Restitutions de biens culturels : la réciprocité doit valoir, notamment avec l’Algérie

L’enjeu est d’éviter une repentance française permanente pour bâtir une politique culturelle équilibrée entre nations.
Drapeau algérien - Photo BV
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C’est un sujet bien délicat et profondément complexe qui a été abordé à l’Assemblée nationale, ce lundi 13 avril 2026, avec l’examen du projet de loi visant à faciliter les restitutions d’œuvres volées pendant la colonisation. Ce texte, d’une importance majeure, pourrait avoir un impact significatif sur les collections de plusieurs institutions muséales françaises. Justifiée par la volonté de rendre à certains peuples des biens essentiels à leur mémoire, dès lors qu’ils sont en capacité de les conserver et de les protéger, cette loi devrait toutefois s’accompagner d’un principe clair de réciprocité. Une telle exigence permettrait de démontrer que cette démarche ne procède pas d’une volonté de culpabiliser indéfiniment la France, mais bien d’un souci d’équité et de justice entre les États.

Une idée née en 2018

Ce projet de loi trouve son origine dans le rapport remis en 2018 par l’historienne de l’art Bénédicte Savoy et l’écrivain sénégalais Felwine Sarr, qui préconisait des restitutions massives d’œuvres africaines, une démarche non dépourvue de partialité et d'idéologie, comme le signalait La Tribune de l'Art. Depuis, plusieurs restitutions ont été effectuées, mais chacune a nécessité l’adoption d’une loi spécifique, ralentissant considérablement le processus. Le texte actuellement discuté entend ainsi remédier à cette lourdeur administrative en instaurant un cadre général plus souple et plus lisible. Pour Bénédicte Savoy, son examen constitue « un très grand jour », dans un contexte où un relatif consensus semble émerger, au sein de l’Hémicycle, entre l'ensemble des différents partis politiques, en faveur de ces restitutions.

Un impact significatif pourrait néanmoins se faire sentir sur certaines institutions culturelles françaises, en particulier le musée du quai Branly à Paris. En effet, près des deux tiers des 69.000 pièces qu’il conserve sont issues de la période coloniale et pourraient, à ce titre, faire l’objet de demandes de restitution.

Restituer quand c'est justifié et légitime

La restitution de ces biens culturels volés apparaît comme une démarche légitime, en particulier lorsque les pays demandeurs disposent des infrastructures et des compétences nécessaires pour conserver, restaurer et exposer ces œuvres dans des conditions satisfaisantes.

L’exemple du Codex Borbonicus, un manuscrit aztèque du XVIe siècle conservé en France mais rarement présenté au public, illustre cette problématique. Comme l’a souligné Éric Coquerel, dont les arguments sont tout à fait audibles, ce document qui demeure largement inaccessible est maintenu dans les caves de l’Assemblée nationale, ce qui interroge sur la pertinence de conserver un bien invisible pour le public. Une question se pose également sur l’utilité de conserver, aux frais du contribuable, un objet qui n’entretient aucun lien direct avec la culture française, alors même qu’il est revendiqué par un peuple dont les traditions et croyances demeurent vivantes.

La nécessité d’une réciprocité

Cependant, cette logique de restitution ne saurait être sans condition. Le RN souligne ainsi que ces retours ne devraient être facilités que pour les États avec qui la France entretient des relations diplomatiques cordiales.

Elle devrait également s’inscrire dans une relation équilibrée entre les États, fondée sur la réciprocité. En effet, la France a également constitué, notamment durant la période coloniale, des collections aujourd’hui conservées à l’étranger - sans toujours faire l’objet d’un débat équivalent. Le cas de certaines œuvres présentes au musée des beaux-arts d’Alger, acquises ou rassemblées par la France lorsque l’Algérie était un département français, mérite d’être évoqué. En effet, un certain nombre d’œuvres conservées dans cette institution proviennent d’acquisitions réalisées légalement par la France. À l’indépendance, elles ont été conservées par l’Algérie sans compensation, alors même que leur acquisition avait été financée par des fonds publics français. Dans cette perspective, une logique de justice consisterait à reconnaître ces situations et à envisager, là aussi, des restitutions.

Le projet de loi examiné en 2026 ne se limite pas donc pas à une simple question patrimoniale. Il engage la France dans une réflexion plus large sur son passé colonial et sur la manière de construire des relations culturelles apaisées et bilatérales avec les pays concernés. L’enjeu est d’éviter une logique de repentance permanente, qui enfermerait la France dans une culpabilité sans fin. Il s’agit au contraire de construire une politique culturelle fondée sur l’équilibre, la responsabilité et la réciprocité entre les nations.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

42 commentaires

  1. Dans un combat de boxe si l’un des deux décide de ne pas appliquer la réciprocité des « échanges techniques », il ne reste pas longtemps sur le même pied d’égalité » ! …
    Les dirigeants algériens ont, depuis les « accords de 68 » toujours donner des coups sans que les dirigeants français soient suffisament courageux ET volontaires pour faire de la « réciprocité » …
    Il est grand temps que cela change … Il faut même que ce soit de façon unilatéral à la faveur de la FRANCE ! …

  2. Pourquoi seulement les biens culturels ? Et dans un seul sens ? Il faut restituer tous les biens … et dans les deux sens !
    Dans le sens France-Algérie, la tente de commandement, le sabre, le fusil, le pistolet, la bague, le Coran, le chapelet de l’émir Adbelkader, le canon de Baba Merzoug !
    Dans le sens Algérie-France, la totalité des hôpitaux et des dispensaires construits par la France (ou l’équivalent de leur valeur en euros constants), la totalité des routes (ou l’équivalent de leur valeur en euros constants), les infrastructures d’exploitation du gaz et du pétrole d’Hassi Messaoud, d’Hassi R’Mel, d’Illizi ou d’Ahnet avec un rappel proportionnel sur les investissements initiaux sur les bénéfices d’exploitation depuis l’indépendance (ou l’équivalent de leurs valeurs en euros constants), liste non exhaustive qui devra être complétée, mais cela restera une négociation à laquelle la France n’ à pas à prendre part, par le restitution par l’Algérie des biens culturels des peuples berbères qui sont les peuples premiers de la, région (Amazighs, Kabyles, Chaouis,…)

    • Tout à fait d’accord avec vous. Que chaque pays reprenne des richesses vivantes d’urgence. C’est odieux de garder sur notre territoire des humains, ces richesses, victimes de racistes. C’est plus su’immoral de garder sur notre territoire des enfants, mineurs isolés, que leurs familles doivent pleurer désespérément.

  3. A Oran il y avait un piano Gaveau qui s’est retrouvé provisoirement au centre culturel français, puis, je ne sais plus ce qu’il est devenu. A ma question, peut-on le rapatrier en France ? Non, car c’est le patrimoine national…algérien! Tout ce que les pieds noirs ont abandonné de force est devenu patrimoine national ou récupéré par les membres du FLN.

  4. Cette manie de se mettre à genoux devant ces Algériens qui nous haïssent, qui refusent de récupérer les OQTF, qui nous insultent et nous humilient à tout bout de champ jusque dans leur hymne national, qui enferment arbitrairement des Français et j’en oublie sûrement.
    On règle d’abord tout ça, en mettant les accords de 68, les transferts d’argent et les visas dans la balance et on verra plus tard les détails artistiques.
    Moralité : il faut que la diplomatie soit traitée par des pros.

  5. Je suis pour élargir le principe de réciprocité..
    Un africain sénégalais logé en hlm , de façon réciproque un français résident doit avoir droit aux hlm a Dakar.
    Il paye bien des impôts lui aussi au Sénégal.
    Car un sénégalais a droit aux hlm ici .
    Hlm ou allocations divers ou école gratuite.

    Pourquoi un français résident a Alger ne peut pas voter aux municipales ?
    Cela pose la question.
    De l’accès des binationaux pour les fonctions électives et fonctionnariat.
    Question d’équité et de loyauté.
    Voilà.
    On peut se poser la question a élargir le principe de réciprocité a tout les domaines.

      • Et inversement, si un français n’a pas le droit a des hlm au Sénégal
        Il est alors logique qu’un sénégalais ait droit a rien en France.
        Idem pour les allocations et un raisonnement a vérifier pour toutes les nationalités

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