[Cinéma] Un silence, le film inspiré de l’affaire Victor Hissel

Un silence film

En 2008, on s’en souvient, Victor Hissel, avocat des familles de victimes de Marc Dutroux, était inculpé pour détention d’images pédopornographiques. L’enquête révéla rapidement qu’entre 2005 et 2008, plus de 7.500 images de ce type avaient été consultées par le magistrat et que cela n’entrait aucunement dans le cadre de son travail. Victor Hissel fut alors condamné, en 2010, à dix mois de prison ferme pour « détention d'images à caractère pédopornographique ». Une peine ramenée en appel à dix mois de prison, avec une possibilité de sursis pendant cinq ans.

Inspiré directement de cette affaire – bien que les noms propres aient été modifiés pour des raisons évidentes –, Un silence, de Joachim Lafosse, ne s’attarde pas tant sur l’enquête policière et ses rebondissements que sur les répercussions de celle-ci sur l’environnement familial de l’avocat.

Failles et défaillances

Au fil de son intrigue, le film nous montre comment les secrets conjugaux enfouis depuis trente ans, les penchants que l’on a feint de ne pas voir, finissent par refaire surface et dynamiter des liens que l’on croyait indéfectibles. La honte de l’épouse, incarnée par Emmanuelle Devos, tiraillée à la fois par le dégoût et par la volonté de préserver la réputation de sa famille, ne fait que s’ajouter à celle du magistrat qui peine à contenir ses pulsions et culpabilise d’appartenir au camp de ceux qu’il est censé combattre par le biais de sa profession. Victime collatérale de ces silences, de ces non-dits, le fils, lui, a très tôt, dans son enfance, été confronté aux films pédopornographiques de son père, à ses DVD comme aux sous-dossiers compromettants de son ordinateur personnel, au point que son propre rapport à la sexualité s’en trouve bouleversé. Un mélange de honte et de culpabilité qui le mènera au rejet total de son père et le poussera, in fine, à vouloir commettre l’irréparable.

Sentiments d'impunité

Au-delà même du fait divers auquel il fait référence, Un silence présente un réel intérêt anthropologique dans la mesure où ce film chabrolien lève le voile sur le sentiment d’impunité de nombre de notables décadents qui nous tiennent lieu d’élites, souvent prompts à dispenser des leçons de morale pour mieux dissimuler la noirceur qui les habite et la crasse dont ils se repaissent. Comment, alors, ne pas penser à La familia grande, le récit polémique de Camille Kouchner sur les agressions sexuelles dont se serait rendu coupable le constitutionnaliste et politologue Olivier Duhamel ?

Éprouvant, lourd, le film de Joachim Lafosse a l’intelligence de nous épargner l’imagerie choc à laquelle se prête ce type de sujet et privilégie une mise en scène relativement discrète et dépouillée de tout effet superflu. Ainsi, le réalisateur s’efface devant ses personnages pour mieux explorer les méandres de leur psyché et nous laisse juges de leurs actes. Daniel Auteuil tient là un rôle à sa mesure et insuffle suffisamment d’humanité à son personnage pour instiller chez le spectateur ce qu’il faut d’empathie et – disons-le – de compassion.

3 étoiles sur 5

Pierre Marcellesi
Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

3 commentaires

  1. Oui le sujet est très intéressant mais le rythme et la façon de filmer ne sont pas Chabrolien hélas..
    Les acteurs sont bons c’est tout…Décevant.

  2. Un superbe film qui montre, et peut-être dénonce les nombreux cas semblables qui sont étouffés par les familles ou la société.

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