En 5 mots il aurait écrit un poème sur le sujet lui !

  2. Encore du « réarmement » ! et ambition, civisme, jeunesse etc C’est très inspirant tout ça ! Ca va performer…

  3. Entre le poids des mots d’un séjourné, bel exemple de l’excellence des différentes politiques de ce ministère et le choc de ce verbiage qui nous annonce quelques aperçus du vide sidéral qui nous attend, nous voilà sauvés !
    Quelle honte!
    Mais surtout quelle honte pour le peuple français, incapable de se débarrasser de cette bande de racailles…

  4. Merci pour votre humour Monsieur LEROY.
    Cette séquence est vraiment déplorable, et….lamentable .. sans aucune circonstance atténuante

  5. Un discours plutôt convaincant, quels qu’en soient certains termes.
    Mais n’avez-vous pas l’impression de l’avoir déjà entendu maintes et maintes fois ?
    Sans oublier qu’on n’échappe pas à l’inévitable « valeurs de la République »

  6. Heureusement notre président nous a épargné M. Séjourné à l’éducation nationale, car là il aurait été le ministre de la déconstruction orthographique et grammaticale.

  7. On connaissait le Larousse, le Petit Robert et bientôt… le Oudéa Castéra… Elle est pas belle l’école sous macron?

  8. Le fait de s’être aplatie en excuses auprès du corps enseignant m’a donné la nausée. Voilà une femme qui n’a aucune conviction mais beaucoup de bassesse face à des gauchistes qui loin de vouloir éduquer nos enfants sont en train de ruiner le pays en fabricant des cancres en guise d’élites futures de la Nation.

  9. On est à des années lumières des Jaurès, Gambetta, Daudet qui faisaient vibrer l’Assemblée Nationale.

  10. Gouvernement de clowns !! Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre . Plus il y a du remaniement, plus c’est pire. Ils sont bons à rien et mauvais en tout !!

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