Editoriaux - Politique - 3 mars 2019

Pour Noël Mamère, l’écologie ne peut être de droite : de gauche, non plus !

Dans un entretien au Point, Noël Mamère, à la question “Peut-on être écolo et de droite ?”, répond sans hésitation : “Non, ce débat a été réglé depuis longtemps. L’écologie ne peut pas être de droite […]. L’écologie est fondée sur la redistribution des richesses, la lutte contre les inégalités et la conquête de droits nouveaux.” La messe est dite : le verdict est tombé. Ce n’est pas si simple. Si l’écologie n’est guère compatible avec une droite qui ne miserait que sur la croissance, elle se perd dans une gauche qui met dans le même sac les questions politiques, économiques et sociétales.

Certes, cet ancien journaliste de France 2 est un homme de gauche, aux orientations constantes mais au parcours politique parsemé de méandres : suppléant de Gilbert Mitterrand, cofondateur de Génération écologie, député européen sur la liste de Bernard Tapie, membre des Verts, candidat à la présidentielle, apparenté au groupe EELV avant de s’en exclure, puis de quitter récemment l’arène politique… Chacun jugera si ses changements sont le signe d’une ambition toujours insatisfaite ou d’une indépendance d’esprit.

Noël Mamère aime faire le buzz. Il a prôné la désobéissance civile, en 2004, participant à l’arrachage de plantations d’OGM. Il a célébré, la même année, le premier mariage entre deux hommes dans sa mairie de Bègles, avant que la loi Taubira ne légalisât le mariage pour tous. Il est favorable à la PMA, à la GPA, au port du voile dans les écoles, du voile intégral dans l’espace public, partisan d’une « société cosmopolite et métissée assumée », a déposé une proposition de loi relative à la « légalisation contrôlée du cannabis ».

“Quand je marie deux hommes à Bègles le 5 juin 2004, je me sens autant à ma place que lorsque j’arrache un pied d’OGM devant les gendarmes”, déclare-t-il dans Le Point. Quel lien entre les OGM, le mariage homosexuel, l’extension de la PMA, la légalisation de la GPA et la véritable écologie ? Même si la gauche salue comme un progrès tous les « droits nouveaux », l’écologie perd de sa crédibilité et se dénature en touchant à tout.

Il lui arrive d’être pris en flagrant délit de mensonge – comme en 2011 où, invité de Karl Zéro, il affirme être venu à vélo alors qu’on l’a filmé descendant d’une voiture –, mais on peut généralement lui faire crédit de sa sincérité. On comprend qu’il reproche à François de Rugy d’expliquer aujourd’hui “tout l’inverse de ce qu’il défendait il y a quelques années”. Il estime, maintenant, que “la programmation pluriannuelle de l’énergie – qui fait la part belle au nucléaire – est formidable”. Le clivage gauche-droite ne se fait pas non plus sur l’énergie nucléaire.

Les élections européennes ? Elles pouvaient être “le socle d’un rassemblement de la gauche, à partir de nouveaux critères, notamment écologistes”. Mais la gauche ne parvient pas à s’unir et Yannick Jadot veut faire cavalier seul. Il n’est pas plus optimiste, dans l’immédiat, sur l’avenir de l’écologie : “C’est sans doute un échec de ma génération, même si nous avons tout de même contribué à faire infuser nos idées dans la société française.” Il compte sur la nouvelle génération, celle qui défile avec Greta Thunberg, l’icône fabriquée par les médias…

L’écologie, de gauche ? Certes, elle n’est pas de droite si on assimile la droite au capitalisme débridé et aux valeurs marchandes. Cette droite, c’est d’ailleurs celle qui soutient Macron. Mais si l’on considère que la vraie droite doit défendre d’abord des valeurs morales et sociétales, un patrimoine culturel, elle a toute sa place dans le combat pour une écologie humaine. La véritable écologie n’a pas de parti.

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