Editoriaux - International - Politique - 6 septembre 2019

Robert Mugabe : un criminel s’en est allé…

Robert Mugabe, ancien président du Zimbabwe, est mort jeudi à Singapour à l’âge de 95 ans.

On peut, sans hésitation aucune, lui accoler l’étiquette de criminel dans la mesure où les crimes commis pendant ses longues années de présidence sont légion. Crime, d’abord, contre la vingtaine de milliers de Ndébélés, assassinés par ses sbires en 1985 pour asseoir son pouvoir menacé par Joshua Nkomo. Il est intéressant de noter, au passage, qu’Emerson Mnangagwa, son successeur et actuel président du pays, avait été l’exécuteur de ses basses œuvres au cours de cette opération appelée Gukurahundi.

Devenu président lors de l’indépendance de la Rhodésie en 1980, le marxiste Mugabe s’était ensuite assagi et avait laissé les fermiers blancs, présents depuis plusieurs générations, continuer d’exploiter leurs terres qui faisaient alors du Zimbabwe le grenier agricole capable de nourrir les pays voisins. Rattrapé, en 1990, par les promesses dithyrambiques faites aux anciens combattants de la guerre d’indépendance et une terrible sécheresse, Mugabe changea alors de discours et se mit à attaquer la communauté fermière et la toute nouvelle opposition qui accusait déjà le pouvoir d’une gabegie gouvernementale enclenchée par la politique qui consistait à mettre les petits copains du ZANU/PF, son parti politique, aux manettes des différents ministères et organismes parapublics.

Puis, en 2000, commença la campagne d’expropriation, souvent violente, des fermiers blancs de leurs terres qui furent redistribuées aux apparatchiks du ZANU/PF. Il est bon de noter que la grande majorité de ces fermiers présents là-bas depuis plusieurs générations étaient de nationalité zimbabwéenne mais n’avaient pas la bonne couleur de peau. La plupart des nouveaux propriétaires des fermes n’ont de fermiers que le nom, habitent Harare et se contentent de visiter rapidement leurs terres en mocassins vernis et grosses Mercedes noires…

Ce fut à ce moment-là que le pays plongea dans un gouffre, dont on ne connaît semble-t-il pas encore le fond. On a arrêté de quantifier l’inflation, tandis que le chômage atteint, aujourd’hui, 94 % de la population en âge de travailler et que l’opposition au régime est réprimée de façon violente. Le pays est exsangue tandis que la population désabusée réalise que le changement de président n’a été qu’une opération de maquillage et que le ZANU/PF tire toujours les ficelles.

On pensait que les dirigeants africains auraient l’humilité de reconnaître le drame et la catastrophe que Mugabe a représentés pour l’Afrique subsaharienne. Bien au contraire, la plupart de ceux-ci vont lui tresser une couronne de lauriers en oubliant les massacres et la gabegie. En attendant, Amnesty International vient de dénoncer un an de violations des droits de l’homme sous la nouvelle présidence. Un bel héritage « mugabien » que son successeur semble faire fructifier à merveille…

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