Editoriaux - Justice - Politique - 25 février 2020

Procès Fillon : une affaire engagée avec un rythme d’enfer…

Le procès de , de son épouse Penelope et de son suppléant Marc Joulaud – qui, manifestement, se fait une gloire et un moyen de défense de se prétendre ectoplasme – devait commencer ce 24 février. Cette affaire engagée avec un rythme d’enfer, puis s’étant poursuivie comme il sied habituellement à la justice – avec lenteur -, aurait mérité d’être examinée sans délai mais elle a été renvoyée au 26 février à cause de la grève des avocats et par solidarité de la part de sa défense.

Il paraît que la droite veut oublier François Fillon. Je pense à lui, au contraire, alors qu’il va aborder une épreuve sans commune mesure avec toutes celles qu’il a subies et dont il a été, parfois, le créateur. Son épouse sera à ses côtés mais, en réalité, il sera tout seul.

Non que sa prestation médiatique, il y a quelques semaines, sur France 2, ait été médiocre. Elle était pire : inutile. Il était plus que maladroit de montrer combien, sur le plan des preuves pour son couple comme pour lui, il aurait peu à faire valoir judiciairement ; et en raison de cette relative pauvreté, il aurait été tellement plus sage de réserver ses quelques explications aux juges…

Ses défenseurs sont de qualité, mais hier comme aujourd’hui, pour un client singulier dont le maintien et l’apparence sont classiques, capable de renverser la table, certes, mais avec une forme de politesse où la litote est reine, l’idéal aurait été, sans aucune garantie de succès, d’être assisté par des avocats possédant, même vulgairement, l’instinct du « tueur ».

Il semble que la droite aspire à oublier François Fillon. Comment ne pas songer à lui alors que, seul, il va se battre contre l’institution, d’une certaine manière contre lui-même, en tentant désespérément de convaincre que la vérité est de son côté ?

Présomptueusement, j’imagine ce qu’il doit ressentir avec d’autant plus de force en son for intérieur qu’il n’a jamais dilapidé son verbe et ses confidences auprès de ses proches et de ses soutiens, tout imprégné de ce qui ressemblait à une arrogance autarcique, persuadé d’être le meilleur sans avoir pu encore le démontrer de manière incontestable. Mais l’élection présidentielle était là, à portée de destin, d’esprit et d’ambition. Enfin, il n’aurait plus qu’à dépendre de lui-même !

J’avoue que cette nature aussi réservée que consciente de sa valeur, ayant dû ronger son frein durant cinq ans, « collaborateur » d’un talentueux Président caractériel exhibant tout quand lui ne montrait rien sinon en de rares occasions son dépit, puis libéré au point de commettre des maladresses, la bonde lâchée trop brutalement, l’orgueil ayant enfin toute licence pour s’exprimer – j’admets que ce tempérament ne m’a jamais déplu. Le narcissisme des pudiques surgit souvent tard, mais avec quelle vigueur, alors !

 

Parce qu’il y a eu le triomphe décisif, éblouissant, de la primaire où il a écrasé ceux qui le prenaient de haut, le jugeaient mal et le percevaient depuis toujours, au mieux pour un exécutant dévoué et fidèle, au pire pour un aigri gangrené par la conscience de ses limites. Il les a dominés et je suis persuadé que, contrairement à ce qu’on s’est plu à raconter, ce n’était pas une miraculeuse surprise pour lui mais enfin la manifestation d’une évidence : il avait démontré qu’il était le meilleur et l’essentiel était fait. Il n’est pas parti, ensuite, pour se reposer mais pour savourer, face à lui-même, cette récompense du destin qu’il a dangereusement vécue tel un aboutissement alors qu’elle n’aurait dû être que le capital mais premier élan.

Puis il y a eu le traquenard judiciaire dont je n’ai pas mesuré, d’emblée, la portée parce que j’étais fasciné par l’exigence démocratique de devoir tout révéler pour que le citoyen soit éclairé dans le débat public.

Le parquet national financier (PNF), à bride abattue, a ordonné une enquête contre François Fillon alors que, sans doute, il n’était pas compétent puisque l’affaire était simple et que sa décision suivait des révélations médiatiques n’appelant pas forcément une croyance aveugle.

Il était inconcevable que cette démarche laissant penser à une urgence ait été engagée sans l’aval de ce qui restait encore un peu d’autorité politique. Exceptionnel, aussi, que la responsable du PNF annonce, alors que les investigations étaient en cours, que le classement sans suite serait, de toute manière, exclu. Comme s’il convenait d’accentuer la pression sur le candidat Fillon.

Le juge d’instruction Serge Tournaire a poursuivi sur cette lancée fulgurante dont j’aimerais qu’elle soit mise en œuvre pour la justice au quotidien. Était-il fondamental d’agir si rapidement pour empêcher une prescription alors qu’une latitude de douze années était déjà disponible pour les investigations à mener ?

Les ressorts des magistrats me semblent, en l’occurrence, différents. Là où le PNF a été engagé et orienté avec une validation politique, Serge Tournaire, pour avoir beaucoup entendu parler de lui, a accompli sa mission plus par frénésie judiciaire et extrémisme professionnel que par obsession partisane.

Face à ces assauts dénués de toute normalité, François Fillon, en bon citoyen républicain, s’est vanté de la sienne et en a payé les conséquences avec cette ironie saumâtre d’une séquence expéditive qui lui a fait perdre l’élection présidentielle et le contraint, trois ans plus tard, à affronter, comme simple citoyen, un tribunal correctionnel.

La droite prétend l’oublier. Pas moi.

D’ailleurs, est-elle aujourd’hui à ce point exemplaire, à constater les liens, les connivences, les clientélismes et les fraternités qui font les réputations, promeuvent les arrivistes et relèguent les honnêtes, notamment à Paris ? On fait la fine bouche devant les agissements de François Fillon mais la morale est totalement négligée dans les critères de soutien et de désignation.

Si j’étais François Fillon, en extériorisant un peu plus ma sensibilité, en continuant à cultiver l’allure d’une sauvegarde conjugale, courageux, digne, je dénoncerais ces pratiques anciennes dont, aujourd’hui, je suis la seule victime.

Mais je les assumerais.

Et pour avoir pâti, hier, d’une justice qui m’a fait perdre mes chances, aujourd’hui, je laisserais sa chance à la justice qui ne pourra pas occulter, pour son administration, ses preuves et sa future décision, ce que j’ai subi.

Que d’une certaine manière, même si j’y ai mis du mien, on a été injuste à mon égard…

La droite veut oublier Fillon. Pas moi.

Extrait de : Justice au Singulier

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