Editoriaux - Polémiques - Politique - Réflexions - Social - 13 décembre 2019

Réformes : il ne faut pas semer le trouble en période de fêtes

Écoutant le Premier ministre, mercredi soir, je me suis posé une question qui ne lui a pas été posée par Gilles Bouleau.

Pourquoi provoquer volontairement cet affrontement avec les syndicats à la veille de Noël ?

Car, enfin, manifestement, c’est de la provocation. Le pouvoir fait le choix volontaire d’accélérer une réforme des retraites dont tout le monde pensait, il y a quelques semaines, qu’elle serait reportée après les élections municipales. Et il ne l’a pas seulement accélérée, la réforme, il l’a durcie. Le gouvernement a fait le choix de pousser les syndicats de cheminots dans la rue. Pire : il a décidé de se confronter avec la CFDT qui était censée être son soutien syndical.

Alors, pourquoi ? Pourquoi maintenant, alors que les Français voudraient préparer Noël dans la paix ? Pourquoi pousser à bout les commerçants déjà lourdement pénalisés par la crise des gilets jaunes, à la même époque l’année dernière ? Pourquoi vouloir imposer cette réforme envers et contre les syndicats ?

J’ai trouvé la réponse en écoutant l’excellente émission consacrée, sur France Inter, par Laure Adler, à Alain Supiot (« L’Heure bleue », 9 décembre).

Ce grand spécialiste de notre droit social y explique qu’il y a une volonté du pouvoir moderne de s’attaquer aux droits syndicaux, au droit de grève au nom d’une conception destructrice de notre démocratie. Pour lui, l’État social est nécessaire au fonctionnement de la démocratie. Ils sont des moyens de résoudre les différends sociaux de manière non violente. Ce pouvoir ne cherche que la performance mais pas la justice sociale.

Je ne suis pas un fanatique du fonctionnement actuel de nos syndicats trop marxisants, Alain Supiot non plus. Ce dernier pense, comme nous tous, que nos régimes de retraite doivent être réformés. Mais affirmer que notre modèle social peut se priver de syndicats serait une erreur fondamentale. Ce serait développer une démocratie violente sans dialogue social, sans intermédiation, une démocratie de l’efficacité. C’est très macronien, l’efficacité, ça plaît au MEDEF qui ne voit pas plus loin que le bout de ses bénéfices à court terme.

Choix volontaire d’un Président « droit dans ses bottes », qui ne sait pas ce que le mot « dialogue » veut dire. Un Président qui n’a qu’une idée en tête : être celui qui ne cédera pas et qui aura fait plier cette France rétrograde qui ne veut pas de sa conception de la modernité. Casser plutôt que réformer en poussant tous les acteurs à participer au travail collectif nécessaire à l’évolution. Tout cela pour imposer le modèle de l’universalité qui nie la diversité des métiers et des vraies solidarités.

Nous sommes bien en train de vivre la fin d’une civilisation qui réside aussi dans la volonté de faire vivre toutes les structures d’une société !

Et tant pis pour Noël ! N’est-ce pas, Monsieur le Président ?

Le blog de Bernard Hawadier.

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