Editoriaux - International - 21 novembre 2018

Russophobie : quand Interpol passe dans le camp du bien…

L’hystérie médiatique antirusse de certains médias ? Un peu comme une série télévisée à l’américaine, dont les saisons successives se suivent et se ressemblent, dégringolant de plus en plus bas dans l’ineptie. Dernier épisode en date ? L’élection du futur directeur d’Interpol (organisation internationale de police criminelle, fondée en 1923), qui aurait pu profiter au candidat russe, Alexandre Prokopchuk.

Mais qui est Alexandre Prokopchuk ? Un homme de 56 ans, ayant fait ses classes au sein des services secrets moscovites et du ministère de l’Intérieur russe, avant de devenir responsable d’Interpol au Kremlin. Soit le profil idéal d’un professionnel de la lutte contre la délinquance organisée. Mais il n’en faut pas plus au Washington Post pour s’alarmer de son profil. À croire que ce journal, voix de l’Amérique en direction du vaste monde, aurait préféré que le Prokopchuk en question ait été formé à l’école de Google ou de Ben & Jerry’s…

On notera la personnalisation de ces récriminations et leur stigmatisation sur une seule et même personne. Des précédents ? En voici : Russia Today serait donc seul relais du Kremlin et de Vladimir Poutine. Mais, à ce compte, France 24 ne serait-il pas aussi le chien fidèle, façon Pathé-Marconi, de l’Élysée et d’Emmanuel Macron ? Et CNN le haut-parleur de la CIA ? Et BBC World celui de Sa Très Gracieuse Majesté ? L’un des plus en pointe dans ces critiques ? Le milliardaire Bill Browder qui, à en croire France 24, serait « l’homme d’affaires américain ayant été là-bas, durant dix ans, l’un des plus grands investisseurs privés [soit l’un de ceux ayant contribué à dépecer la Russie de Boris Eltsine, NDLR] avant de faire partie des ennemis du Kremlin ». Et le même Bill Browder d’affirmer que la Russie « étend ses tentacules criminels aux quatre coins du monde ». Encore un qui a trop biberonné à James Bond. Bref, les Russes étaient tolérés par la doxa occidentale tant qu’ils étaient communistes. Depuis qu’ils ont renoué avec leur fibre patriote d’antan, c’est une tout autre affaire, sorte de syndrome Alexandre Soljenitsyne, en quelque sorte (lire l’article d’Arnaud Guyot-Jeannin).

Que tout cela devient compliqué… Car, à ce compte, que penser de Meng Hongwei, présidant naguère aux destinées d’Interpol et, depuis, encabané par Pékin pour corruption, si ce n’est qu’avec lui, le Guoanbu (équivalent chinois de la CIA) se trouvait aussi aux premières loges de cette organisation internationale ? Si ce n’est un, ce sera l’autre. Un Anglais sera toujours soupçonné d’entrisme au service du MI6, un Français suspect d’œuvrer en coulisses pour la DGSE. Le plus simple serait, évidemment, de nommer un Monégasque ; ce qui serait plus utile pour lutter contre la fraude fiscale, on imagine.

Quoi qu’il en soit, pareil débat n’est plus de mise, le Sud-Coréen Kim Jong-yang ayant été nommé à la tête d’Interpol. La démocratie libérale est enfin sauvée et il serait inopportun de se poser la moindre question sur la possible implication des services de Washington dans ceux de Séoul. Pareillement, alors qu’on reproche au FSB (le nouveau KGB) de faire la chasse aux dissidents politiques, on sait désormais qu’avec l’éviction d’Alexandre Prokopchuk, de telles pratiques ne seront désormais plus de mise. La preuve par la traque au Julien Assange, autre opposant notoire, que les USA tentent, en vain pour le moment, d’alpaguer dans son asile moscovite.

Il serait temps que les stagiaires en journalisme occupant le principal du temps médiatique comprennent au moins ceci : la nomination de tel ou tel à la tête d’une organisation internationale telle qu’Interpol est intrinsèquement d’ordre politique. Lequel peut paraître inquiétant. Mais, finalement, pas plus que la participation du général de Villiers, frère de qui vous devinez, au Boston Consulting Group, entreprise d’intelligence économique toute dévouée aux seuls intérêts économiques américains. Qu’en aurait pensé Clovis ?

À lire aussi

Mondialisation : hold-up sur le parmesan italien !

Ainsi, le parmesan, véritable fleuron transalpin, est-il en train de passer sous pavillon …