Pour ses premiers pas en diplomatie, le moins qu’on puisse prétendre est que Joe Biden ne se montre guère diplomate. Ainsi, lors d’un entretien télévisé accordé à la chaîne ABC, le mercredi 17 mars, à la question posée par le présentateur George Stephanopoulos, « Pensez-vous que Vladimir Poutine soit un tueur ? », il répond : « Oui. Vous verrez bientôt le prix qu’il va payer. »

 

Voilà qui prouve que c’était bien la peine de railler Donald Trump, ses propos à l’emporte-pièce et la très personnelle manière qu’il avait de parler d’abord et de réfléchir ensuite.

 

Même si son nom n’a pas été prononcé durant cet échange, il paraît évident que c’est bel et bien l’opposant Alexeï Navalny qui était évoqué. Lequel vient d’être condamné à deux ans et demi de prison pour avoir violé son contrôle judiciaire. Le 20 août 2020, il avait encore été empoisonné au Novitchok. Aussitôt, les médias occidentaux mettaient cette tentative d’assassinat sur les dos des services secrets russes, passant sous silence les relations troubles de Navalny et oubliant qu’il n’y a pas que le FSB pour utiliser ce genre de poison, les réseaux mafieux y ayant eux aussi souvent recours.

Mais Joe Biden n’est pas homme à s’embarrasser de tels détails. Résultat, le Kremlin vient de rappeler Anatoli Antonov, son ambassadeur à Washington. Du côté de la Maison-Blanche, on tente de justifier cette bévue présidentielle ayant déclenché une sévère crise diplomatique : « Joe Biden n’a pas l’intention de taire ses inquiétudes au sujet de ce qu’il considère être des actes néfastes. » Sauf que là, il n’a pas tu ses « inquiétudes » mais gravement injurié un chef d’État démocratiquement élu ; ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

Sans surprise, ça fulmine du côté russe. Pour Sergueï Riabkov, vice-ministre des Affaires étrangères : « Les USA seront pleinement responsables d’une nouvelle dégradation des relations russo-américaines. » Viatcheslav Volodine, président de la chambre basse du Parlement, est, lui, nettement plus direct : « Poutine est notre président et une attaque contre lui, c’est une attaque contre notre pays. » Et dire que c’était Donald Trump qu’on traitait de gaffeur…

 

Il est vrai que lors de son mandat, il avait tenté de normaliser ses relations avec Moscou, s’attirant au passage les foudres de l’établissement médiatico-politique, tant démocrate que républicain. Le verrou Trump ayant sauté, il s’agit désormais de rattraper le temps perdu et d’en rajouter en cette inexplicable paranoïa antirusse. Ainsi, les services de la Maison-Blanche enquêtent-ils sur de « nouvelles ingérences électorales » dans l’élections présidentielle de 2020. Si « ingérences » il y a eu, nul doute qu’elles aient été menées par de fieffés amateurs, Joe Biden ayant été confortablement élu. En revanche, de ces autres « ingérences », les vraisemblables carambouilles électorales diligentées par le parti démocrate, il n’est plus question.

De telles critiques venant de Washington peuvent prêter à sourire. Car il est bien connu que jamais les USA ne se sont ingérés dans la moindre élection, que ce soit en Ukraine ou en Amérique latine, faisant et défaisant les présidents à coups de putschs et d’opérations parallèles plus ou moins sanglantes.

Finalement, le plus lucide sur la question n’était autre que Donald Trump qui, en février 2017, répondait à la même question posée par un journaliste de Fox News, consistant à savoir si Vladimir Poutine était ou non un « tueur » : « Beaucoup de tueurs, beaucoup de tueurs… Pensez-vous que notre pays soit si innocent ? » Ce président fantasque avait certes ses moments d’emportement, il n’en était pas sot pour autant. Il n’est pas sûr qu’on puisse renvoyer le compliment à son successeur.

 

PS : La réponse de Vladimir Poutine vient de tomber, lapidaire : « C’est celui qui dit qui est ! » Qui a dit que cet homme manquait d’humour ?

 

18 mars 2021

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