Editoriaux - Technologie - 5 septembre 2019

Quel gendarme pour l’espace ?

Vous pouvez un instant imaginer la scène : Louis de Funès en scaphandre de sortie extravéhiculaire, mais coiffé du réglementaire képi de la gendarmerie nationale, qui lancerait à un satellite fauteur de troubles un tonitruant « Vos papiers ! » Mais cela ne se passera pas comme cela, cette fois-ci. L’ESA, l’Agence spatiale européenne, a modifié l’altitude de son satellite météo Aeolus pour éviter le choc avec un des StarLink de SpaceX, la société d’Elon Musk. La probabilité de collision rendait prudente, voire nécessaire, une manœuvre d’évitement. Il y a, pour l’instant, 60 exemplaires de StarLink qui tournent au-dessus de nos têtes, mais l’objectif est que 12.000 soient lancés afin de distribuer Internet partout.

Dans l’espace, il y a aussi des possibles collisions entre des satellites ou des débris et autres déchets. Il y a eu, par exemple, en 2009, celle d’Iridium 33 et de Kosmos 2251, deux satellites de communication évoluant à 776 km d’altitude, l’un civil et américain et l’autre militaire et russe. Les 560 kg de l’un et 900 kg de l’autre ont constitué environ 600 débris qui tourneront plusieurs décennies avant de disparaître en rentrant dans l’atmosphère. Peut-être est-ce un cygne noir cher à Nassim Nicholas Taleb ?

Heureusement, les agences spatiales se parlent et échangent au sujet des milliers de débris et de leurs trajectoires : chaque collision entraîne la multiplication de leur nombre et augmente la probabilité de collision et de destruction des objets opérationnels (Station spatiale, satellites) par de nouveaux débris créés par ces nouvelles dislocations. Cela n’est pas sans rappeler le principe d’une réaction en chaîne dans un réacteur nucléaire.

Les conséquences d’une collision entre un objet opérationnel et un débris dont la taille est supérieure à 2 centimètres sont catastrophiques, il convient donc de les éviter. La station ISS modifierait son orbite quotidiennement afin de se prémunir de ces possibles chocs. Mais pour ce faire, il faut consommer de l’énergie, du carburant et, de facto, réduire la durée de vie du satellite ou augmenter le ravitaillement de la station.

Les dispositifs de désorbitation active ou accélérée en fin de vie sont certes ingénieux, mais aussi coûteux à concevoir et à lancer du fait de leur masse : ils sont une charge utile pas si utile que ça, elle ne sert pas directement la mission du satellite mais la seule satisfaction d’avoir nettoyé correctement les lieux après usage. Le bien commun, quoi.

Ne croyez pas que je vais conclure en technophobe. J’apprécie de connaître la météo, même moyennement fiable, ou d’user d’un GPS quand je cours ou pour éviter des accidents et des bouchons. Le problème de l’encombrement de l’espace ressemble à s’y méprendre à celui des sources d’énergies fossiles dans le monde : faisons comme si ces ressources étaient infinies puisque nous ne sommes pas encore confrontés à leur pénurie. C’est l’enfant qui met ses mains devant ses yeux et imagine ainsi être caché. Tous les brillants cerveaux qui conçoivent et propulsent dans l’espace ces objets dont certains nous facilitent la vie n’ont pas réussi à convaincre leurs commanditaires de se comporter comme si les orbites étaient des ressources finies à préserver dans la durée sous peine de rendre l’espace, devenu une décharge, complètement inexploitable.

Un âne ne bute jamais deux fois sur la même pierre, un homme si.

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