La ville de Rezé, dans la banlieue sud de Nantes, fait encore parler d’elle. Régulièrement présente dans la rubrique faits divers de la presse quotidienne régionale, la capitale du pays de Retz a vu, ces dernières années, la délinquance augmenter de façon significative : +10,4 % des violences de proximité en 2020, et +51,4 % pour les cambriolages. Interrogé, en 2019, par France bleu, lors d’« incidents » dans les « quartiers sensibles », l’ancien adjoint au maire s’alarmait : « On ne veut surtout pas devenir comme les quartiers nantais. »

Le récit de l’agression ultra-violente et barbare, chez lui, d’un jeune homme de 22 ans, en décembre dernier, par six personnes dont trois mineurs avait franchi la Loire et ému tout le pays. Selon la formule consacrée, « ses jours n’étaient pas en danger » : après deux mois de coma et un corps en miettes, sa vie est néanmoins fortement bouleversée.

Doux euphémisme.

Ces jours-ci, la mairie de Rezé (détenue par la gauche depuis 1959), face à l’augmentation alarmante des vols à l’arraché accompagnés d’agressions physiques, a fait paraître le communiqué suivant, posté simultanément sur son site et son compte Facebook : « Les victimes sont souvent des femmes de plus de 60 ans circulant seules, et les délinquants privilégient les bijoux en or. Compte tenu de cette alerte, la police nationale vous recommande d’éviter de porter de façon visible ce type de bijoux sur l’espace public. Comme pour tous crimes et délits, en cas d’urgence, contactez la police nationale en composant le 17. »

Devant le tombereau de réactions indignées et exaspérées, le post Facebook a disparu mais, à l’heure où nous écrivons ces lignes, il est toujours sur le site de la mairie.

Cet épisode du quotidien ordinaire de la France d’aujourd’hui est révélateur à bien des égards.

Il est en effet symbolique de la démission des institutions de l’État censées protéger les Français ; c’est, d’ailleurs, l’une de ses premières missions régaliennes. Emmanuel Macron a beau dire que la est la première des libertés (sombre slogan réactionnaire), il n’est pas crédible. Pas plus que la gauche dans son ensemble, ou qu’une grande partie de droite appelée pompeusement « de gouvernement ». Ce post n’est pas autre chose qu’un aveu de faiblesse, un avis d’impuissance. Il convient d’installer dans l’imaginaire des Français d’abord, dans la réalité ensuite, le constat que leur sécurité physique n’est plus qu’un souvenir : ce fut le privilège d’un âge d’or révolu, quand l’ de la France n’était qu’une théorie.

Il est aussi symbolique de la progressive disparition d’une des valeurs civiques les plus éminemment françaises : la résistance. Ici, on nous dit de nous soumettre au d’insécurité, d’intégrer mentalement la carte de la délinquance, de l’accepter, comme s’il s’agissait d’un phénomène autonome, sans causes ni racines, sur lequel aucune volonté ou décision ne peut plus avoir de prise. Un peu comme un virus… Aujourd’hui, l’esprit français de entre en dissidence.

L’étape suivante sera-t-elle de dire à une femme victime d’un vol à l’arraché que c’est de sa faute, on lui avait bien dit de ne pas porter de bijoux ? C’est ici, une fois encore, une de nombreuses déclinaisons de l’obscène argument : « si tu ne veux pas être violée, ne porte pas de jupe ! », la victime devenant coupable d’exciter une malencontreuse convoitise. De qui, d’ailleurs ?

Jean-Christophe Faës, maire adjoint à la Tranquillité publique et, par ailleurs, engagé à la Cimade, indique sur le site de la mairie de Rezé : « Notre projet collectif veut localement contribuer à apporter des réponses aux enjeux centraux de notre société : l’urgence climatique et l’urgence démocratique. Je suis engagé au sein de Rezé Citoyenne pour une ville solidaire et accueillante, qui reste diverse dans sa population. »

La mairie de Rezé emploie six médiateurs et sept agents de surveillance, une conférence citoyenne est organisée, ces-jours-ci, pour évoquer la création d’une police municipale.

Quelle vigueur dans la réaction ! Pensez-vous que les Rezéens vont enfin se sentir en sécurité ?

 

 

16 septembre 2021

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