Ursula von der Leyen et Charles Michel, au nom de l’Union européenne, rencontrent, mardi, Erdoğan : ils se disent prêts, la main sur le cœur, à renouer avec le président turc à condition qu’il poursuive « la désescalade actuelle ». Pas question de se laisser marcher sur les pieds ! Erdoğan doit filer doux, sinon gare ! Mais en diplomatie, il ne suffit pas de se payer de mots ni de jouer les fiers-à-bras pour remporter la partie.

Erdoğan avait, ces derniers temps, multiplié les provocations, non seulement avec la voisine, mais aussi en menant, dans les conflits du Moyen-Orient, une qui ne répondait pas spécialement aux intérêts européens. Il pratique, en outre, une conception très particulière des droits de l’homme : il dénonçait récemment la convention d’Istanbul pour donner des gages aux conservateurs et vient de faire arrêter dix amiraux , coupables d’avoir signé une lettre ouverte désapprouvant le projet de développer à Istanbul un canal de navigation.

Les dirigeants de l’Union européenne, en tête, se prétendent intraitables. Si Erdoğan donne des gages supplémentaires d’apaisement, ils sont disposés à « renforcer encore cette dynamique plus positive » et à « établir des contacts avec la de manière progressive, proportionnée et réversible ». Dans le cas contraire, ils menacent de prendre des sanctions, notamment contre le , secteur crucial dans ce pays, confronté à une économique et financière. Un moyen imparable, dans leur esprit, de contraindre le président turc à se tenir à carreau.

Erdoğan n’est pas né de la dernière pluie. Il sait s’adapter aux circonstances, prêt à se déguiser en agneau, s’il le faut, pour mieux satisfaire ses appétits de loup. Devant les ambassadeurs européens, le 12 janvier, il exprimait son intention de « remettre sur les rails » ses relations avec Bruxelles. Quelques jours après, s’entretenant avec la présidente de la , il déclarait que « l’avenir de la Turquie est en  », formule ambiguë qui aurait pu l’inquiéter mais qu’elle a prise pour un signe d’amitié.

Macron est content de lui : sa fermeté a été payante ! Un diplomate européen, cité par Le Figaro, ne lui a-t-il pas tressé des lauriers ? « La France », a-t-il déclaré, « peut considérer à bon droit que l’approche de fermeté prônée par Emmanuel Macron a joué son rôle, du moins a contribué à renverser la logique pour le moment. » Notre Président doit frétiller de joie, à entendre ce compliment. Mais, à y regarder de près, sa fermeté est accommodante : sur France 5, le 23 mars, il a concédé que « si vous dites du jour au lendemain : nous ne pouvons plus travailler avec vous, plus de discussions, ils ouvrent les portes et vous avez trois millions de réfugiés syriens qui arrivent en Europe ».

Au moins reconnaît-il, dans ce duel diplomatique, qu’Erdoğan dispose d’une carte maîtresse, que les dirigeants européens lui ont complaisamment fournie. À tout moment, il peut exercer son chantage et il le sait. Si la fermeté et le dialogue sont nécessaires dans les relations internationales, encore ne faut-il pas se laisser rouler dans la farine. Chacun se croit le plus fort, mais on peut se demander si les Européens sauront faire front à la rouerie d’un président qui ne respecte pas les règles : Erdoğan est habile au jeu du poker menteur !

6 avril 2021

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