Editoriaux - Politique - Table - 1 mai 2018

Réintroduction de l’ours dans les Pyrénées : les passions sont déchaînées !

La réintroduction de l’ours dans les Pyrénées n’en finit pas de déchaîner les passions. Anti et pro s’écharpent depuis des années à coups d’invectives sur les réseaux sociaux, à coups de noms d’oiseaux, à coups de manifestations aussi, au-delà des clivages politiques traditionnels.

Le 30 avril, ce sont les anti-ours qui disent toute leur colère dans les rues de Pau. Qu’importe le nombre, qu’ils aient été 1.000 ou 2.000. L’idée même de Nicolas Hulot, ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidair, de réintroduire deux ourses femelles, à l’automne, dans le massif pyrénéen leur est inacceptable et même insupportable. Les opposants estiment que la présence des ours et les activités humaines, en particulier le pastoralisme, sont incompatibles. En cause le nombre de brebis qui ont ou auraient été tuées par l’ours, soit 600 rien que pour le département de l’Ariège et pour l’année 2017. Pour eux, il y a assez d’ours comme ça. Pas la peine d’en rajouter. En fait, il y aurait un peu plus de 40 ours en France. Ce qui, rapporté aux 19.000 km2 de la chaîne montagneuse, fait 0,002 ours au km2. Qu’importe cette faible densité. Sur les estives, l’ours est devenu la bête noire des éleveurs. Les mesures de protection qu’ils peuvent prendre, c’est-à-dire installer des barrières, ou renforcer les troupeaux en multipliant les chiens patou, restent inefficaces.

La problématique de l’ours est identique à celle de la présence du loup. Ce dernier avait totalement disparu au mitan des années 1930. Il est revenu par les Alpes à la fin des années 1980, avant d’être observé et identifié fin 1992 dans le parc national du Mercantour. Depuis, il n’a cessé d’étendre son territoire. La seule différence avec l’ours, c’est qu’il est revenu naturellement, qu’il n’a pas été réintroduit. Là aussi, qu’importe. Il s’attaque aussi aux troupeaux, du printemps à l’automne, sur les alpages, au grand dam des éleveurs.

Tant pour l’ours que pour le loup, l’éleveur est indemnisé : environ 100 euros par brebis tuée, 82 euros par agneau et plus de 300 euros pour un bélier. Ces indemnisations couvrent également des dommages indirects, tels que le stress (environ 0,80 euro par brebis, plafonnée à 300 têtes) et autres préjudices qui sont un manque à gagner pour les éleveurs. « Insuffisant », disent les éleveurs, qui veulent éradiquer le problème à la source. Pour faire simple : pas d’ours, pas de loups, pas d’attaques, et donc pas de problèmes. Est-ce la solution ?

En toile de fond, la vraie question qui se pose est celle de la cohabitation entre l’homme, super-prédateur, et les animaux en général. D’après la revue scientifique Science, les vaches, auxquelles les loups et les ours s’attaquent peu, pourraient être, d’ici 200 ans, les plus gros mammifères vivant sur Terre. L’homme, qui est un loup (ou un ours ?) pour l’homme, en serait le seul responsable. Et si le problème était l’homme et non pas l’ours ou le loup ?

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