Difficile d’exister quand on s’appelle Benoît Hamon. Il rame, le pauvre, en galérien de la politique qu’il est devenu. Ex-vainqueur des primaires du PS, il a décroché la palme du plus faible score de son parti à l’élection présidentielle. On aurait alors pu imaginer qu’il se retire du jeu, qu’il aille voir ailleurs – dans le « vrai monde » de l’entreprise, par exemple – à quoi ressemble la vie. Mais celui qui, depuis l’adolescence, a passé sa vie dans les officines du parti (c’est aussi un bébé UNEF, monté des manifs estudiantines aux cabinets ministériels par l’escalier de la rue de Solférino) n’a sans doute guère envie d’aller ramer dans le privé. Et puis, difficile, sur ce plan, de rivaliser avec sa compagne, responsable des relations publiques chez LVMH.

En résumé, ce brave garçon est sans doute assez à l’abri du besoin pour se permettre les grandes idées généreuses et les leçons de morale qu’il professe aux autres.

Ainsi, jeudi soir, lors du débat fort animé qui rassemblait les têtes de liste aux européennes, Benoît Hamon s’en est pris violemment à Jordan Bardella sur les questions migratoires. Le candidat du RN « est jeune. Il incarne une forme d’énergie et de force aujourd’hui, et il représente l’ombre qui s’étend partout en Europe et en France », a assené Benoît Hamon.

Ombre, c’est-à-dire « peste brune », « heures les plus sombres de notre histoire »… on en passe et de plus éculées. Ça fait trente ans que les politiques nous servent la même soupe recuite, avec les conséquences qu’on sait.

Jordan Bardella s’est défendu. Il est du à parler franc : « La dictature de l’émotion par la gauche, j’en ai ras le bol », dit-il, ajoutant « Il faut réserver les moyens de l’État aux Français ». Plus concrètement, plus violemment, diront certains : « Le véritable humanisme, c’est la fermeté. Il faut dire aux : “Ne venez pas chez nous, nous n’avons plus rien à vous offrir. Nous ne scolariserons pas vos enfants, nous ne vous régulariserons pas. Nous ne prendrons pas en charge vos de . Dans mon pays, la France, j’ai déjà des milliers et des milliers de pauvres.” »

Ça a le mérite d’être clair, et c’est évidemment inaudible pour un Benoît Hamon qui appelle à « reconstituer la digue des humanistes, ceux qui n’ont pas d’enfants qui sont en train de mourir avec leurs parents en Méditerranée » et dénonce « la menace d’une Internationale raciste face à laquelle on cède du terrain ». Évoquant les origines italiennes de Bardella, il assène : « Heureusement qu’il y avait une belle République pour accueillir des Bardella et des Lopez ! Heureusement qu’elle a accueilli nos parents et nos grands-parents venus de loin ! » Applaudissements de la foule conquise…

C’est beau, c’est simple, c’est grand, c’est généreux, mais l’argument est historiquement incomplet. Donc fallacieux. Car Benoît Hamon oublie (ou feint d’oublier ?) ce qui fait toute la différence entre ces d’hier et ceux d’aujourd’hui. Les grands-parents de Jordan Bardella, comme ceux des Lopez ou des Kucharski ou des Ferreira… étaient tous européens.

Ces gens partageaient avec les Français une culture commune, celle de l’Occident chrétien – chose que, croyant ou non, on ne saurait nier. Ils se sont assimilés, fondus dans cette Europe nourrie aux mêmes valeurs, aux mêmes artistes, aux mêmes auteurs, à l’ombre des mêmes cathédrales. La preuve, d’ailleurs, par la candidature de leurs descendants.

Vouloir protéger les Européens d’une acculturation généralisée n’est pas manquer d’humanisme. Bien au contraire, l’humanisme, c’est de tout faire pour que « les enfants et leurs parents qui sont en train de mourir en Méditerranée » restent chez eux pour y construire leur avenir. On ne sache pas, en effet, que les déracinés fassent des heureux.

24 mai 2019

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