On se perd dans toutes ces explications, dans ces avis d’experts contredits par d’autres experts, guidés trop souvent par leur idéologie personnelle. Tout patauge : les experts, les politiques, les syndicats, les médias et le bon peuple. Cette étude laisse une impression brouillonne ; sans doute insuffisamment préparée, essentiellement, parce que sa complexité a été mal évaluée.

L’ambition de faire un système unique simple, applicable à tous, s’est fracassée devant le constat, pourtant évident, de l’existence de multiples cas particuliers. Ceux qui ont un système de retraite équilibré et qui ne coûte pas un centime au contribuable craignent de se voir confisquer leur magot par un État toujours à la recherche d’argent. Ceux qui exercent des emplois particulièrement pénibles veulent, légitimement, qu’il en soit tenu compte ; comme il faut tenir compte des carrières débutées tôt et des spécificités des emplois où la condition physique, donc en général la jeunesse, est primordiale.

Il parait que la majorité des Français rejette la réforme. C’est oublier que notre système de retraite actuelle est injuste et qu’en plus, à court terme, il est insupportable sur le plan financier.

Au chapitre de l’injustice, faut-il rappeler les avantages parfois scandaleux dont bénéficient certains régimes spéciaux ; en particulier ceux des publics : SNCF, . Ce sont les plus insupportables car leurs bénéficiaires, qui coûtent au contribuable, nuisent sans honte à d’innombrables Français lors de grèves interminables et répétitives. Mais il y en a d’autres, moins visibles, ou concernant une population plus réduite : secteur de l’énergie, journalistes, contrôleurs aériens… Et il faut noter que ces corporations ont déjà souvent des statuts qui les favorisent pendant leur activité, en salaires, avantages ou primes diverses et en temps de travail. Pas étonnant qu’ils soient hostiles à la réforme. Ajoutons le calcul des retraites sur les six derniers mois, pour certains, et les 25 meilleures années, pour tous les autres. Il n’est plus à démontrer que, globalement, le secteur public est privilégié par rapport au secteur privé. Il y a aussi les laissés-pour-compte : paysans, artisans. Dans un pays républicain avec une devise aussi prétentieuse, ces inégalités devraient faire bondir.

Au chapitre des comptes, même si on n’a pas les informations et la compétence pour en apprécier le détail, il faut se souvenir que le système « par répartition », quasi sacré dans ce pays, n’est plus tenable dès lors qu’il y a moins de deux actifs pour un retraité ; contre trois et demi pour un, il y a 50 ans. Donc, il faut faire quelque chose. Ou on cotise plus, mais on dira que les jeunes seront encore plus ponctionnés pour les vieux déjà « nantis », ou on diminue le montant des retraites, ou on recule l’âge du départ à la retraite, ou on complète par la capitalisation, ce que d’autres pays comparables font. On ne peut pas dire qu’on ne veut pas de cette réforme et continuer comme avant. Il en faut une, mais la plus juste possible évidemment.

Maintenant, sur la méthode. L’étude n’étant manifestement pas aboutie, cette réforme, nécessaire, devait-elle être, en l’état, soumise au Parlement ? Je ne le pense pas ; c’était prématuré. Et pourquoi, absolument, avant les municipales ? Mais la décision étant prise, comment s’étonner de la mise en œuvre du 49.3 ? 40.000 amendements ont été présentés, de l’aveu de leurs auteurs, pour bloquer la machine parlementaire, car il est évidemment impossible de les étudier tous, et pour entraîner le blocage de toute la réforme.

Toute l’opposition crie au déni de . Mais qui méprise le plus la démocratie ? Ceux qui, sciemment, bloquent le système ? Ou ceux qui, légalement, essaient de passer outre, ce qui s’est fait des dizaines de fois dans le passé récent ?

Ce n’est pas toujours celui qui déclenche une guerre qui est le plus responsable ; c’est, plus généralement, celui qui l’a rendue inévitable.

3 mars 2020

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