Rap à l’Académie : Oli troquera-t-il la casquette pour le bicorne ?

facebook bigflo et oli

« On va vivre que dans des villes gigantesques/Où les immeubles s’entassent./On mangera peut-être que des vitamines d’insectes/Et des aliments sous-vide en barres infectes/Qu’on nous livre en pack. » La vieille dame du Quai Conti s’est donné des frissons d’encanaillement en accueillant en son sein le rappeur Oli, le temps d’une prestation rimée. Un freestyle, en termes de rhétorique. C’était lors d’une journée « L’écriture à l'honneur : les enfants décrivent le monde de demain », le 8 février dernier (l’Académie vient juste de mettre la vidéo en ligne).

Oli et son frère Bigflo sont deux Toulousains qui connaissent le succès depuis une quinzaine d’années. Leur rap a comme qualité de n’être pas une perpétuelle éructation contre la France ou la police. Pour cette raison, pas sûr qu’ils soient considérés comme des rappeurs purs et durs par le milieu. Ils ont fait de la trompette, du piano, de la batterie, écouté Brel ou Aznavour… et cela s’entend dans leurs chansons, qui sont un cran au-dessus de la production ordinaire. Pas de quoi pour autant gagner la Violette d’or aux Jeux floraux de leur ville natale.

Sous le pont des Arts coule l’Académie

« Comme le monde de demain, ça va beaucoup trop vite, je suis parti sur un truc qui va vite », a prévenu Oli. Il est toujours passionnant d’entendre un poète expliquer sa démarche créatrice, et plus encore de l’entendre déclamer son texte. On avait l’enregistrement de Sous le pont Mirabeau par Apollinaire, on a désormais celui d’Oli dans ses œuvres, casquette sur la tête : « Imagine un peu l’état de la flore et la faune/Nouveau doigt sur la main pour mieux caler l’iPhone/Une puce au fond de la tête on a changé la donne. » Ne chicanons pas sur les rimes en o ouvert et o fermé. À Toulouse, ces distinctions phonétiques n’ont pas cours. Oli n’est-il pas l’héritier des félibres ?

« Bataille chimique, plus de balles ni de tanks/Elon Musk sur les billets de banque/Quintessence, évolution constante/Galaxie qui s’étend/Big freeze, big band. » Je ne sais pas ce qu’Oli entend par « quintessence, évolution constante ». Les académiciens, eux, se seront récité in petto leur définition, en distinguant le sens qu’avait le mot « quintessence » dans la philosophie antique et celui qui prenait dans l’alchimie. Pour « big freeze », ils cherchent encore.

Un discours de Miss France

En invitant Oli, l’Académie a-t-elle observé l’article XXIV du règlement de 1635, qui l’enjoint de rendre la langue « pure, éloquente » ? Sur le fond, parler de la guerre, de la technologie, de l’écologie, ça ne fait guère qu’un discours de candidate à Miss France. Mais voici venue l’heure de la péroraison : « La grandeur de l’humanité va renaître/Un quart d’heure pour des milliers de kilomètres/Les auteurs vous le diront sur Internet/Qu’un rappeur l’avait prédit. » Applaudissements nourris. Sourires ravis. Peut-être Pierre Rosenberg songe-t-il à Poussin, à Watteau, aux Le Nain, objets de ses chères études. Peut-être Michel Zink se récite-t-il, en antidote, une pastourelle médiévale. C’est surtout Jean d’Ormesson, le mondain, le complaisant, qui eût été ravi. Il avait rappé du Rohff à la télé en 2009, mais quinze ans plus tard, on rappe, Quai Conti. C’est ballot de partir trop tôt quand on est immortel.

À ce rythme, quel sera le prochain invité ? Aya Nakamura, en featuring avec Oudéa-Castéra ? Et qui, de Laurent Fabius ou d’Oli, succédera sous la coupole à Hélène Carrère d’Encausse ? On n’imagine pas Oli sans Bigflo ; ça tombe bien, le fauteuil de Giscard d’Estaing est libre aussi. Les Tharaud sont un heureux précédent de fratrie académique. Sinon, il restera à Bigflo et Oli la possibilité de créer leur propre cénacle, comme les frères Goncourt.

Samuel Martin
Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

20 commentaires

  1. Le prochain invité sera Séjourné.
    Vous savez, le ministre qu’on nous a causé et qui dit ce qu’il a besoin.

  2. Cet individu est visiblement très mal élevé, il aurait dû au moins retirer sa casquette si elle n’est pas scotchée sur son crâne ? Nous, les anciens, nous avons du mal à nous habituer à cette décadence qui s’installe et qui touche à présent tous les niveaux de notre civilisation. Chaque jour nous apporte du nouveau mais ce n’est jamais du beau et c’est très inquiétant cette régression. Si le prochain Chef d’Etat ne remet pas de l’ordre, c’est la chute certaine de l’Empire Français.

  3. Si on avait été le 1er avril, on aurait pu croire à une mauvaise blague. Mais non. C’est juste la poursuite de la décadence de la France. Peut-on encore tomber plus bas?

  4. Il y a, hélas, beau temps que l’Académie qui avait survécu à 89 ne fait plus autorité en matière de langue . Sinon nous n’aurions aucun souci avec les féminisations abusives du lexique journalistique ni avec fantaisies d’écriture inclusive qui atteignent même les circulaires officielles de toutes origines.

  5. Pourtant ils font partie du jury de « the Voice », tous les deux comme un seul homme, qui demande tout de même une connaissance pointue de la musique, et ont des prestations où l’amour de la vraie France se reconnaît. Cependant, il serait heureux que l’académie Française garde sa dignité et évite de recevoir des personnes debraillées. Tout se vulgarise. On ne sait plus mettre en avant l’élégance nécessaire qui devrait être obligatoire dans une telle assemblée. Et, quand ça commence, tout continue de s’enfoncer.
    Je me désole de voir comment sont habillés mes petits enfants pour aller à l’école. Jogging, T-shirt sans forme, éternelles baskets aux pieds. Je suis impatiente de voir l’uniforme s’installer dans les écoles, afin que nos petits enfants sachent ce que c’est qu’une tenue correcte.

      • Oui, mais je pense qu’il pourrait le dire maintenant de pas mal d’institutions, par exemple de l’Assemblée Nationale, du Conseil d’Etat et du Conseil constitutionnel.

  6. Décidément tout fout le camp en France , même l’Académie. La vielle dame en quête de jeunisme ?

  7. Ce que deviens la France, c’est vraiment navrant, quelle tristesse, ayons une pensée pour nos vieux parents et grands parents sans parler de ceux qui sont morts en défendant notre nation, c’est grave.

  8. Et si on élisait Aya Nakamura à l’académie française ?
    N’en parlez pas à Macron il risquerait d’en faire une proposition de loi.

      • en la mettant, en attendant le Panthéon, en tandem avec la Ministre déléguée chargée de l’enfance, Madame Sarah El Hairy, elles pourraient se jeter réciproquement des cuvettes « d’eau propre »

  9. « Oli » et « Bigflo », ça ne fait pas très français tout ça.
    Peut-être écrivent-ils en français, ce qui est une exception dans le domaine du rap, ça ne fait pas de tout ça un art.
    Remarquez, pourquoi pas ces gens-là à l’Académie, puisque certains penseraient à y accueillir Fabius.

    • Est-ce que les académiciens savent encore s’exprimer en français ? Le doute est plus que permis.

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