Correction ce 26 octobre : Rishi Sunak prend ses fonctions immédiatement.

Il est jeune : 42 ans. Sa famille a immigré d’Inde vers le Royaume-Uni. Il compte donc parmi « les diversités visibles », comme on dit dans notre pays, c’est-à-dire qu’il n’a pas vraiment le poil blond et le teint rouge de Johnson. Il avait tout pour devenir une vedette de la gauche anglaise… et française. Ça ne sera pas le cas ! Rishi Sunak est assuré de devenir l’un des Premiers ministres les plus conservateurs et libéraux de l'histoire récente du pays, au service de Sa Majesté. L’ancien ministre des Finances de Boris Johnson a plié le match. Il a reçu le soutien de plus de 100 parlementaires anglais conservateurs : c’est le quota minimum nécessaire pour se présenter au suffrage de ses pairs.

L’homme qui succède donc à Liz Truss et Boris Johnson au 10 Downing Street, après avoir pris les rênes des Tories, ne cherche pas à jouer, comme le font les politicien français, sur la misère de ses origines. Né dans une famille originaire d’Inde, il rencontre aux États-Unis et épouse l'héritière d’une riche famille indienne. S’il s’oppose résolument au maintien dans le corset européen, ce n’est pas parce qu’il est « populiste », comme on le qualifierait en France, c’est-à-dire ignare des choses de l’économie ; en clair, un peu limité intellectuellement.

Passé par les prestigieux établissements de l’élite anglaise, le Winchester College, Oxford et Stanford aux États-Unis, l’homme risque de donner du fil à retordre aux tenants du mainstream à la française. « Il est important que ceux qui viennent s'installer au Royaume-Uni acquièrent un sentiment d'identité britannique et partagent les valeurs britanniques. Nous avons toujours attiré les meilleurs et les plus brillants », dit-il. Sur l’immigration de masse, le futur Premier ministre anglais est très net. Il avait affirmé, lorsqu’il faisait campagne contre Liz Truss, sa volonté de poursuivre la politique de renvoi des migrants illégaux vers le Rwanda, même si cela opposait le Royaume-Uni à la Convention européenne des droits de l'homme. Il voulait aussi resserrer le statut de demandeur d'asile.

Nommé à moins de 40 ans chancelier de l’Échiquier de Johnson, c’est-à-dire ministre des Finances et du Budget, Rishi Sunak a résisté à la tempête Covid et à l'usure du pouvoir. Peut-être grâce à son expérience. Contrairement à nos maîtres à penser et politiques français, Sunak ne s’est pas contenté de passer des diplômes et de donner sa bénédiction, arrosé par un salaire de fonctionnaire. Il s’est frotté au monde de l’entreprise et de la finance après son passage à la banque d'investissement Goldman Sachs. Il a encore rebondi dans des fonds d'investissement en vue, au point de se constituer une petite fortune évaluée à plus de 840 millions d'euros par le quotidien britannique The Sunday Times. Il en a gardé des traces. « Comme vous vous en doutez, je viens du monde des affaires, et l'idée qu'un directeur financier ne travaille pas en étroite collaboration avec le PDG d'une entreprise est très étrange pour quiconque dans le monde des affaires. »

L’homme est convaincu que l’économie anglaise doit être libéralisée, qu’il faut « soutenir la liberté des entreprises et l'innovation pour assurer la prospérité dans le futur », dit-il sur son site Web. Pas de quoi susciter l’enthousiasme de la NUPES.

Bourreau de travail, très prudent sur le budget, contrairement à Truss, Sunak veut faire baisser le taux minimum d’impôts sur le revenus de 20 % à 16 % en 2029. Mais son côté raisonnable n'en fait pas tout à fait un européiste béat, c’est le moins qu’on puisse dire. Lors de la campagne du référendum anglais sur le Brexit en 2016, ce jeune intellectuel et homme d’affaires des Tories se fait remarquer pour son engagement inflexible en faveur du départ immédiat du Royaume-Uni de l’étau européen. Il veut désormais couper les derniers liens, effacer les ultimes règles européennes qui s’appliquent encore au Royaume-Uni. Preuve que si la crise politique est réelle, outre-Manche, si l’inflation est importante, Sunak n'organisera pas le retour de la Grande-Bretagne dans le giron de l’Europe comme on en rêve de ce côté-ci du Channel.

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24 octobre 2022

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27 commentaires

  1. Je ne prétends pas être un économiste,mais je suis effaré lorsque je vois les conditions de vie d’un bon nombre de citoyens britanniques,une extrême pauvreté,un système social quasi inexistant ,des secteurs ruraux dépourvus de moyens de transport, les prix à la consommation extrêmement élevés ,un taux de chômage dans certaines localités dépassant toute imagination.
    J’ignore si ce nouveau premier ministre est qualifié ou non,mais dans ce royaume les grandes fortunes côtoient la misère la plus abjecte.
    Je n’accepte pas que notre beau pays subisse le sort de la Grande-Bretagne,je demeure dans un milieu rural ou il devient de plus en plus difficile de trouver un médecin ou un spécialiste qui accèpte un nouveau patient,nous n’avons aucun moyen de transport collectif,plus de car,la petite ligne de chemin de fer a été transformée en voie verte.
    Nous rejoignons le modèle Britannique ,aucun ministre ne donne d’explications ou ne présente un projet acceptable ,en matière médicale des lits continuent à être supprimés en attendant la fermeture des derniers hôpitaux de proximité.
    Depuis la crise sanitaire du Covid,et l’accentuation de l’insécurité,un certain nombre de citadins font le choix de venir vivre en province,une chance pour des secteurs désertés depuis les années d’après- guerre ,mais la mondialisation imposée par les gouvernants depuis plusieurs décennies n’inclue pas cette réalité!

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