Editoriaux - Politique - 4 mai 2019

Pourquoi Macron joue le RN aux européennes

Le piège tendu à la droite est la condition nécessaire mais non suffisante pour empêcher toute réelle alternative au socialisme. Si Mitterrand a réussi son opération machiavélique de division de la droite pour régner, c’est que celle-ci était culturellement soumise. Depuis 68, la stratégie gramscienne de rupture et son antifascisme de pacotille ont triomphé, et notre Président disruptif n’en est que le dernier avatar.

Pour chasser le socialisme du pouvoir, nous devons revenir aux fondamentaux que sont le
conservatisme, le libéralisme et nos racines chrétiennes, conditions d’une union des bonnes volontés. Comme le dit Jean-Frédéric Poisson, ce ne sont pas les populistes qui gagnent mais les conservateurs.

Fonder une véritable alternative conservatrice, c’est d’abord gagner la plus élémentaire des batailles : celle des idées. La famille a été déconstruite – IVG, « baptêmes civils » (sic), PACS qui détourne les couples du mariage, supercherie du mariage gay qui révèle sa face obscure : le « droit à l’enfant » ; la nation, communautarisée – la figure du migrant remplaçant celle du prolétaire. Il faut édifier un corpus idéologique clair contre la doxa de la lutte identitaire des soi-disant dominés opposés aux pseudo-dominants, et mener la guerre des mots.

En 2007, Sarkozy assuma une position droitière au grand dam de cadres de l’UMP qui désiraient mener campagne au centre gauche. « Renverser l’héritage de Mai 68, rétablir l’autorité du prof, du père, défendre l’identité nationale, en finir avec les no go zones » furent des promesses du candidat qui fit l’union des droites dans les urnes. Le deep state d’un côté et la classe médiatique de l’autre étaient à la manœuvre pour bloquer tout changement malgré les aspirations du peuple, mais quand, à la faveur de la désunion, la gauche revint, un mouvement social conservateur, la Manif pour tous, draina plus d’un million de personnes dans la rue contre le mariage gay. Ce fut une défaite culturelle pour la gauche, qui avait perdu le monopole des mouvements contestataires – ce que confirme le mouvement des gilets jaunes. De la même façon, les masses suivant le cercueil de Johnny Hallyday, s’affichant plus que jamais en tant que chrétien, ont cloué le bec des ricaneurs.

Reste à échapper au piège du « FN meilleur ennemi de la gauche ». Depuis qu’en 1983, une liste RPR-FN prit au PS la ville de Dreux, il fallait rendre ce scénario non seulement impossible mais inenvisageable. En 1984, Mitterrand intervient pour que le FN honni soit invité sur le plateau de « L’Heure de vérité ». D’une main, Mitterrand relançait le FN, de l’autre, il adoubait la création de SOS Racisme afin de maintenir son ostracisation. Les mâchoires du piège étaient tendues, la droite chiraquienne n’avait plus qu’à se jeter dedans à pieds joints, le centre avait déjà rendu les armes.

Tactiquement, Macron joue encore la carte Le Pen (RN) en pensant déjà à 2022. Macron le progressiste a compris qu’il suffisait de se placer au deuxième tour face à Marine Le Pen, quitte à obtenir une fragile victoire par « effraction » sans réelle assise électorale.

Dès 1944, Hayek avait dénoncé, dans The Road to Serfdom, l’aveuglement occidental face aux racines socialistes du totalitarisme nazi issues de l’Allemagne bismarckienne, de son organisation collectiviste, sa planification. Thèse peu connue en France, si bien que les socialistes ne cessèrent d’accuser la droite d’être à l’origine du nazisme ou du fascisme. Vieille recette de l’intimidation gauchiste, heureusement usée jusqu’à la corde.

Macron vient de tomber le masque, c’est un homme de gauche aux abois, entouré de socialistes – Castaner – et d’ex-rocardiens – Philippe. Il vient de renoncer à supprimer 120.000 postes de fonctionnaires, il dépense, taxe et endette le pays. L’heure est venue pour les intellectuels organiques conservateurs de relever la tête et de travailler à une alternative unitaire de droite au nom de la France.

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